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CHAPITRE III

Cartes régionales. — Départements. — Arrondissements. — Plans de villes: Paris, autres villes.

Cartes régionales. — De l’exposé qui précède, il ressort notamment que la carte de France proprement géographique est exceptionnelle dans les publications officielles ou particulières. Cette rareté s’explique par l’absence de travaux en série concernant les diverses régions, travaux qui, établis sur plan commun, auraient permis aux cartes synthétiques de condenser une information réduite à ses données essentielles. Le moyen, avec des statistiques départementales ou parfois d’arrondissements? Il fallait commencer par la « cellule », commune ou canton selon les cas, et pour ce s’en tenir aux renseignements administratifs. Seuls l’ont tenté, avant M. Matruchot, Levasseur et Turquan, et il y a ‘à une besogne à décourager les plus patients.

Par contre, l’étude particulière d’une. région historique ou géographique, voire d’une unité administrative, permet de grouper les renseignements selon la nature du sol, de limiter, selon des principes jusqu'ici très variables, les calculs à une vallée, à une région agricole, forestière ou industrielle, au centre de rayonnement que constitue une grande ville. À de telles entreprises sé sont essayés, depuis une trentaine d’années, les géographes de la nouvelle école française, élèves ou émules de Vidal de La Blache et de ses collègues à Paris ou en province. Les circonstances générales, reconstitution des Universités, mouvement régionaliste, circulation plus facile, aidaient ces tentatives auxquelles n'étaient pas étrangers des soucis d’ordre économique ici, ailleurs d'ordre rétrospectif. Cependant les statisticiens purs se risquaient même sur le terrain régional, flanqués d’ethnographes, de médecins, de philologues, de pédagogues parfois et plus rarement d’historiens ou d’administrateurs, çà et là soutenus par les Sociétés savantes de province. Le plus souvent, les cartes qui nous intéressent accompagnent une thèse régionale , on figurent dans quelque encyclopédie élaborée sous les auspices d’autorités particulières, Al occasion d’un congrès. Et il faut l’avouer, ce n’est pas toujours sur le territoire français de 1913 que les érudits ont pu opérer avec la plus

grande largeur de moyens matériels, faute d’un intérêt suffisant de la part des pouvoirs locaux ou des groupements scientifiques, d’ailleurs ignorants du voisin.

On s’y attendait: des unilés historiques ou administratives, la province, le département, l'arrondissement, le quartier dans les grandes villes ont, là encore, trop souvent servi de base aux limites et aux calculs. Sur 210 cartes dont on va essayer de donner un aperçu, 41 seulement répondent à une région naturelle, plus ou moins vaguement entendue.

Les régions, pour Turquan qui opère du fond de son bureau, se composent de départements groupés sans vergogne, tels qu'ils apparaissent sur certains atlas élémentaires où le même coloris tâche de donner quelque idée de la province qui les a formés, en tout, jamais en partie! Le célèbre statisticien et ses élèves appliquent ce principe aux phénomènes d’émigration des originaires dans toute la France ou d’immigration des autres Français dans la « région ». Ils tracent ainsi des cartes pour l'Algérie (1896-1901) et la Gascogne — une Gascogne qui englobe Toulouse! — la Guyenne (réduite à quatre départements, Gironde, Dordogne, Lot, Lot-et-Garonne), le Limousin, la Lorraine française, la Normandie (1901). Ce sont surtout des cartes de France par arrondissements ou en zones et courbes, montant la répartition des originaires de ces pays.

D'autres auteurs plus soucieux d’esprit géographique fournissent les meilleurs exemples de cartes régionales, encore que beau-

‘coup, sentant la base solide, se soient tenus à la cellule-canton des recensements. Au reste, les méthodes varient à l'infini, du fait même des différences régionales, pays de plaine ou de montagne, contrées étendues ou de surface restreinte, terre de monoculture ou de cultures variées, aux villes rares ou nombreuses.

