‹ Démocratie et libertéChapitre 35 sur 68 · SUB CE QUE DOIT ÊTRE L'ATTITUDE DU PARTI LIBÉRAL · texte numérisé non relu

SUB CE QUE DOIT ÊTRE L'ATTITUDE DU PARTI LIBÉRAL

Michel-Ange. Après la peinture, la musique eut son heure, et alors parurent Palestrina, Cimarosa, Rossini.

Tandis que les nations modernes s'adonnaient aux affaires, l'Italie opprimée, au lieu de succomber, trouvait dans ses propres souffrances la puissance de s'élancer en haut, de prendre possession du monde idéal, de le parcourir, d'y régner, et de dominer de là ces profonds politiques qui, ne la trouvant plus à terre à côté d'eux, et ne la soupçonnant pas si haut, proclamaient, dans leur infaillible sagesse, qu'elle n'était plus qu'une expression géographique.

Qui pourrait dire que même alors la part de l'Italie ne fût la meilleure? L'art n'est-il pas, en effet, le sommet des • choses humaines? Non-seulement il rapproche , il réconcilie, il tempère, mais seul il a le pouvoir de donner l'immortalité.

Ayez autant que vous voudrez les procédés de la logique, la correction des formes, la souplesse de la discussion, je ne vous appellerai pas un grand orateur tant que vous ne serez pas parvenu en haut, dans la région sereine, dans la région sublime de l'art!

Soyez aussi habile que vous le voudrez, aussi instruit que vous le pourrez des lois, des institutions, des pratiques du gouvernement, je ne vous appellerai pas un grand homme d'Etat tant que vous ne serez pas parvenu en haut, dans la région sereine, dans la région sublime de l'art !

Accumulez formules sur formules, découvertes sur découvertes, je ne vous appellerai pas un grand savant tant que votre science ne sera pas devenue poésie, tant qu'en me déroulant scientifiquement le spectacle des mondes, ou de leurs phénomènes, vous ne m'aurez pas procuré les ravissements que je trouve dans les psaumes de David, tant que vous ne serez pas parvenu en haut, dans la région sereine, dans la région sublime de l'art !

D'autres destinées ont commencé aujourd'hui pour vous. De l'art, vous voilà redescendus dans la politique, vous voilà tous devenus les ouvriers de votre unité. C'est ici que je rencontre les paroles de mon ami Brofferio sur la question

romaine. Je vais m'expliquer nettement avec vous sur ce difficile sujet, afin que vous jugiez exactement des difficultés de notre situation en France.

Votre erreur à presque tous est de considérer la question romaine comme une questionne la politique étrangère de la France, tandis que c'est une question de la politique intérieure ; je dirais plus, la question capitale de la politique intérieure.

Un gouvernement ne peut se soutenir qu'appuyé sur un des groupes d'hommes qui constituent un parti ; sans cela, il resterait en l'air, suspendu dans le vide, et il ne tarderait pas à s'écrouler. Le gouvernement impérial, tout en ménageant et. jusqu'à un certain point, tout en servant la démocratie, a cherché son appui dans le parti conservateur. C'est à ce parti qu'il a demandé des maires, des préfets, des juges, des ministres. Ce parti conservateur n'aime pas l'unité de l'Italie, et croit, bien à tort, que le maintien du pouvoir temporel importe à la liberté de la religion catholique. Aussi dès le commencement de la guerre d'Italie manifestat-il des inquiétudes. Quand le pouvoir temporel du pape fut menacé, il éclata en violentes colères, et par la bouche de ses orateurs, de ses journalistes, de ses hommes d'État, il adressa au Gouvernement les plus pressantes sommations, le menaçant de ses hostilités s'il ne persistait pas dans la politique qui avait inspiré la déplorable expédition de Rome. La discussion s'alluma à ce point que, pendant plusieurs sessions, Jules Favre ou moi, nous fûmes amenés, après avoir reproché au Gouvernement ses défaillances et ses hésitations, à le défendre, nous les députés de l'opposition, contre les attaques des députés officiels ! A cette époque, la démocratie française eut un moment de véritable espérance ; les imaginations ne s'arrêtèrent pas dans leurs rêves; elles voyaient déjà la liberté française sortant de la question romaine résolue.

Vous savez combien amère, combien profonde, combien imprévue a été la déception qui a suivi ces espérances. Un moment même il sembla que la réaction allait tout em-

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