‹ Demifous et demiresponsablesChapitre 92 sur 119 · Méfaits des demi ous · texte numérisé non relu

Méfaits des demi ous

dans l'exercice régulier de leurs droits légaux d'homme libre. 1° De toutes les descriptions médicales que j'ai essayé de résumer et de synthétiser dans le troisième chapitre il ressort nettement que le caractère formel de Ia demifolie est de laisser au sujet une apparence de complète lucidité : ils raisonnent en public comme tout le monde. Dès lors, non seulement on les laisse en liberté, mais ils jouissent de tous les droits d’un eitoyen libre : ils peuvent acheter et vendre, entamer et diriger des affaires, se marier, créer une famille, diriger l'éducation

des enfants, faire des donations et des testaments.…

« Les aliénés lucides, dit TRÉLAT, malgré leur déraisou, répondent exactement aux questions qu'on leur fait, ne paraissent point aliénés aux observateurs superficiels et souvent ne se laissent pénétrer et deviner que dans la vieintime. » Aussi « les personnes qui souffrent de leur présence ne ren- “ontrent, pendant longtemps, aucune sympathie, aucun point

d'appui au dehors... Ce ne sont pas seulement les gens du monde qui se trompent en pareille circonstance, mais même des médecins, quand ils sont dépositaires des souffrances les plus secrètes des familles ». Ceci se voit beaucoup moins aujourd'hui, la plupart des médecins connaissant beaucoup mieux la demifolie qu’au temps de TRÉLAT (1861).

Cette méconnaissance publique du demifou est telle que celui-ci peut parfois faire croire à tous qu’il est réellement persécuté. « La position de victime que la plupart d’entre eux prennent avec habileté égare souvent l'opinion, dit TRÉLAT. C'est un des plus grands malheurs de la situation qui ajoute à la souffrance une accusation injuste. »

2 On comprend dès lors tout le mal que peuvent commettre les demifous avec cette liberté incontestée et tous ces droits que la loi leur reconnait.

a) D'abord et surtout, ils peuvent malheureusement se marier. Les parents, loin de s'opposer à cela, encouragent le plus souvent le malade et dissimulent à l’autre famille les tares psychopathiques du fiancé. « Il en est bien peu, dit TRéÉLAT, qui aient le courage honnête de dire la vérité. »

Et alors, par le mariage, ils apportent le malheur et le martyre à leur conjoint.

Dans un cas que raconte TRELAT, « la fiancée n'avait pu voir que la stature élégante de celui dont elle allait prendre le nom titré; mais on lui avait laissé ignorer l’infirmité de son esprit et la bassesse de ses habitudes. Huit jours ne s'étaient pas entièrement écoulés que la nouvelle épouse aussi belle, aussi fraîche, aussi spirituelle qu’elle était jeune, avait découvert que M. le comte employait ses matinées et donnait tous ses soins à faire des boulettes avec ses excréments et à les aligner par ordre de grosseur sur le marbre de sa cheminée, devant sa pendule ».

Et ailleurs : on rencontre un assez grand nombre de monomanes « dans le monde, conservant leur liberté, mêlés à nos

rapports, se mariant, transmettant et propageant leur infirmité, tourmentant leur famille ». Car, c’est là le second danger du mariage des demifous : ils ne font pas seulement le malheur de leur ménage, mais ils donnent à la famille qu'ils créent une hérédité déplorable.

Le mariage des aliénés lucides « est toujours malheureux pour l'associé, très souvent pour les enfants qui naissent de cette union ».

b) Les méchancetés de certains demifous sont sans nombre.

« [Il existe des aliénés lucides et ayant conscience de tout ce qu'ils font, qui ne sont occupés qu'à préparer et à commettre de mauvaises actions. Les uns brisent, détruisent des objets plus ou moins précieux en laissant et en faisant planer sur d’autres le soupçon et l'accusation du mal; quelques-uns ne reculent devant aucun moyen et mettent le feu aux bâtiments aussitôt qu’ils peuvent y parvenir... D’autres, et quelquefois les mêmes, prennent irrésistiblement un vif plaisir à organiser des intrigues, à brouiller et à diviser ceux qui les entourent. »

Une malade du même TRéLar a été fréquemment condamnée pour vols.«Cette personne, quisaitet parle plusieurs langues, qui dessine etest musicienne, mène alternativement une existence régulière ou la vie la plus désordonnée et la plus perverse... (Alors) elle se livre à la débauche la plus effrénée, aux vols les plus habilement conçus ». En même temps «cet être dégradé, avili, jouissant par les séductions de son langage et de son savoir, du privilège de se faire juger favorablement et accepter promptément, a pu nombre de fois s’introduire et résider plus ou moins de temps comme institutrice dans des maisons d'éducation ».

D'autres ruinent leur famille par des inventions, des aventures, des affaires, des donations... absolument inconsidérées.

Une malheureuse femme m'écrivait récemment : « J'ai le très grand malheur d’être la mère d’un détraqué nuisible de vingt ans. Depuis sa plus tendre enfance il a toujours fait le

mal. Il est absolument amoral. En grandissant, ses penchants vicieux se sont accentués et nous avons dù le chasser de la maison. Il a été à l'étranger où il à continué sa vie mauvaise; il est urgent que je le fasse revenir; mais je me demande avec angoisse ce que je vais faire de lui. La liberté, pour un être aussi inconscient, n’est pas admissible. La maison de fous l’est encore moins... Pour tout le monde et même autour de moi on trouve que c'est un vicieux jouissant de sa raison !.…. À vingt ans, on ne peut pas être irrémédiablement perdu pour la mère et pour la société... »

Que penser d’un testament fait par une épileptique, congénitalement faible d'intelligence (observée par TRÉLAT), entre un interrogatoire de 1841 à la suite duquel on lui donna un conseil judiciaire (sans lui ôter la liberté de tester) et l’interrogatoire de 1845 qui la frappa d'interdiction ?

Trécar et tous les aliénistes citent un grand nombre d'exemples de demifous, voire même de familles de demifous, qui se sont suicidés.

Sans qu'il soit utile d’insister!, on voit tous les méfaits dont les demifous, en liberté dans la société, peuvent se rendre coupables et on comprend TRréLaT écrivant tout son livre, moins dans l'intérêt des aliénés « que dans celui de leurs alliés et positivement en vue d'éclairer un terrain dangereux, de diminuer s’il est possible le nombre des unions malheureuses... Ce livre, dit-il encore ailleurs, est entièrement consacré à l’examen, à l'étude des demialiénés qui sont, de tous les êtres lésés dans leur raison, les plus compromettants ou les plus dangereux. »

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