Dans les contrées côtières, on doit citer la carte de densité du Léon par régions de peuplement (1893) due à L. Gallouedec (1), le travail d’Elie Robert (1904) fondé sur l’équidistance de la mer en Bretagne et les cartes de J. Choleau (1922), où l’émigration bretonne est envisagée avec une tournure d’esprit xénophobe qui semble tenir aux circonstances. En Basse-Normandie, R. de Félice a donné une carte de densité pour 1906. Pour la Seine-Inférieure, voici de simples croquis de Spalikowski (1891) relatifs à la mortalité urbaine, qu'elle soit générale ou infantile. On en voyait une de la Provence, par cantons, à l’exposition coloniale de Marseille (1922). Au Roussillon, il existe deux cartes importantes, l’une de la plaine, par Ph. Arbos (période 1831-1901), l’autre des « Pyrénées méditerranéennes », par M. Sorre (1913), celle-là par communes, celle-ci par régions naturelles.

G. Anfossi a étudié la densité de population en Corse (1872- 1911).

En pays de montagne, nous trouvons pour 1911 les importantes cartes de J. Robert donnant la densité humaine des Alpes françaises par communes et par régions naturelles, pour 1921 le pourcentage des émigrés alpins en France, par D. Mouralis, pour 1926 le travail de A. Mathieu sur les petites industries de la montagne dans le Jura. Moins haut, voici deux séries de cartes pour

(1) Bib1.703-730 et 752-800.

des régions où l'altitude a son influence: le Morvan de J. Levainville (1909) et la Vôge d’A. Cholley (1911), avec détails particuliers ‘de distribution, dispersion ou groupement selon les lieux.

Le reste de la France, dans ses limites, de 1913, est représenté par un certain nombre de documents d'ordre régional. Dans le Nord, c’est le cartogramme cantonal de M. Allain (1921) traitant des parties comprises entre la Belgique, la mer, la Somme et l'Oise: et encore la Pevèle rurale de Th. Lefebvre (chiffres de 1901). Pour le Midi, l’importante étude de M. Sorre (1906) contient, outre une carte générale du Bas-Languedoc au 320.000°, une carte du rapport de la population éparse à la population totale, et quatre cartons concernant la répartition des groupements humains dans le Biterrois, le Lodévois et la région de Bédarieux, entre la Garrigue et la Gardiole, autour d'Uzès, de Nîmes et de Beaucaire.

Outre les inquiétants cartogrammes d'Otto Delitsch (1865) qui montrent le mouvement de la population dans nos vingt-deux arrondissements d’ « Austrasie » — dont « Lunestedt » et «Reimersberg » Lunéville et Remiremont) — pour la période 1801-61, l'Est offre un travail, avec carte par zones, du médecin militaire Collignon (1886) sur l’indice céphalique en Lorraine et une carte de Vidal de La Blache (1916) au 800.000°, illustrant l’évolution du peuplement entre les frontières de 1870 et une ligne Villerupt- Port d’Atelier-l’Isle-sur-le-Doubs-Audincourt, d’après les recensements allemand de 1910 et français de 1911. L'auteur déclare qu'il s’agit ici d’une interprétation, non d’une reproduction. Il ne s’est « écarté de la rigueur administrative que pour se rapprocher de la vérité géographique, » reconnaissant aux statistiques cantonales, base de ses calculs, le mérite d'aider à localiser le phénomène de densité autant que l’échelle de la carte le comporte. Au reste, lecartes à grande échelle lui ont très bien servi à déterminer l'influence des cultures et des forêts. La Champagne voisine a fourni à E. Chantriot (chiffres de 1901) deux cartes, l’une de densité au 833.000°, l’autre du pourcentage aggloméré, au 600.000.

Dans l'Ouest, on ne peut signaler que le- Bas-Maine de R. Musset (1917), indiquant le rapport des agglomérés du chef-lieu à la population totale de chaque commune, la population spéciale une fois déduite.

Les travaux du médecin militaire Collignon sont importants pour l’anthropologie de l’Aquitaine (1890-95). On lui doit des cartes inégales parfois, faute de renseignements, sur la répartition de l'indice céphalique depuis le pays basque jusqu’en Limousin (1893) et plus spécialement en Périgord.

