SUE L'AMENDEMENT DES QUARANTE-CINQ. — RÉPONSE
A M. ROUHBR .
(19 mars 1866)
Messieurs ,
A cette heure de la séance, ayant à répondre au discours considérable et éloquent que vous venez d'entendre, j'éprouve un embarras que je ne me dissimule pas, embarras qui ne vient pas seulement du sentiment que j'ai de la difficulté de ma tâche, mais qui naît aussi et surtout de l'incertitude dans laquelle je me trouve de savoir à quoi je dois répondre. (Mouvements divers.)
Placé, quand je suis arrivé à cette séance, dans un doute pénible qui résultait pour moi du langage différent que j'avais trouvé dans deux discours du Souverain, j'espérais du moins que, grâce à M. le ministre, toute hésitation disparaîtrait, et qu'enfin, nous trouvant en présence d'une politique nette, accentuée, qui s'appellerait franchement de son nom vrai, ceux qui ne cherchent dans ces débats que la vérité, qui ne sont entraînés dans un sens ou dans un autre par aucun parti pris exclusif, seraient enfin en mesure de répondre à une exposition sans nuages, par une approbation ou par un
DÉMOCRATIE BT LIBERTÉ
blâme. Eh bien, je regrette de le dire, je ne trouve pas dans le discours de M. le ministre d'État cette clarté... (Réclamations.) Permettez! si vous m'interrompez avant que j'aie formulé ma pensée, vous ne la comprendrez pas. Je ne trouve pas, dis-je, dans ce discours, cette clarté, cette cohérence, cette logique, sans lesquelles il n'y a pas de politique forte, de politique qui puisse s'imposer à un grand pays. (Interruption.) Je le prouve.
La partie de beaucoup la plus considérable du discours de M. le ministre d'État peut se résumer ainsi : Sous l'empire de la constitution de 1852, tout est bien; il n'y a rien à perfectionner parce qu'il n'y a rien de défectueux. De telle sorte que, depuis 1789, l'histoire de notre pays se divise en deux parties : l'une qui expire en 1851, et l'autre qui commence alors. Jusqu'en 1851, on a eu un régime qu'on appelait le régime parlementaire, source de mal, de révolutions, de confusions, d'erreurs, sous lequel, pour quelques beaux discours, on rencontre une série d'actes néfastes et de bouleversements à jamais déplorables. A partir de 1851, au contraire, tout est bien : on parle peu, mais on agit à merveille. (Interruption.)
M. Glais-Bizoin. C'est bien cela!
M. Emile Ollivibr. 11 n'existe plus de ces assemblées bavardes, au milieu desquelles des ministres sans solidité viennent disputer, chaque jour, un pouvoir qui ne leur permet aucune vaste entreprise. Nous jouissons de ministres appliqués, sûrs de leur lendemain, et qui, grâce à la sécurité dont ils sont assurés, produisent sans interruption de grandes œuvres.
Quant aux libertés que l'on réclame, ou elles ne sont pas comprises dans les principes de 1789, ou, si elles y sont comprises, on a depuis découvert qu'elles étaient dangereuses. Avant de les obtenir il faut donc attendre. Attendre quoi? Le mystérieux et insondable avenir. Il faut attendre que, dans cette nation, je ne sais commentée ne sais grâce à quel miracle, à quelle inspiration surnaturelle, tout à coup l'habitude de la liberté et les mœurs de la liberté aient été