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DE 1/ ÉQUILIBRE DU BUDGET ET DE LA PAIX

Vous savez tous les malheurs qui ont terminé le règne de Louis XIV. Ce monarque, véritablement grand à sa dernière heure, sentant s'approcher le moment suprême, fit appeler son jeune successeur auprès de lui; en présence de quelques familiers, il le fit mettre sur son lit, l'embrassa, leva les mains et les yeux au ciel, le bénit, et, les larmes dans les yeux, raconte Saint-Simon, lui dit : « Mon fils, vous allez être un grand roi ; ne m'imitez pas dans le goût que j'ai eu pour les bâtiments ni dans celui que j'ai eu pour la guerre ; tachez de soulager vos peuples, ce que j'ai été assez malheureux pour n'avoir pu faire. »

Je recommande ces conseils au Gouvernement.

Sur quelques bancs. Très-bien! très-bien!

SUR LA RÉVOLUTION 10 juin lRiil)

Messieurs, en entendant notre honorable collègue M. Relier, j'avais demandé la parole. La réflexion n'a fait que me montrer plus évidente la nécessité de répondre au discours qu'il a prononcé devant vous.

Ce discours contient des attaques contre le Gouvernement (Bruit), des invectives contre la révolution, des insinuations contre nous et nos amis du dehors.

Aux attaques contre le Gouvernement, c'est à MM. les ministres d'État qu'il appartient de répondre : ils ont entendu et recueilli les faits ; nous jugerons leurs explications.

Quant à moi, messieurs, il m'a paru impossible de garder le silence en présence du système et du parti pris d'injurier la révolution, et de nous représenter, nous ses défenseurs, comme les ennemis éternels de l'ordre et de la société. Je serai modéré, la délicatesse du sujet l'exige, et je serai bref.

La révolution !... Demandons-nous, avant tout, très-paisiblement, demandons-nous ce que signifie ce mot, puisqu'il excite chez les uns tant de terreur, et tant d'amour chez les autres. On l'a dit depuis longtemps : dans ce monde, le plus souvent, on ne combat que pour des mots. Il est donc essentiel, afin que les coups ne soient pas donnés dans

SUE LA BÉVOLUTION

l'ombre, de bien préciser le sujet du différeud avant d'en venir aux mains.

Qu'entend-on par la révolution? Veut-on dire par là un système politique et social qui glorifie le désordre, le bouleversement, l'injustice, la spoliation? Dans ce sens, je n'hésite pas à le déclarer, je ne connais pas dans ce pays de parti de la révolution (Très-bien! très-bien!); et s'il est quelques cerveaux troublés ou quelques cœurs corrompus qui puissent obéir à des mobiles de cette nature, ils appartiennent à la cour d'assises et non pas à la politique. (Vive approbation.)

Veut-on, par révolution, entendre la glorification exaltée des erreurs, des entraînements , des excès de la révolution française ? Je dis encore que cette signification est inacceptable -, ma première parole en me levant dans cette enceinte a été, en parlant du tribunal révolutionnaire, de l'appeler le tribunal révolutionnaire d'exécrable mémoire. (Trèsbien!) Et en cela je n'exprimais pas une pensée isolée, je répondais aux sentiments de ceux qui m'ont envoyé ici.

Ah! messieurs, voyez, voyez où nous serions entraînés s'il pouvait être légitime de juger une doctrine quelconque par les excès qui l'ont déshonorée !

Est-ce que la révolution française seule a présenté ce spectacle* affligeant d'actes odieux ou blâmables se mêlant à des vérités admirables ? Est-ce que dans tous les mouvements qui ont été l'œuvre des hommes ne se rencontrent pas, à côté des inspirations sublimés qu'excitent les principes généreux, des actes honteux qui naissent des passions basses de l'humanité égarée? Est-ce que dans l'histoire du christianisme nous ne comptons pas, je ne dirai pas cinq années, six années, sept années, dix années de trouble comme dans la révolution française, mais trois longs siècles de désordre, d'incertitude, de douleur et d'agonie ? Est-ce qu'alors on n'a pas vu un monde entier s'écrouler sous les coups des chrétiens, les temples abattus, les cités détruites, les païens persécutés, les barbares appelés et se répandant sur le monde comme un torrent dévastateur qui entraîne

tout devant lui? Est-ce que, pour citer un fait spécial, Chateaubriand, avec cette poésie qui immortalise tout ce qu'elle touche, n'a pas raconté l'histoire d'Hypathie, de cette belle et noble jeune fille qui, dans la ville d'Alexandrie, enseignait la philosophie de Platon? Elle était si belle qu'elle était obligéè de cacher par un voile la splendeur de son visage, afin que ses auditeurs enthousiasmés n'oubliassent pas le philosophe pour la femme. Une telle propagande excita la fureur des chrétiens : un jour, elle fut saisie, écartelée, portée dans un temple et déchiquetée avec des coquilles de noix. Est-ce que j'en fais un crime au christianisme? Est-ce que je lui dis anathème parce qu'à son origine je rencontre de pareils actes? Non; je n'accuse que la passion humaine. C'est ce qu'exigent l'équité et l'impartiale histoire.

En nous rapprochant des temps qui nous touchent, est-ce que vous croyez, mon honorable adversaire, vous qui avez écrit l'histoire de France, est-ce que vous croyez que les abominables journées do septembre aient quelque chose à envier à la Saint-Barthélémy? Est-ce que vous pensez que Maillard, qui se tenait à la porte de la prison pour juger les prisonniers, soit plus odieux que ce Thomas qui fit horreur à Charles IX lui-même en se vantant d'avoir, dans une nuit, tué quatre-vingts huguenots? ou que cet abominable Coconnas (ce nom doit être conservé) qui avait acheté da peuple trente huguenots, et qui, après leur avoir promis la vie s'ils abjuraient, les tuait à petits coups de poignard ? Est-ce qu'on peut juger le catholicisme par ces faits? Estce que, pour prononcer sur le concile de Trente, sur Bossuet, Fénelon, Grégoire VII, j'aurais le droit d'invoquer les souvenirs de Thomas et de Coconnas? Non, l'équité et l'impartiale histoire me le défendent.

J'en finis avec ces accusations contre la révolution, toujours reproduites et toujours injustes, en vous lisant quelques paroles de Napoléon Ier; de Napoléon Ier, non pas dans ses années de jeunesse et d'entraînement, alors que les impressions sont faciles, quelquefois étourdies, mais de

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