Plus au centre, voici dès 1859 la carte de La Tremblais, donnant la mortalité moyenne annuelle, par communes, de l’ancien Berry (départements de l'Indre et du Cher) pour la période 1833- 52. Après le travail cantonal de L. Gallois (1894-95) sur le Beaujo-

lais-Lyonnais (entre la Loire, la Saône, le Rhône, Matour et Firminy), notons l’essai de G. Goujon sur la Puisaye, par zones (1911) et le cartogramme du couloir Saône-Rhône de M. Allain (1921) qui s'étend aux départements de Saône-et-Loire, de l'Ain, du Rhône, de l'Isère, et à partie de ceux de l’Ardèche et de la Drôme, jusqu à Largentière et à Montélimar. H. Vaganay (1929) a montré, pour la période 1841-1926, en 4 cartogrammes communaux (1.250.000°) les variations du peuplement dans la vallée du Gier.

Mais, comme on l’a laissé entendre, il faut passer la frontière de 1871 (1) pour trouver en Alsace-Lorraine une production cartographique relativement considérable, grâce aux habitudes des géographes pangermanistes, aux publications officielles du pays d'Empire et à l'intérêt porté par les universitaires d’outre-Rhin aux questions régionales.

Dans l’ouvrage Die Bevülkerung Elsass-Lothringens, on relève des cartogrammes cantonaux relatifs aux variations de la population (1871-1905), à la densité, à la proportion des sexes, aux religions, à la natalité, à la langue (1905). Dès 1880, les Statistische Mitteilungen de Strasbourg publiaient une carte de densité par cercles.

Parmi les travaux particuliers, il faut citer ceux de Sprecher von Bernegg (1887) sur la population agricole des pays rhénans en 1820, où les villes sont éliminées, d’Otto Delitsch (1865) sur la densité de population en Allemagne occidentale, où figurent les . arrondissement français voisins, avec Thionville, Dompaire, Münster. La carte de J.-J. Kettler donne la densité générale de l’Allemagne, au 3.000.000°, par zones et courbes, d’après les chiffres de 1871, les cantons d'Alsace et les cercles de Lorraine servant d'unités de calcul.

Voici les ouvrages plus récents de Neukirch (1897) indiquant par régions naturelles la densité en Wasgau, et de Wiebach (1912), où l’évolution du peuplement en Basse-Alsace (1723-1910) motive une carte principale au 200.000° renforcée de cartes de superposition pour les périodes 1800-15, 1815-25, 1825-71, 1871-75, 1875- 1910 et pour la date initiale 1723. Signalons encore quelques documents d'intérêt plus spécial : carte confessionnelle au 3.000.000° de l’Empire, par Richard Andrée (1876), par cercles pour l’Alsace- Lorraine, d’après les chiffres de 1871; carte du même montrant la répartition des Juifs en Allemagne; carte de Th.-F. Schunke au 500.000°, où apparaît la proportion de gros bétail par milliers d'habitants au 10 janvier 1873 (1.500.000°); carte cantonale du peuplement industriel de l’Alsace-Lorraine en 1907, établie par le D' Weirich (1924). De grandes différences de conception existent entre ces travaux sur un même pays: ce qui, pour Sprecher, est « bords du Rhin » devient pour Neukirch « versant Est des Vosges. » (2)

Vidal de La Blache a dressé une carte cantonale des variations de la densité en Alsace-Lorraine pour la période 1871-1911. Plus récemment, l’occupation du bassin de la Sarre a permis à L. Gallois de consacrer une carte au 600.000° au peuplement de cette région, d’après les chiffres étrangers de 1910 et français de 1911. C’est à ce propos que l’auteur a formulé les règles qui, à son avis, doivent présider à l’établissement des cartes de ce genre, « résultat d’une série d’approximations. » Il s’agit de représenter d’abord la moyenne kilométrique cantonale sur une carte à grande échelle, puis de serrer de plus près la réalité en s’affranchissant des limites cantonales pour « considérer les groupements naturels », avec étude particulière des vallées principales, où la population est généralement plus dense, et distinction des régions agricoles d’avec les

(1) Bib1.731-750.

(2) Cf. E. de Martonne, op. cit., p. 26-27.

pays forestiers. On aboutit ainsi à des ensembles homogènes groupant les communes, compte tenu parfois de certains chevauchements, surtout en région boisée. Il n’y a plus dès lors qu’à résumer ce travail sur une carte d’échelle moyenne.

