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SUR LA LIBERTÉ, RÉPONSE A M. BAROCHE

rit.) par quelques mots qui vous troublent outre mesure, mais qui était attaqué, messieurs, par les armées de Louis XIV, par nos puissantes flottes, et dont le principe dynastique était discuté les armes à la main. C'est dans ces circonstances que Guillaume III maintint la liberté, et c'est parce qu'il se confia à la liberté qu'il devint puissant et qu'il triompha de ses ennemis.

Mon profond dissentiment avec l'honorable M. Baroche, ce qui fait que jamais nous ne pourrons nous entendre dans des discussions de ce genre, c'est qu'il ne croit pas à la liberté, c'est qu'il n'a pas foi, lui, dans son efficacité toutepuissante. (Interruptions diverses.)

M. Jules Favre. Il y a cru autrefois, mais il s'est converti !

M. Baroche, ministre. Vous m'en avez bien vite guéri!

M. Jules Favre. Ce n'est pas moi; vous avez été mon maître ! (Rires sur plusieurs bancs.)

M. le Ministre. Je n'ai jamais été votre maître, car dans les anciennes assemblées, avant 1848, nous ne siégions pas sur les mêmes bancs.

M. Jules Favre. C'est vous qui avez fait la révolution de 1848 cependant ! (Exclamations.)

M. le Ministre, en souriant : En tous cas, pas moi seul.

M. Emile Ollivier. Je dis, messieurs, et assurément les honorables membres de cette assemblée qui ne partagent pas mon opinion me permettront de conserver la mienne, et de la manifester; ; je dis que l'honorable M. Baroche ne croit pas à la puissance de la liberté, parce qu'il n'en voit que les excès; ces excès, moi aussi je les connais comme lui, et comme lui je les déteste. (Très-bien !) Mais de même qu'on ne proscrit pas le feu parce qu'il brûle en même temps qu'il réchauffe, de même qu'on ne repousse pas la religion parce qu'elle, a de mauvais prêtres et la justice parce qu'elle rend de mauvais arrêts; de même qu'on ne condamne pas le mariage parce qu'il y a des adultères; de même qu'on ne refuse pas de commencer une navigation parce que, sur

la mer, Ton peut trouver les tempêtes au lieu des vents propices et des nuits étoilées... (Interruption.) Oh! messieurs, vous ne m'empêcherez pas de poursuivre. (Parlez ! parlez!) De même je ne comprends pas qu'on proscrive la liberté parce qu'elle a ses excès ! Dans toutes les choses qui sont de ce monde, messieurs, à côté du bien se trouve le mal. Il faut avoir le courage viril, quand on poursuit le bien, d'accepter les conditions difficiles de luttes, d'efforts qui sont la beauté, la gloire, la dignité des hautes entreprises. Royer-Collard l'a dit, ce n'était pas un démagogue pourtant : Les constitutions ne sont pas des tentes dressées pour le sommeil; les gouvernements ne sont pas des lieux de repos dans lesquels on puisse voir couler tranquillement ses jours sans préoccupations ni soucis ; ce sont des postes d'honneur, parce que ce sont des postes de combat et de péril !

D'ailleurs, je vous le demande, à vous qui nous contestez la liberté, à vous qui prétendez que les bienfaits peuvent en être refusés aux nations, à qui donc, je vous le demande, confiez-vous la direction des gouvernements? Ne la confiezvous pas à des hommes? Est-ce que ces hommes ont été créés d'une autre manière que nous? Est-ce que dans la Genèse il est écrit que Dieu, après avoir créé les sujets, a créé ceux qui les gouverneraient? Est-ce que, comme nous, ils ne sont pas exposés à l'erreur, aux défaillances, à l'égarement, à toutes les causes qui entraînent nos volontés, qui corrompent notre jugement, qui nous empêchent ou de poursuivre la vérité, ou de la voir, ou de l'appliquer intrépidement? Est-ce que vous, vous qui avez le redoutable honneur, la périlleuse mission de diriger les autres, est-ce que vous ne trouvez pas dans votre élévation même une cause plus dangereuse de faiblesses? Est-ce que vous n'avez pas lu, entendu les avertissements qui circulent à travers les siècles, dans les écrits de tous les politiques et de tous les moralistes? Est-ce que vous n'avez pas appris que plus on est élevé au-dessus des autres, plus on est trompé, parce que plus que les autres on est entouré d'ambitions personnelles, de flatteurs, d'hommes intéressés à ce que la vérité

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