‹ Demifous et demiresponsablesChapitre 91 sur 119 · Rôle des juges · texte numérisé non relu

Rôle des juges

y. Nécessité de faire figurer les demifous et la responsabilité atténuée dans la loi de 1838 réformée.

Je crois avoir démontré dans le chapitre précédent que les demifous sont très souvent intelligents, très intelligents même, qu'ils peuvent avoir du talent, voire même du génie, que par suite ce ne sont pas toujours des non-valeurs sociales, qu’ils portent au contraire souvent un appoint marqué au progrès littéraire ou artistique de leur siècle. Par le chapitre troisième nous savions que les demifous sont des malades et qu’il faut les soigner. Des deux chapitres combinés nous concluons que, s’il faut les soigner, il ne faut pas les traiter comme les fous et les supprimer de la vie publique et libre en les interdisant eten les internant purement ou simplement dans les asiles d'aliénés.

D'où la légitimité du présent chapitre qui est comme l’ob- Jjectif et la raison d’être de ce livre; l’existence des demifous, tels que nous les connaissons, est le point de départ d’une question sociale de la plus haute importance : quelle doit être la conduite de la société, quels sont les devoirs et les droits de la société vis-à-vis d'eux ?

Pour préciser cette question, grave et difficile entre toutes, il faut d'abord établir une notion qu'on a entrevue dans les pages précédentes, mais que je n’ai pas démontrée encore : la

notion de la nocivité des demifous.

NOCIVITÉ DES DEMIFOUS

Les demifous sont nuisibles à leurs semblables, certains même sont dangereux, soit pendant toute leur vie, soit du moins à certaines périodes de leur évolution morbide. Ils peuvent d’abord être nuisibles, sans commettre rien d'illégal ou de délictueux, par le seul exercice régulier de leurs droits d'homme libre. Ils peuvent notamment nuire à leur prochain et à la société en se mariant, en créant une famille, en ayant

et en élevant des enfants. En second lieu, les demifous sont parfois nuisibles en commettant des délits et de véritables crimes : ils incendient, volent, violent, martyrisent ou assassinent.

Rougnovrrcu le dit excellemment : « sous les dehors d’une lucidité apparente et trompeuse, il y a chez eux une cons- £ience superficielle sans consistance et surtout une volonté de cire qui n’arrive pas à dominer les désirs et les bas instincts. Quand ces derniers les talonnent, comme les limiers féroces et cruels dont parle SHakesPeaRE dans le soir des Rois, ils ne savent leur opposer aucune résistance et se laissent aller. eomme ils disent souvent, sans y penser, sans réfléchir. Quelques-uns déclarent savoir ce quiest bien, ce qui est mai, mais ils ne le savent qu’en théorie. Placés en face du désir fàcheux qui les sollicite, leur conscience est trop faible pour tes arrêter, tandis que leurs appétits instinctifs sont au contraire voraces et insatiables. »

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