Ce n’est pas évidemment à ce point de vue tout géographique que se plaçait le lointain J. Manier, déjà cité, quand, en 1867, ül élaborait un cartogramme cantonal dénonçant à l’indignation publique les conscrits illettrés de cette « région » assez particulière: l’Académie de Toulouse, huit départements aussi semblables que l'Aveyron et les Hautes-Pyrénées! Au contraire, C.-J. Minard, qui, dès 1846, établissait, en usant de bandes proportionnelles, une carte de la circulation routière des voyageurs dans la région Dijon-Mulhouse, peut être regardé comme un précurseur: il s’agissait d’une enquête sur la construction du chemin de fer, et les limites officielles ne signifiaient plus rien.

__ Des médecins aussi ont eu leur part dans ces études. Broca, en 1869, publiait une carte cantonale de la taille des conscrits en Basse-Bretagne, d’après la moyenne des exemptions pour la période 1850-59. Collignon, médecin militaire, s'inspirant du travail de son illustre confrère, a donné en 1890 une série de cartogrammes cantonaux des Côtes-du-Nord, consacrés respectivement à la taille moyenne, aux hautes et petites tailles, aux ajournements et exemptions pour défaut de taille, à la couleur dominante des yeux et des cheveux, à la forme des visages et du nez. Pour l’Aquitaine, le même praticien est plus ou moins bien informé; de la Dordogne, qu'il connaît bien, à la Creuse où on entrave son enquête, aux Charentes et jusqu’au pays basque, il a promené en 1893, par cantons, le « rhinomètre » à la main, une curiosité professionnelle étendue aux indices céphalique et nasal, aux yeux et aux cheveux, clairs ou foncés, aux tailles et aux crânes. Et sans doute il ne s’agit là que d’une catégorie relativement restreinte: l'individu masculin de vingt ans. Mais il n’est guère possible de faire mieux, loin des écoles et des prisons, des couvents et des hôpitaux, où vivent des humanités plus particulières... Là encore, il nous faut faire aux pays naguère annexés une place à part. Le D' Weirich, nommé plus haut, a détaillé (1924) en quatre cartogrammes cantonnaux les ravages de la tuberculose en Alsace-Lorraine (1909-1923), les progrès ou le recul du mal et ses effets mortels sur la jeunesse.

Départements (1). — Puisque départements il y a, force nous est de suivre de préfecture en sous-préfecture les statisticiens et leurs dégradés officiels.

Il s’agit parfois d’études très complètes, élaborées à l’occasion de congrès. Voici, pour les Bouches-du-Rhône, l’important travail de P. Masson: nous y trouvons les variations dans la population des communes de 1821 à 1911, deux cartes de densité pour 1911, par cantons et par communes, le détail de l'immigration française dans le département en 1901, voire même une carte de géographe, répartissant la population par zones naturelles, habitées ici et là « désertiques ». A. Schmitt (1929), qui a étudié la Meuse au point de vue démographique, donne pour la période 1790-1926 deux cartes par zones indiquant la densité en 1851 et 1926, et quatre cartes

(1) Bibl.801-963 [Seine, 924-946].

cantonales relatives aux recensements de 1806, 1857, 1911 et 1926, compte tenu des changements apportés par la grande guerre. Des graphiques complètent ces documents, soulignant l’importance des centres urbains et industriels, accusant la décadence de la viticulture et de l’industrie rurale. La monographie de R. Blanchard (1906) comporte pour le Nord au wx° siècle de bien autres précisions: densité en 1804 et en 1901, augmentations et diminutions, régulières ou continues, diminutions précoces ou tardives, influence des voies navigables. Naturellement les statisticiens sont là avec l'unique département qui les intéresse, la Seine « tentaculaire » où les immigrés abondent, distingués par eux selon leurs occupations (1901): professionnels de l’alimentation, débitants, restaurateurs, hôteliers, gens qui vivent des produits chimiques, des vêtements, de la chaussure et des gants, couturières et marchands de bois, mécaniciens et métallurgistes, « gafs du bâtiment », cochers, charretiers, livreurs, cheminots et fonctionnaires, médecins et bureaucrates, professeurs et publicistes, concierges et domestiques... Cet afflux de la province fait par contrecoup refluer en banlieue le tropplein de la Grand’Ville: et plans d’extension de sévir, fondés sur des études de densités suburbaines, depuis celle de Durand-Claye (1881) étendue à Montmagny et à Wissous, à Poissy et à Chennevières, jusqu'aux documents administratifs de 1911-1926, statiques et dynamiques, qui se bornent au département « tout sec », arrondissements municipaux et communes de banlieue. Heureusement un érudit voisin, M. Cans, a tout récemment montré, pour les mêmes années, l'accroissement de la population en Seineet-Oise (2). À un point de vue spécial, R. Bolzé a dressé (1930), une carte religieuse de la région parisienne largement entendue, avec indication des nouvelles églises de la « banlieue rouge », dont la construction s'explique par l'accroissement de la population entre 1921 et 1926. .

