LETTRE ADRESSÉE AU RÉDACTEUR EN CHEF DE L'IMPARTIAL DAUPHINOIS
(23 mai 1861)
Monsieur,
Je vous remercie cordialement de l'article équitable et bienveillant que vous me consacrez dans votre excellent journal. Vous avez déterminé à merveille ma situation. L'ignorance ou la calomnie tentera en vain de la dénaturer. Il n'est pas un homme sensé et de bonne foi qui puisse s'y méprendre. Conquérir la liberté, si cela se peut, sans courir l'aventure d'une révolution: voilà mon but. La justice la plus rigoureuse et la plus impartiale : voilà mon moyen. En politique, on est l'otage de ses idées. Aussi, aucun homme politique sérieux, ayant l'esprit de gouvernement, ne peut dire qu'il ne sera jamais dans la nécessité d'accepter le pouvoir. Ce qu'il peut du moins affirmer, c'est que cette nécessité de participer au gouvernement n'existe qu'autant qu'on peut le faire avec dignité, avec honneur, en restant fidèle à ses principes.
Il faut l'aveuglement de lahaifce pour me supposer d'autres visées. Voilà plus de quinze ans que je suis dans la politique, défendant la même cause par les mômes moyens. Ce n'est
pas lorsque j'ai trouvé dans l'estime publique la seule récompense dont j'aie besoin que j'irai donner aux honnêtes gens le désolant spectacle d'une faiblesse qui serait encore plus sotte que coupable.
Depuis longtemps je sais opposer la plus imperturbable indifférence aux attaques et aux dénigrements systématiques; mais je n'ai pas perdu l'habitude, et je ne veux pas la perdre, de témoigner ma reconnaissance à ceux qui, sans même me connaître, défendent la loyauté de mes intentions et la rectitude de ma politique.
Agréez, etc., etc.
CIRCULAIRE AUX ÉLECTEURS DE TOULON (8 juin 1864)
Électeurs,
J'accepte la candidature qui m'est offerte par d'anciens et chers amis ; je suis prêt à étudier et à défendre les intérêts spéciaux de votre ville.
Il y a quinze ans, vous avez accueilli avec effusion le commissaire; accueillez aujourd'hui avec bienveillance le candidat.
Parmi nos belles fêtes du temps passé, vous rappelezvous le banquet du Champ-de-Mars? Vous rappelez-vous avec quelle ardeur, debout à la place même où s'étaient faites les exécutions de 93, je vous demandais à tous d'oublier les souvenirs de discorde , de désavouer les théories cruelles, et de ne plus vouloir pour notre patrie qu'un avenir de concorde, d'harmonie, de civilisation, de progrès et de liberté? Vous rappelez-vous l'émotion, les cris enthousiastes, les applaudissements par lesquels vous répondîtes à mes paroles ?
Si yos sentiments sont restés les mêmes, nommez-moi, car tel que je fus alors, tel je suis encore. L'expérience
et l'étude n'ont fait que me rendre plus cher l'idéal deviné par ma jeunesse.
En 1864, comme en 1848, je crois fermement que la confiance et la générosité servent la démocratie mieux que la défiance et l'envie ;
En 1S01, comme en 1848, je crois que pour devenir forte, la démocratie doit s'élargir et non se fermer, se transformer et non se répéter, se déterminer par la justice et non par la haine ; qu'elle doit préférer les idées aux phrases, l'amélioration partielle qui se réalise à l'espérance vague d'une réforme totale; poursuivre la liberté et non les bouleversements, le progrès et non les révolutions. Les attaques et les soupçons, je vous en prends à témoin, ne m'ont pas arrêté dans ma voie lorsque j'étais parmi vous, ils ne m'arrêteront pas davantage aujourd'hui. Je n'avais pour appui alors que la force de ma conviction ; je suis soutenu maintenant par l'approbation qu'ont donnée deux fois à ma conduite les électeurs de Paris.
La politique, je le sais, ne doit obtenir qu'une place secondaire dans les élections du conseil général ; mais comment pouvais-je m'adresser à vou,s, après tant d'années, ô mes chers concitoyens, sans vous entretenir de nos souvenirs communs!
SUR CE QUE DOIT ÊTRE l/ ATTITUDE DU PARTI LIBÉRAL