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SUR LES SENTIMENTS DES CLASSES OUVRIÈRES

juste d'oublier tant de grèves conduites avec calme et inspirées par la justice? Il y en a eu un grand nombre, à Paris notamment; je les ai suivies avec beaucoup d'attention, et je ne crains pas de soutenir qu'en général elles ont révélé la sagesse des classes ouvrières et démontré le progrès qui s'accomplit dans leur esprit. (Réclamations sur plusieurs bancs.)

Je vais vous dire en quoi consiste ce progrès. (Nouvelle interruption. — Parlez ! parlez !)

En 1848, toutes les manifestations des classes ouvrières se distinguaient par des caractères toujours les mêmes et qu'on peut résumer ainsi : des blasphèmes contre la concurrence, la haine de la liberté, le recours à l'État pour en obtenir ce que les ouvriers appelaient une protection et ce que j'appellerai, moi, une oppression sur tous à leur profit. Examinez, au contraire, les manifestes actuels de la classe ouvrière, examinez tous ses actes, scrutez l'expression publique ou secrète de ses pensées : vous y verrez le principe de la libre concurrence accepté et affirmé partout ; vous y trouverez partout la légitimité de la liberté reconnue et affirmée. (Rumeurs.)

M. Delamarrb. Dans les paroles, mais pas dans les actes !

M. Emile Ollivier. Partout vous y trouverez cette conviction, que les ouvriers ne doivent compter, pour améliorer leur situation, que sur leur propre énergie, sur leur prévoyance, sur leur bonne conduite, et nullement sur le secours de l'État. Et enfin, messieurs, vous y trouverez ce qui devrait rassurer certaines susceptibilités dans cette assemblée : l'éloignement le plus réel pour les grèves, si ce n'est quand on y est contraint; le sentiment le plus vif de ce qu'elles ont de regrettable, et, dans certains cas, de déplorable.

Oui, messieurs, à l'heure où je parle, des brochures se publient, brochures que je regrette que mon honorable collègue et ami M. Martel n'ait pas lues, brochures dans lesquelles des ouvriers démontrent avec un véritable talent à

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leurs camarades qu'ils ne doivent pas trop se confier aux promesses trompeuses des grèves.

A côté des paroles, voyons les actes, puisque j 'entends dire que les sentiments que je signalais étaient dans les paroles, et non pas dans les actes.

M. Dblamarrb. C'est moi qui l'ai dit!

M. Emile Ollivier. Les actes sont en général conforme! aux paroles.

Dans ces classes ouvrières, il se produit, en ce moment-ci» un mouvement admirable. (Exclamations et mouvements divers.)

M. Dartmon. Ceux qui le nieraient ne connaîtraient pas les populations ouvrières.

M. Emile Ollivier... Un mouvement admirable et digne de toute approbation. (Nouvelles exclamations.)

Quelques voix. Attendez! attendez le silence!

M. Émilb Ollivibr. Je ne me laisserai pas arrêter par les interruptions, et je dirai ma pensée tout entière sans l'exagérer, mais aussi sans l'amoindrir. (Très-bien!) ...Un mouvement admirable, digne de toute approbation : c'est le mouvement des associations ouvrières.

On peut différer d'opinion sur les associations ouvrières, soit au point de vue économique général, soit au point de vue de leur aptitude à s'adapter aux faits de la production — et je ne voudrais pas, par des paroles imprudentes, inspirer des espérances exagérées — mais quoi qu'on pense des associations ouvrières en elles-mêmes, il est impossible de nier qu'elles ne soient jusqu'à présent pour l'ouvrier une excitation à la bonne conduite, à la prévoyance, à l'épargne, et un moyen qu'il a saisi avec empressement d'élever son niveau moral et matériel. Allez dans les ateliers, mettezvous en contact avec ceux qui dans le peuple se préoccupent de ces problèmes ; tous vous diront : Nous voulons tuer la grève par l'association. Grâce à l'association, nous voulons que le travail ne soit plus interrompu, ni par le chômage volontaire que provoque la grève, ni par le chômage forcé qu'entraîne la crise industrielle. Est-ce là un mouvement de

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