Aïlleurs, c’est la poussière des cartes statistiques: on en trouve pour l’Ain (Tardy, 1886), le Calvados (Michel, 1861-1901), la Manche (Michel, 1901), le Rhône (Turquan, 1901). Dans l'Allier, le travail d’E. Mauve (1928), consacré à l’évolution du peuplement de 1836 à 1926, comporte une carte cantonale de densité à cette dernière date. Des cartes plus spéciales offrent un plus grand intérêt. Certaines d’entre elles concernent les statistiques médicales, notamment celles du D' Richard, qui s’attachent à tous les détails de la santé des conscrits dans le Doubs (1893), n'épargnant au curieux aucune proportion d'infirmités dirimantes, aucun pourcentage d’aptes et d’inaptes. Le D' Chervin, en 1883, dressait un atlas analogue pour la Seine-[Inférieure, en se bornant aux maladies les plus répandues. Le préfet H. Monod, dans un domaine voisin, a consacré un véritable atlas au choléra en Finistère (1832-1886), travail entrepris à l’occasion de ses fonctions lors de l’épidémie de 1885-86, De même, le D' Imbeaux a étudié pouf la période 1831-1896 la répartition des épidémies de fièvre typhoïde en Meurthe-et-Moselle. D’autres cartes révèlent des préoccupations de spécialistes: colonisation étrangère dans l'Isère alpestre (Lefrançois, 1921); lutte contre l'ignorance populaire avec Manier, déjà nommé, qui dépeint les progrès de l'instruction en Charente et dans la Dordogne (1867), dans l'Isère (1865-69), dans le Jura (1867) — à la demande de la loge maçonnique le « Val

d'Amour » de Dôle, — en Maine-et-Loire (1858-67), dans la Seine- Inférieure (1867-76). Vacca, pour la Moselle (1862-67), a publié une carte du même genre.

Arrondissements (1). — L'arrondissement lui-même, unité surtout électorale qui parfois répond à un ancien « pays », a tenté divers auteurs: Levasseur, par exemple, indique la répartition des communes dans les arrondissements si différents d’Arles et d'Arras (1886). A. Demangeon (1905) fait de même pour celui d’Abbeville, où l'opposition est frappante entre les agglomérations concentrées du plateau crayeux et les hameaux dispersés des Bas-Champs. Voici encore, d'E. Andriot (1898), une carte de densité de l’arrondissement de Lunéville, et du docteur Guiraud une représentation des phénomènes de dépeuplement dans l’arrondissement de Montauban (1861-86): variations, excédents, mortalité, natalité, dîme mortuaire. En 1853, nous relevons une carte statistique du goître endémique dans l’arrondissement de Rouen, due au docteur Vingtrinier. Mais il faut franchir une fois de plus la frontière de 1871 pour trouver dans les cercles de Sarreguemines et de Forbach un domaine particulier — région industrialisée — où pourra s'’étaler dans toute sa lourdeur et dans toute sa force l’érudition des occupants: Ewald Crusius n’a pas consacré moins de neuf cartes superposables (1914) au détail de l’évolution démographique locale, exprimée en disques polychromes, secteurs et cercles, encore com- pliqués de cartes géologiques et forestières (1801-1910).

Plans de villes. Paris. (2) — L'expansion démesurée des grands centres au cours du dernier siècle a engagé les autorités municipales à faire étudier par des spécialistes les résultats démographiques de la croissance urbaine. Ces travaux sont surtout possibles à Paris, où les services statistiques sérieusement organisés et, par moments, bien rentés, peuvent accompagner leurs publications d’atlas ou de plans. Malheureusement, une ville devient ici une réunion de quartiers ou d’arrondissements municipaux, et il ne faut que bien rarement attendre des statisticiens quelques préoccupations de géographes (1).

