FAveroLLes. Gaulois, 12 octobre
3. « La fêlure que trahissait le Horla n'est devenue visible à tous les yeux qu'au lendemain de la catastrophe où s’abima la raison de l'auteur. » EMILE Tarbiet. L'ennui. Etude psychologique. Bibliothèque de philosophie contemporaine. Paris: K. Alcan.
4. À propos de Pierre et Jean, Guy De MavurassanT écrivait à MAURICE DE Fceury (Introduction à la médecine de l'esprit, 1897, p. 139) : « ce livre, que vous trouvez sage, et qui, je le crois aussi, donne la note juste, je n'en ai pas écrit une ligne sans m'enivrer avec de l'éther. » Et une autre fois, il écrit à mice Tarbreu (loco cit., p. 18) : « je suis à moitié crevé de fatigue, de courbature cérébrale et de maladie nerveuse ». — Voir aussi G£eLiNEAU. Loco cit. p.178.
5. PauL BourGer. Deux séances chez Mrs P. de Boston. Annales des Sciences psychiques, 1895, t. V, p. 75.
6. Voir aussi le livre récemment paru de Epouarv Maynraz, La vie et l'œuvre de Guy de Maupassant et spécialement la quatrième partie, p. 215.
7. Max Simon. Souvenirs littéraires d'un médecin. Chronique médicale, 1896 et 1897.
VALEUR SOCIALE DES DEMIFOUS | 447 qu'il occupe ou à côté s’il n’y aurait pas un jésuite; il les soupçonne — mais ce n’est pas facile à dire; si pourtant — il les soupçonne de vouloir faire de lui un émule d’Abélard ‘. »
Vicror HuüGo? a admirablement décrit une visite faite à VizLEMaIN en décembre 1845. « Il était pâle, défait, vêtu d’une : Jarge redingote noire, boutonnée en haut d’un seul bouton, ses cheveux gris en désordre... Si vous saviez, dit-il à Vicror HuGo, quelles machinations il y a contre moi... [ls ont commencé par me séparer de ma femme... Ensuite on m’a séparé de mes enfants... Maintenant je suis seul... Non, je ne suis pas seul! je ne suis pas même seul! j'ai des ennemis, j'en ai partout, ici, dehors, autour de moi, chez moi! Ils disent que la nuit des macons montent par cette fenêtre pour coucher avec moi... Je suis au second étage, mais ils ont tant de malice qu’ils mettent la nuit de grandes échelles contre mon mur pour le faire croire... quand je sortais, ils s’arrangeaient de façon que tout ce que je voyais eût un aspect sinistre; je ne rencontrais que des hommes boutonnés jusqu’au menton, des gens habillés de rouge, des toilettes extraordinaires, des femmes vêtues moitié en noir, moitié en violet, qui me regardaient avec des cris de Joie, et partout des corbillards de petits enfants, suivis d’autres petits enfants, les uns en noir, les autres en blanc... Tenez, vous! vous êtes un homme noble entre tous... Eh bien, jugez de ma misère : en mon âme et conscience. je ne suis pas sûr que vous ne soyez pas envoyé ici par mes ennemis pour m'espionner... »
3° Jean-Jacques Rousseau à d’abord une hérédité* névropathique chargée. A la quatrième génération, on vend du vin et on boit bien. Ensuite les horlogers chantent des psaumes ou
1. D’après Lomeroso, son père et ses frères furent frappés de folie.
2. Vicror Huco. Choses vues (Victor Hugo, clinicien. Un cas de délire des persécutions observé et décrit par Victor Hugo. Chronique médicale, 1902, p. 170).
