‹ Demifous et demiresponsablesChapitre 77 sur 119 · ARVÈDE BARINE. Loco cil · texte numérisé non relu

ARVÈDE BARINE. Loco cil

La terreur paralysante imprègne tous les contes d'Epcar Por.

Un brigand pénètre, la nuit, dans la chambre d’un vieillard pour le tuer; le veillard s’éveille et sent que quelqu'un est là; l’assassin sent que le vieillard s’est éveillé ; et, dans le silence absolu et la nuit complète, ces deux hommes, également terrorisés, restent, pendant une heure, en présence l’un de l’autre, sans s'être vus, dans une silencieuse et inexprimable angoisse. — Un frère « a enterré sa sœur vivante. entend ses efforts pour briser sa bière et reste cloué sur son siège par une peur au-dessus de la raison humaine ». — Un condamné « contemple d’un œil hébété l'acier tranchant qui s’abaisse sur sa poitrine avec la lenteur d’un poids d'horloge ». — Un autre décrit ses sensations pendant qu’une grande aiguille d'horloge lui scie lentement le cou.

L'état d’épouvante s’accentue : la foule des pensées d'EnGar Por devient hideuse et continue ; il n’aperçoit plus, « à travers les ténèbres enflammées de lueurs rouges, que des formes monstrueuses s’agitant de façon fantastique au bruit d’une discordante mélodie, tandis que, pareille à un flot rapide et spécial, à travers la porte pâle, une foule hideuse se précipite sans relâche et rit, mais ne sait plus sourire ». Il eut une série de crises de delirium tremens et mourut en disant Dieu vienne en aide à ma pauvre âme !

On comprend BarBey D’AUREVILLY s’écriant : « depuis Pascar, peut-être, il n'y eut jamais de génie plus épouvanté, plus livré aux affres de l’effroi et à ses mortelles agonies que le génie panique d'EbGar Poe ! »

Le tableau précédent de la demifolie d’EnGar Por était écrit! quand à paru la très belle étude de Lauvrière?. La

4. L'alcoolisme insidieux et inconscient. Conférence faite le 26 mars 1899 et publiée par la Société antialcoolique de l'Hérault, réimprimée en 1903 : Deux conférences sur l’alcoolisme. Montpellier, Coulet.

2. Emize LauvriÈRe. Edgar Poe. Sa vie el son œuvre. Etude de psychologie pathologique. Bibliothèque de philosophie contemporaine, 1904, Parie, F, AICan.

question de la psychonévrose d'EbGar Por y est traitée dans toute son ampleur.

Le livre porte cette épigraphe : « les réalités du monde m'affectaient comme des visions et comme des visions seulement, tandis que les folles idées du pays des rêves devenaient, en revanche, non pas la matière de mon existence de tous les Jours, mais en vérité mon unique et entière existence ellemême » (Bérénice). L'auteur à très complètement analysé ce « phénomène psychologique » (BRiGas), ce malade; comme ARVÈDE BARINE, il voit en lui un dipsomane, mais il va plus loin. « Cette dipsomanie, dit-il, n’est elle-même qu’un trait, le plus saillant en ce cas comme en maint autre, d’un état nerveux de déséquilibre général nommé dégénérescence. Tous les traits de la dégénérescence, Por les a, aussi profondément inscrits dans la chair que dans son âme, dans sa pauvre face hagarde de bohème inspiré, que dans ses plus immortelles pages de prose et de vers. Physique et mentale, cette dégénérescence est la marque indélébile de tout son être ; elle explique tout en lui : sa force et sa faiblesse, son génie et sa folie, son malheur et sa gloire; sans elle sa vie et son œuvre apparaissent comme des monstruosités vides de sens ; avec elle, plus de mystère : tout y devient clair, logique, harmonieux même. »

1° Taomas pe Quixcey ? a une lourde hérédité névropathique. Son père meurt phtisique. Un Îfrère était une tête brûlée, il erra, devint pirate. Les autres « étaient des mélancoliques, des méditatifs de tempérament, qui aimaient à s'asseoir autour du feu à la tombée de la nuit et à frissonner en silence, tandis que l’ombre montait derrière eux avec son cortège de forces mystérieuses ». L’un d'eux, au cerveau fêlé, « cherchait le moyen de marcher au plafond la tête en bas, comme

1. Je reviendrai plus loin sur cette conception du talent, manifestation de la dégénérescence.

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