De nos jours cependant, L. Bonnier (1919) a essayé d’anticiper, tout en consacrant au passé une large part de ses investigations. Une grande ville comprend, à ses yeux, toute la région à densité grand-urbaine qui l’environne, et c’est par régions « isochrones » qu'il faut opérer, en partant de ces centres nerveux que constituent les gares principales. L'activité économique se traduit en effet aujourd'hui par une circulation intense de suburbains qui travaillent en ville et demeurent en banlieue, voire même d’urbains qui se rendent quotidiennement à leur atelier hors les murs. Et l'extension d’une ville ainsi entendue varie selon les modes de transport. Parti du petit Paris de 1800, l’auteur aboutit ainsi au plus grand Paris de 1961, en jalonnant son parcours de plans urbains ou régionaux. Devient parisien tout lieu où l’hectare abrite cent habitants; est englobé dans la banlieue tout endroit comptant Aix habitants à l’hectare. Les recensements quinquennaux, fidèle-

(1) Bibl. 964-984.

(2) Bibl. 985-1354.

ment transposés sur la carte, ont amené L. Bonnier à établir une quarantaine de plans de Paris pour la période envisagée. (1)

Les précédents manquaient à une telle entreprise. Toussaint Loua (1872), chef de la Statistique générale il y a un demi-siècle, ne voulait connaître que des quartiers et des arrondissements, tout comme depuis le docteur J. Bertillon (1886) et l'Américain Marc Jefferson (1905), dignes émules de Levasseur (1886). Turquan, plus curieux, procédait par zones et courbes (1899). Le travail de Bertillon intéresse la période 1801-1886; se plaçant à un point de vue analogue, L. Gallois a établi une série de plans schématiques (1923) pour les années 1800-1921.

Les plans de Loua et Bertillon, sans intérêt proprement géographique, n’en constituent pas moins d'importants travaux d'ensemble dont l’étude est indispensable aux historiens du peuplement urbain.

“Loua, pour 1872, donne la population par âge (mineurs, adultes, vieillards), la répartition des immeubles (maisons, locaux industriels et commerciaux, appartements occupés ou vacants, nombre d’occupants). Les recensements lui permettent encore d'étudier la population selon les cultes (calvinistes, luthériens, israëlites) avec de curieuses indications sur les « individus sans culte » parmi lesquels il range les libres penseurs, « secte récente qui doit son existence aux passions politiques qui travaillent les bas-fonds de l’agglomération parisienne. » Il recommande la consultation de ce plan « à ceux qui voudraient prévoir, dans une sertaine mesure, la couleur politique des futures élections. » Il signale d’autres particularités : illettrés de six ans et au-dessus, électeurs inscrits, nombre de personnes par ménage, mortalité. Parisiens de Paris et d’importation, patrons, employés et ouvriers. horticulteurs, industriels et commerçants, gens de professions diverses, depuis les militaires jusqu'aux « personnes vivant du clergé » — les ministres des cultes — tout cela bizarrement réparti en classes et en sections par un bureaucrate chevronné, ami des hiérarchies sociales. (2)

Plus importants et plus précis, les plans du docteur Bertillen n’en demeurent pas moins des ouvrages de statisticien, avec tous les défauts de l'esprit mathématique. Les deux grands atlas qui les renferment voulaient donner, lors du centenaire de la Révolution marqué par l'Exposition universelle, une idée générale de la santé publique à Paris au cours du xix° siècle, et plus particulièrement depuis les transformations d'Haussmann.

Par quartiers ou par arrondissements, il s’agit toujours de divisions administratives. Comment demander, à l'Hôtel de Ville, un plan donnant le « périmètre morbide » de tel centre usinier ou la « zone d’insolation majeure » de tel jardin public? Au premier coup d’œil cependant, et malgré des « paliers » arbitrairement choisis, on peut se rendre compte des raisons géographiques de bien des phénomènes, dans les domaines respectifs de la santé générale, de l’activité professionnelle et du peuplement grandurbain.

(1) Bib1.985-1027.

