‹ Démocratie et libertéChapitre 31 sur 68 · PAROLES PRONONCÉES SUR LA TOMBE DE MEYERBEER · texte numérisé non relu

PAROLES PRONONCÉES SUR LA TOMBE DE MEYERBEER

(ti mai 18«l)

Cette triste cérémonie serait incomplète si, après que vous" avez entendu les paroles officielles, celles de l'art, de l'amitié, de la religion, une voix ne se faisait entendre au nom du grand public français que Meyerbeer a pendant tant d'années charmé, ému et fortifié.

Oui, messieurs, bénissons d'un cœur reconnaissant et attendri les hommes inspirés qui, pendant que nous sommes aux prises avec les luttes, les difficultés, les douleurs, les amertumes de la vie, s'absorbent dans leur génie, s'élèvent par lui jusqu'aux régions sereines où ils trouvent pour nous les rapporter les chants d'apaisement et de consolation. Ils ne donnent pas seulement aux âmes fatiguées la rosée qui rafraîchit : entre les nations , ils sont des médiateurs . L'intérêt les divise : ils les unissent dans une admiration commune. La passion les éloigne : de la passion ils font . jaillir des accents divins qui partout rapprochent les cœurs et leur créent comme une patrie commune. Prophètes mélodieux des destinées pacifiques de l'humanité, ils sont envoyés parmi nous pour que l'amour l'emporte sur la haine.

Réjouissons-nous, — si un tel mot peut être prononcé

dans une telle circonstance, — que* ce soit un enfant de l'harmonieuse Allemagne qui ait depuis longtemps enchanté de ses accents souverains notre noble France. Entre les deux pays, c'est une cause de plus de sj'mpathique accord. Que le nom de Meyerbeer, que le souvenir de notre deuil se mêlant à celui qui va accueillir au delà du Rhin cette précieuse dépouille, que tous ces tristes et pieux souvenirs soient un gage d'union entre deux nations sœurs que rien ne devrait diviser, et qu'un lien fort et durable s'établisse de plus en plus entre la patrie de Mozart et de Beethoven, et celle d'Hérold, d'Halévy et d'Auber!

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