3. Voir EusÈène Ritter. La famille el la jeunesse de J.-J. Rousseau, 1896
des chansons et voyagent beaucoup : on trouve des oncles à Londres, à Hambourg, à Amsterdam, à Venise, au siège de Belgrade, en Perse, en Amérique, en Allemagne. Sa mère commence à huit ans le roman de son mariage. Son père avait parfois « des idées qui tombaient de la lune ». Il veut donner des leçons de danse, quoique horloger, et couche en joue un propriétaire qui veut l’empêcher de traverser un champ non TUCRE
Jeax-JAcQUuEs ! lui-même, après avoir fait des lectures désordonnées, se met en route, à dix-huit ans, avec une fontaine de Héron pour gagner sa vie en la montrant, parcourt toutes les professions : horloger, bateleur, maître de musique, graveur, peintre, domestique... fait successivement de Ia médecine, de la musique, de la théologie, de la botanique ; médite au soleil, en plein midi, tête nue ; est amoureux à onze ans et déclare plus tard avoir passé dix années dans le délire. Il se croit poursuivi, d'abord par l’enthousiasme des foules, puis par la persécution de tout le monde : de la Prusse, de l'Angleterre, de la France, des rois, des femmes, des prêtres. On le torture même par les bienfaits et les louanges. Il quitte précipitamment les auberges en y laissant ses malles pour fuir les persécuteurs et voit dans les vents contraires une nouvelle preuve du complot universel. « Sesennemis gagnent son marchand de café, son coiffeur, son aubergiste ; le décrotteur n’a plus de cirage » quand illui en demande. On luirefuse même de le mettre en prison quand il le sollicite, et, pour achever la persécution, on arrête un libraire « qu’il ne connaît pas ». Il dédie « à tous les Français amis de la justice » et distribue lui-même dans la rue à tous les passants, qui ne lui paraissent
1. LomBroso. Loco cil., et BRrüNETIÈRE. La folie de J.-J. Rousseau. Etudes eriliques sur l'histoire de la lillérature française, 4e série, 1894, p. 325. — Voir aussi l'Etude de Môgius (J.-J. Rousseau Krankheitsgeschichte. AS87), qui fait de Rousseau « un fou lucide atteint du délire de persécution et, dans toute la force du terme, un persécuté persécuteur »: ce qu'il fut en elfei, ajoute REcnarp (loco .cit., p. 132). Dans un travail sur la surdité de J.-J. Rousseau (Chronique médicale, 1900, p. 5). RéGrs en fait « un type de neurasthénique artérioscléreux ».
VALEUR SOCIALE DES DEMIFOUS 149 pas hostiles, un mémoire justificatif. I finit par écrire à Dieu « une lettre très tendre et très familière » et la dépose sous l'autel de Notre-Dame de Paris. Ayant trouvé la grille fermée, il voit que le ciel lui-même est ligué contre Iui!.
RéGis termine ainsi sa très belle étude sur Rousseau ?. « A l'heure actuelle, il (Jean-Jacques) m'apparaît non seulement comme un grand écrivain, mais comme une nature tendrement exquise, comme un être essentiellement doux et bon, dont les défaillances morales relevaient de la morbidité plutôt que du vice et qui, suivant la juste opinion de BrüNx- TIÈRE, puisa dans sa sensibilité hyperesthésiée, avec le principe de sa névrose délirante, celui même de son talent. Pauvre Jean-Jacques !... T'étudier en ton essence intime, dans la vie de ton corps, de ton cerveau et de ton cœur, c'est voir en toi ce que tu fus : le plus humain, le plus délicat et le plus douloureux des génies ».
4°.GéraRD DE NERvAL*, publiciste et poète, dont la névrose a été si bien décrite par ARVÈDE BARINE, ne descendait pas de l'empereur Nerva comme il le prétendait, mais d’un «original, d'humeur incommode, fuyant le commerce des humains. »
Lui-même est, dès l’adolescence, mystique, occultiste, noctambule, très précoce (imprimé six fois à dix-huit ans), buveur, nomade et bohème. Il à des hallucinations : on l’aperçoit, au coin d’une rue, le chapeau à la main, dans une sorte d’extase. GauriEsR dit qu'il paraissait extravagant; même entre les romantiques. Aux Tuileries, il voit les poissons rouges du grand bassin sortir leur tête de l’eau pour l'engager à les suivre au fond : la reine de Saba t'attend, lui disent-ils. On le
4. Voir encore l'importante Etude de CABANËs dans la troisième série du Cabinet secret de l'Histoire. Jean Jacques était masochiste et exhibitionniste cemme Resrir DE LA BRETONNE était fétichiste (Lours. Se méuditale, 190%, p. 353).
2. Réais. Etude médicale sur J.-J. Rousseau. ue médicale, 1900, p. 5, 65, 134, 173, 194, 353 et 391. — Voir aussi Courrape: La surdité dé J.-J. Rousseau. lbidem, p. 90.