(2) Sous-chef au 1e janvier 1870 ; chef de 1875 à 1887, date où il prit sa retraite en cédant la place à Victor Turquan (Historique et travaux, p. 11, 13, 14.). ;

Essayons de résumer le contenu de ces atlas laborieusement établis, et dont on ne peut que souhaiter, en dernière analyse, de on reprendre la tradition, compte tenu des changements accomplis.

Voici d’abord les plans de densité spécifique à l’hectare (1806, 1817, 1836, 1851, 1881, 1886), par arrondissements anciens, puis par quartiers. \

Vient ensuite l’étude de la population par âge (1886), le groupe des adultes de 20 à 60 ans servant de base à la proportion des mineurs et des vieillards.

La richesse fait l’objet d’une enquête sommaire, fondée sur le nombre de domestiques des deux sexes par ménage, sur la proon des mariages avec contrats et des indigents assistés (1880- : 86).

L'entassement de la population est décelé par la hauteur des maisons, indice assez sûr, à cette époque où les quartiers de travail se confondaient encore avec les quartiers d'habitation. À ce souci répondent des plans indiquant le pourcentage des immeubles à un ou plusieurs étages (1886).

Mais plus compliqué est le problème de la natalité (1818-88) avec ses multiples aspects : naissances annuelles pour mille femmes de 15 à 50 ans, mariées ou non; proportion d'enfants reconnus, légitimés, mis en nourrice. La nuptialité n'offre pas moins de détails : proportion des célibataires et des mariés, nombre de mariages pour 1.000 femmes d’âge nubile, proportion des mariages avec légitimation d'enfant, nombre des veufs et des divorcés (1876- 88). Aux décès maintenant : mortinatalité légitime ou naturelle, mortalité générale par âge (moins d’un an, de 2 à 4 ans, de 5 à 14, de 15 à 34, de 35 à 39, 60 ans et plus). On apprend même en quels arrondissements il y a le plus grand nombre de beaux enterrements, s'ils ont lieu, riches ou pauvres, en ville ou hors les murs, avec ou sans prêtre (1881-88).

De quoi meurent tous ces Parisiens ? C’est ici que le médecin se retrouve, et impitoyable. Apoplexie cérébrale, œdème pulmonaire, athrepsie, bronchite, catarrhe, cancer, maladies organiques du cœur, coqueluche, diabète, entérite, diarrhée infantile, diphtérie, érysipèle, fièvre puerpérale, hépatite et cirrhose, méningite et encéphalite, néphrite et mal de Bright, pleurésie, hydrothorax, empyèmes, pneumonie, phtisie pulmonaire, rougeole, scarlatine, typhoïde, variole, débilité congénitale ou sénile, quel cortège sinistre! À peine si les suicidés et autres fins violentes font diversion, à leur manière (1865-90).

Durand-Claye, de son côté, avait exprimé en courbes équidistantes, au moyen d’ordonnées proportionnelles, les ravages de l'épidémie typhoïdique de 1882, compte tenu des vents dominants.

Bertillon et plus tard Turquan, son émule, ont aussi étendu leur curiosité aux nombreux provinciaux et étrangers habitant Paris. Ils savent la proportion d’allogènes pour 1886, 1896 et 1901, la répartition des étrangers de tous pays par quartier, distinction faite des individus nés en France et des naturalisés. Allemands, Américains, Anglais, Belges, Hollandais, Italiens, Russes, Suisses font d’ailleurs l’objet de plans spéciaux indiquant leur effectif absolu ét leur répartition par quartiers ou par arrondissements.

Passons aux métiers. Bertillon ne veut connaître en 1886 que

la proportion, sur 1.000, des individus « exerçant eux-mêmes une profession », horticulteurs, courtiers de commerce maçons, peintres en bâtiments, menuisiers, ébénistes, tonneliers, vanniers, layetiers, tailleurs, passementiers, tanneurs et mégissiers, cordonniers, blanchisseuses, fabricantes (sic) de plumes et fleurs, fabricants de machines en fer, serruriers, taillandiers, orfèvres, imprimeurs, relieurs, marchands de vin... N’y avait-il donc pas d’autres professions à Paris en ce temps-là? Ni les médecins, ni les professeurs, ni les avocats ne font ici l’objet d’un plan spécial.

