SUR L'AMENDEMENT DBS QUARANTE-CINQ
acquises sans avoir été pratiquées. (Très-bien ! sur quelques bancs.)
Ce langage, messieurs, vous l'avez applaudi; je respecte profondément votre conviction, je n'ai nullement l'intention de nier ni votre mandat ni votre droit; mais je demande à exprimer avec énergie une pensée contraire à la vôtre. (Parlez ! parlez !)
Ce langage, messieurs, pourquoi ne le dirais-je pas, il m'a déconcerté, il m'a troublé, il m'a ému, et, j'en suis sûr, il causera dans le pays une émotion semblable à celle que j'éprouve moi-même. J'ajoute : Vous n'y persévérerez pas. (Réclamations nombreuses.) Je n'en veux pour preuve que les dernières paroles de votre discours... (Interruption.) Je suis parmi les faibles , je suis dans la minorité, respectez ma parole. (Rumeurs diverses. — Parlez!) Je n'en veux pour preuve que les dernières paroles de votre discours. Oh! vous avez compris que vous ne pouviez pas envoyer dans le pays toutes vos déclarations sans y joindre un correctif... (Interruption.) Et, après nous avoir dit, en prenant chacune des libertés par le menu et isolément : Vous ne l'aurez pas, car nous ne vous la devons pas, ou vous n'y êtes pas préparés, vous avez terminé en disant : Nous continuerons à porter le drapeau libéral. Qu'est-ce donc que ce drapeau sur lequel il n'y a rien d'écrit? (Mouvements en sens divers.) Pourquoi donc continueriez-vous à porter le drapeau libéral, si vous ne devez rien à la liberté? (Très-bien ! autour de l'orateur.)
Une voix. Tout y est inscrit !
M. Emile Ollivier. Comment! si toutes les libertés sont, ou accordées, ou dangereuses, pourquoi dites-vous que vous voulez persister dans la politique libérale ? Me voilà de nouveau empêché de vous comprendre, et retombant, après votre discours, dans le doute que j'éprouvais avant. (Interruption.)
Ne m'interrompez pas. C'est inutile, rien ne me troublera. (Parlez! parlez!)
Non, votre discours, à cause de la contradiction par la-
quelle il se termine, ne nous place pas en regard d'une politique claire et bien définie, et cela seul justifie l'amendement. Quelle a été, en effet, là pensée de ceux qui Font préparé et soutenu? N'est-ce pas précisément d'établir avec clarté et certitude la politique qu'il convient de suivre dans les circonstances actuelles ?
L'honorable M. Jérôme David, dans un discours auquel je ne ferai que cette réponse, leur a dit d'un ton dur : Qui êtes- vous? nous voudrions savoir qui nous avons devant nous. Je vais le lui apprendre. (Ah! ah!) Toutes les fois qu'un gouvernement se fonde, dans les premiers temps de son existence, les hommes politiques se divisent en deux groupes. Les uns veulent aider à sa fondation, les autres tentent de s'y opposer. Alors aucune nuance intermédiaire n'est possible. Le philosophe pourrait la désirer, mais le politique, qui est habitué à tenir compte des passions humaines, ne la recherche pas. L'excitation réciproque est trop vive, l'emportement trop irrésistible pour que chacun ne dépasse pas le but : en conséquence, les uns approuvent tout, les autres condamnent tout.
Quelques années s'écoulent ainsi : l'apaisement se fait II devient enfin évident aux plus passionnés qu'il est aussi chimérique de craindre que téméraire d'espérer un renversement. Alors, messieurs, un certain nombre d'hommes se détachent, les uns de l'opposition, les autres de la majorité. Ils se reconnaissent, s'allient, constituent un groupe intermédiaire, et, adressant la parole au Gouvernement, ils lui disent, les premiers : Jusqu'à ce jour, nous n'avons affirmé que la liberté et le progrès ; dans l'avenir nous affirmerons aussi la dynastie; — les seconds : Jusqu'à ce jour, nous n'avons affirmé que la dynastie ; nous affirmerons désormais la liberté et le progrès. (Mouvements divers.) Puis les premiers ajoutent : Nous- vous acceptons (Rumeurs diverses.) ; — les seconds : Nous vous restons fidèles; et tous les deux à la fois ils concluent en disant : Nous vous demandons seulement de marcher en avant.
Une voix. Eh bien, c'est ce qu'il fait.1