EN EUROPE
Discours prononcé à Turin
(20 juin 18Ȕ4).
M. Kmile Ollivier élant ail/; défondre un intérêt français considérable devant le conseil d'État de Turin, les membres du parlement italien de toutes les nuances lui offrirent un banquet. C'est en réponse au toast <|iii lui fut porté que M. Ollivier prononça le discours suivant ;
Messieurs,
C'est avec une émotion que vous me permettrez de ne pas déguiser que j'ai entendu les éloquentes paroles prononcées par mon ami Brofferio sur moi, sur mon père, sur mon pays. «Ty réponds en portant un toast à l'Italie et au roi Victor-Emmanuel !
Au noble pays qui se relève !
Au capitaine intrépide, au roi qui comprend que de nos jours la liberté seule peut soutenir un trône !
11 y a longtemps, messieurs, que j'aime l'Italie. Les souvenirs les plus durables ont depuis longtemps rendu mon âme a moitié italienne. Durant notre première révolution, après que Bonaparte eut repris Toulon, une famille s'échap-
pait de la ville et prenait la route de l'exil, entraînée par des convictions qui ne sont pas les miennes, mais dont l'ardeur était sincère. A Livourne, une fille naquit comme une consolation dans le malheur, c'était celle qui devait être ma mère.
Bien des années après, quand mon père dut à son tour prendre la route de l'exil, et apprendre combien est dur à monter l'escalier d'autrui, il choisit pour refuge votre pays, et c'est dans la douce et charmante Toscane qu'il a passé les années pendant lesquelles la patrie lui a été fermée.
D'autres souvenirs plus chers encore, mais qu'il me serait trop amer de rappeler, me rattachent encore à vous. Vous le voyez, je suis presque un des vôtres, et vous avez raison de m'accueillir comme tel.
Je ne me suis pas contenté d'aimer votre pays : j'ai toujours affirmé que ses destinées s'accompliraient. Je me rappelle le temps où pendant que vos cités étaient pleines d'une foule indifférente livrée au plaisir, quelques hommes héroïques veillaient seuls dans l'ombre, préparant par leurs écrits, par leurs actes, par l'intrépidité de leurs espérances, la délivrance prochaine. Qu'y a-t-il de nouveau dans votre chère Italie? me disaient ceux qui ne contemplaient que la foule. Comment pouvez-vous croire, ô rêveur, qu'on revienne d'un tel assoupissement? — Et moi, qui avais, senti battre le cœur des apôtres de l'unité, je répondais : Raillez, raillez, sceptiques superficiels, et moi je vous dis que l'heure viendra, qu'elle approche ; déjà l'horizon blanchit : bientôt la lumière souveraine éclatera. Ne parlez pas de résurrection, ajoutai-je : les morts seuls ressuscitent, et l'Italie n'a jamais été morte. Une plante ne peut croître toujours avec la même force dans le même champ. Aussi pour que la terre se repose sans devenir stérile, chaque année le cultivateur intelligent fait succéder une culture à une autre. Il en a été ainsi pour l'Italie : le jour où elle eut épuisé la politique, elle produisit l'art ; la peinture d'abord, c'est-à-dire ces hommes divins qu'on n'a jamais égalés, et dont les noms seront aussi éternels que le culte du beau; les Léonard, les Raphaël, les