© Un curieux plan de Minard (1865) montrait les relations existant alors entre les problèmes du peuplement parisien et de l’acheminement des correspondances postales : l’hôtel des postes devait s'élever au sud-ouest des Halles, au centre de gravité de la population et à l’équidistance pratique de ce « polygone des gares » dont parlera Bonnier.

Bertillon consacre quelques cartogrammes à la circulation parisienne : il détaille les recettes kilométriques des tramways et du chemin de fer de ceinture (1884-89), ce qui lui donne prétexte à indiquer les effectifs de voyageurs ayant passé par chaque station. Les Travaux publics, pour la période 1878-81, avaient fait de même. C'est à eux aussi qu'il faut demander d’autres renseignements analogues : circulation des omnibus, tramways, bateaux, mouvement des grandes gares et de la petite ceinture, exprimés en bandes et disques à secteurs proportionnels (1884 et 1889), avec distinction de la ville et de sa banlieue.

Autres villes (1). — Paris mis à part, bien rares sont les villes assez riches pour offrir au public le luxe de travaux aussi coûteux. Il faut qu'une circonstance exceptionnelle amène les autorités à entreprendre des ouvrages de statistique à sujet spécial. Tel est le cas pour l’épidémie cholérique du Finistère (1885-86) : l’importante étude de H. Monod, alors préfet, contient un certain nombre de plans de villes — Audierne, Concarneau, Douarnenez, Le Guilvinec, Guipavas, Quimper, — avec la mention des maisons atteintes et des cas relevés, jointe à l'indication des fontaines qui contribuèrent à propager le fléau.

C’est encore au point de vue sanitaire que s’est placé le docteur Ducamp, l’un des auteurs du grand ouvrage sur Lille et la région du Nord (1909) où l’on trouve plusieurs plans d'intérêt démographique: mortalité générale et mortalité tuberculeuse, athrepsie, par quartier (1899-1908) et par rues (1903-1907), mortalité tuberculeuse et mortalité par gastræentérite (1908). M. Sorre, opérant en géographe « urbain », a donné pour Bordeaux (1921) un plan de densité par sections de recensement, où des disques proportionnels indiquent le nombre absolu d'étrangers. À Rouen, avec M. Levainville, la cité s’élargit en région (1913): il s’agit d’ailleurs d’un simple schéma, complété par d’autres documents cartographiques où apparaît, aux dates de 1795, de 1862 (époque de la crise) et de 1910, la répartition des ouvriers cotonniers dans le pays des « rouenneries ». (2) Dès 1832, à l’occasion du choléra, l’érudit normand A. Périaux dressait un plan de la ville où figurent les cas constatés. C’est sans doute le plus ancien exemple d’un travail

(1) Bib1.1355-1370.

(2) Les ouvriers du coton dans la région de Rouen (Ann. de géogr., XX, 1911, p. 54-61.)

de ce genre; le choléra de Marseille (juin-octobre 1884) a fourni à

l'ingénieur en chef du port, A. Guérard, l’occasion d’une étude analogue.

Il résulte de cet exposé que, même en appliquant avec indulgence le‘nom de carte aux travaux purement statistiques des uns, aux études vraiment bien spéciales des autres, on ne trouve de documents susceptibles de nous intéresser que pour fort peu de contrées françaises en particulier. Je ne connais rien pour le Centre, dans le périmètre Orléans-Tours-Poitiers-Cahors-Le Puy, presque rien pour l'Ouest atlantique de Nantes aux Pyrénées. Je n’ai pu découvrir d'étude urbaine avec plan démographique pour aucune ville moyenne, pour aucune région saisonnière ou frontière envisagée comme telle, en fonction directe des circulations locales permanentes ou périodiques. On voit quel champ étendu s'offre aux recherches des Universités et des travailleurs isolés enfin attirés de nos jours vers ces entreprises aussi ingrates que nécessaires. Car, je le répète, l’atlas démographique de la France ne saurait résulter que de la synthèse des contributions locales et régionales, d’ordre actuel ou rétrospectif. Et l’on ne peut que songer aux quelque quarante mille monographies communales à rédiger pour chacun des vingt recensements effectués depuis la Révolution, aux centaines d’études que comporteraient les « pays » et à ces myriades de plans encore, où apparaitraient, lieudit par lieudit, rue par rue, maison par maison, les excédents et les déficits, les activités et les oisivetés, les origines et les migrations...

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