SUR LA LIBERTÉ, REPONSE A M. BAROCHE
ne soit ni connue ni accueillie? Est-ce que vous ne savez pas ce qu'il y a de terrible et de fascinateur à la fois dans la solitude de la toute -puissance? Est-ce que vous pouvez ignorer qu'il n'y a qu'un remède à un tel mal, et que ce remède c'est la liberté? La liberté non pas sans frein, comme vous l'avez dit, non pas la liberté absolue, mais la liberté comme l'a dit l'Empereur, dont vous avez pour mandat de nous porter la parole, la liberté sans restriction, la liberté réelle, la liberté entière, non la liberté anglaise, mais la liberté française, celle de nos pères, celle de 89, la liberté, source de maux, mais aussi source intarissable de grandeur, de prospérité et de biens !
Quelques voix. Très-bien ! très-bien !
M. Emile Ollivier. Il me reste maintenant à répondre à la question que vous m'avez adressée. Vous m'avez dit, après avoir lu les paroles que j'avais prononcées hier : Voyons le tableau que vous avez tracé, est-ce une ironie ou est-ce une réalité? Soyez sincère, nous avons tous le droit d'exiger des déclarations loyales.
La réponse que vous me demandez, il n'est pas en mon pouvoir de vous la donner. A vous seul il appartient de la faire entendre avec autorité ; voici pourquoi : je suis convaincu, c'est l'inspiration ardente de nies convictions politiques, qu'il n'y a de vrai en ce monde que ce qui peut subir la contradiction, c'est pour cela que j'aime la liberté. Si votre Gouvernement est aussi fort que vous le prétendez, s'il est soutenu par une adhésion unanime, vous n'avez qu'une preuve à en donner : permettez à la liberté une con- • radiction réelle. Si vous la supportez, alors ma parole ne sora pas une ironie, elle sera un tableau fidèle. Si, au con-« traire, vous reculez devant la liberté, si vous ne voulez pas affronter son regard, alors ma parole n'est pas une vérité, elle est une ironie arnère! A vous de choisir le sens dans lequel vous voulez l'entendre. (Mouvement divers.)
Je complète ma pensée en vous disant que vous avez fort mal compris ce discours que vous avez qualifié d'admirable et déminent. Dans ce discours admirable et éniinent, ce
sont vos expressions, que disait l'Empereur aux exposants réunis autour de lui? Disait-il qu'un gouvernement fort doit se complaire dans les béatitudes de la contemplation? Non, il disait qu'un gouvernement ne doit s'assurer la force que pour se couronner par la liberté ; c'est l'expression qu'il a employée dans un de ses premiers manifestes à la nation, c'est celle qu'il développait récemment. Si donc vous voulez qu'on croie réellement à votre force, couronnez votre édifice par la liberté, ainsi que vous l'avez promis, et cessez de nous effrayer des révolutions.
Une révolution est un mal, parce qu'elle est un désordre, parce qu'elle entraîne une interruption de travail, et surtout parce qu'elle lance dans un redoutable inconnu. Mais retenez-le bien, messieurs, les véritables coupables d'une révolution, ce ne sont pas ceux qui l'accomplissent (Bruit) ; ce sont ceux qui, par leur résistance obstinée, l'ont rendue nécessaire !