LB RESPECT DE LA LOI. — LES HOMMES DES ANCIENS PARTIS
ment : « La lotte à laquelle vous assistez présente un caractère d'hostilité chaque jour plus marqué. A voir les hommes qui dans les communes ont accepté le mandat de l'opposition, vous ne pouvez pas douter du but qu'ils se proposent : ils veulent à tout prix renverser ce que votre patriotisme a si glorieusement édifié. Fidèles à leurs précédents, ils se gardent bien de vous initier à leurs espérances, parce qu'ils savent trop que vous ne sauriez les partager. Habiles à dissimuler leurs véritables sentiments, ils s'évertuent à ramener la lutte aux proportions d'un simple débat sur des intérêts secondaires. » Il termine en disant : « Voter pour le" candidat de l'opposition, c'est voter pour la coalition qui l'a . fait surgir, c'est voter contre l'Empire. » (Interruption.)
Vous trouvez cela naturel ? moi, je le trouve exorbitant, et non-seulement je le trouve exorbitant, je le trouve en outre souverainement maladroit et impolitique. Je trouve d'abord exorbitant que, lorsqu'un homme honorable a déposé son serment, lorsqu'il a déclaré qu'il acceptait loyalement un mandat et que dans l'exercice de ce mandat il respectera la loi constitutionnelle de son pays, je trouve exorbitant qu'une autorité quelconque se permette de publier qu'il ment et qu'il dissimule sa véritable pensée. Je trouve exorbitant que le Gouvernement s'attribue le droit de placarder dans toutes les communes de France que des citoyens qui ont prêté serment sont des parjures d'avance; que leurs paroles sont des paroles mensongères; que ce que leurs lèvres prononcent, leur cœur le désavoue ; que leur opposition n'est qu'une misérable comédie, parce que, au lieu de se dire révolutionnaire, elle s'intitule légale ! Je n'admets pas, messieurs, que le Gouvernement s'arroge ainsi le droit d'insulte vis-à-vis de ses adversaires! (Bruit.) Je n'admets pas que nous, nous qui vous avons donné des preuves de notre fidélité à la loi et de notre respect de la constitution, nous soyons traités comme des rebelles sur lesquels il est permis de courir sus, qu'on nous mette hors la loi et qu'on nous désigne aux populations... (Murmures.) Vos murmures ne m'arrêteront pas.
M. Granier de Cassaonac. Je demande la parole.
M. Emile Ollivier. ...Qu'on nous désigne, disais-je, aux. populations comme préparant une révolution. Non, messieurs, nous ne voulons ni les uns ni les autres une révolution. Non, nous ne voulons ni les uns ni les autres porter atteinte a la loi constitutionnelle; nous ne voulons ni les uns ni les autres nous convertir en minorité factieuse, tentant de renverser ce que la majorité a édifié. (Nouveau bruit.) Nous ne voulons ni les uns ni les autres mentir, dissimuler nos sentiments, soutenir des doctrines auxquelles nous ne croirions pas et donner au pays qui nous écoute le spectacle honteux d'un parjure perpétuel. Ni les uns ni les autres nous ne sommes entrés dans cette enceinte pour jouer , un rôle aussi misérable. Le Gouvernement, pas plus qu'aucun membre de cette assemblée, n'a le droit de nous accuser d'une attitude que nous désavouons et que rien ne permet de nous attribuer.
Le langage contre lequel je proteste n'est pas seulement d'une souveraine injustice, il est d'une inconcevable imprudence et d'une inqualifiable maladresse. Comment! lorsque l'honorable M. de Persigny, ministre de l'intérieur, prit possession de son ministère en 1860, la première parole qu'il adressa à ses préfets fut celle-ci : « Tâchez de ramener les hommes qui jadis ont honoré la France; faites-leur comprendre qu'il n'est pas bien de se tenir à l'écart, qu'il vaut mieux qu'ils entrent dans les institutions du pays et qu'ils nous aident des conseils de leur expérience. •» Aussi que d'applaudissements! combien partout on célébra aussitôt le patriotisme, le libéralisme, l'intelligence de M. le ministre de l'intérieur! Les journaux n'étaient pleins que de ses louanges. Comment donc, par quelle espèce de revirement imprévu, lorsque ces hommes considérables répondent à votre appel, lorsque, comme vous l'aviez désiré, ils rentrent dans l'arène, lorsqu'ils arrivent dans cette assemblée pour faire entendre une voix que la France ne connaît pas depuis très-longtemps et qu'elle accueillera encore avec bonheur; comment se fait-il que vous les traitiez en rebelles et