‹ Démocratie et libertéChapitre 32 sur 68 · LETTRE ADRESSÉE A UN ÉLECTEUR DE PARIS · texte numérisé non relu

LETTRE ADRESSÉE A UN ÉLECTEUR DE PARIS

(15 mai 1864)

Monsieur,

Laissez-moi vous dire doucement, sans amertume ni colère, que votre lettre est née d'un mauvais sentiment. Il n'est pas bien, quand un homme honorable, qui a durant de longues années donné des preuves de dévouement à une t cause, pense autrement que nous, de lui supposer des mobiles honteux. Ces injures ne me troublent pas plus que le souffle de l'enfant ne trouble la mer, quand elle est paisible; mais elles me font de la peine pour ceux qui s'y abandonnent.

Je vous ai dit, dans ma profession de foi : ni approbation systématique, ni opposition systématique. En soutenant une loi que l'avenir proclamera bonne, j'ai donc rempli la parole que je vous avais donnée.

Nos amis s'engagent dans une voie au bout de laquelle ils ne trouveront que déceptions. Je reste fidèle à la politique de&cùif/, et j'espère bien que la force de la raison y ramènera tout le monde.

Vous voterez contre moi aux prochaines élections et

vous ferez bien, dès que je ne représente pas vos idées. Si la majorité de mes électeurs pensait comme vous, ce dont j'ai de bonnes raisons de douter, je reprendrai avec sérénité l'exercice lucratif de ma profession que j'ai négligée pour mes devoirs publics. Mais jamais ni le désir de la popularité, ni la crainte de n'être pas renommé ne me feront abandonner une seule des idées que je crois justes, ni entrer dans les voies périlleuses de la démagogie.

Je vous fais envoyer mon rapport (sur les coalitions), pour que vous puissiez étudier une question que vous paraissez juger sans la bien connaître ; et je vous engage désormais à respecter les autres, autant que vous désirez qu'on vous respecte vous-même, et à laisser à l'ignorance ou à la mauvaise foi les déclamations iujurieuses que je regrette de lire dans la lettre d'un de ceux qui mont honoré de leurs suffrages.

Recevez mes salutations cordiales.

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