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SUR LA DÉVOLUTION

Napoléon en 1808, au moment où il préparait l'expédition d'Espagne, alors qu'il avait expérimenté les hommes , et les choses, et la vie. Il avait été frappé, depuis plusieurs années, de la nécessité d'avoir une histoire de France de laquelle pût résulter une réconciliation des partis; mais dans un premier essai, il avait eu la main malheureuse. En 1804, il s'était adressé à M. de Montlosier, qui, contre ce qu'on attendait de lui, arriva à cette conclusion : que, sur le sol de notre patrie, il y avait deux peuples qui devaient, quoi qu'on fit, rester éternellement hostiles. Présenté en 1807, le livre fut refusé. Alors l'empereur ordonna à un de ses ministres de diriger la continuation de l'histoire de Vély et de celle du président Hénault. A cet effet, il dicta une note de laquelle j'extrais ceci :

« On doit être juste envers Henri IV, Louis XIII, Louis XIV et Louis XV, mais sans être adulateur. On doit peindre les massacres de septembre et les horreurs de la révolution du même pinceau que l'inquisition et le massacre des Seize. Il faut avoir soin d'éviter toute réaction en parlant de la révolution : aucun homme ne pouvait s'y opposer. Le blâme n'appartient ni à ceux qui ont péri ni à ceux qui ont survécu. Il n'était pas de force individuelle capable de changer les éléments et de prévenir les événements qui naissaient de la nature des choses et des circonstances. »

Après ces paroles , je m'adresse à l'honorable contradicteur, dont je respecte les convictions et le courage, et je lui dis : Nous sommes jeunes tous les deux ; tous les deux nous sommes probablement appelés à voir encore notre pays traversant de sérieuses difficultés ou engagé dans d'ardentes luttes politiques. Eh bien, qu'il m'en croie : s'il veut honorer la cause à laquelle il appartient, qu'il abandonne à tout jamais le système des récriminations misérables. Que l'histoire scrute le passé, qu'elle burine la condamnation des coupables avec une plume d'airain, à la bonne heure! Sans cela, elle cesserait d'être la maîtresse de la vie humaine, et l'on "ne pourrait plus aller chercher des

enseignements pour le présent dans le passé qu'elle raconte. Mais dans nos débats actuels renonçons à ces arguments surannés. Nous ne sommes séparés, nous les lutteurs du jour, que par trop de causes nées des événements qui se produisent, n'allons pas joindre à l'amertume de nos divisions présentes celle de nos haines passées. (Très -bien! trèsbien !)

Si nous parlons des temps écoulés, essayons enfin de trouver des paroles de paix et de conciliation sur des hommes qui se sont combattus, méconnus, mais qui n'en sont pas moins les enfants d'une môme patrie; et tout au moins, quand nous rappelons leurs crimes, n'oublions Jamais les grandeurs qui s'y sont mêlées !

Ainsi, la révolution, pour nous, ce ne sont pas des excès. Ce sont des vérités, ce sont les sublimes principes de 89, ces principes qui sont pour tout établissement politique et pour toute constitution ce que l'âme est au corps : la raison d'être, la flamme vive sans laquelle rien ne dure ; ces principes de 89 qui ont donné à notre pays morcelé l'unité, qui ont fait «l'une nation divisée en castes une nation d'égaux; ces principes de 89 qui ont proclamé que les nations n'appartiennent pas à quelques hommes pouvant en disposer comme de troupeaux, mais que, maîtresses d'elles-mêmes, elles choisissent et élèvent elles-mêmes ceux qui sont chargés de conduire leurs destinées; ces principes que Joseph de Maistre , votre maître peut-être , a eu le tort d'appeler sataniques, et que j'appelle, moi, providentiels; ces principes qui font le tour du inonde et qui, par un miracle des événements par lequel notre foi serait raffermie si elle avait pu être ébranlée, nous montrent en un même jour l'Italie victorieuse et l'Autriche vaincue allant chercher l'une la consolidation de ses victoires, l'autre la consolation de sa défaite dans la liberté que ces principes de 89 ont donnée au monde. (Très-bien! très-bien!) Voilà ce qu'est pour nous la révolution ! Maintenant l'assemblée comprend quel sentiment de surprise et de douleur nous éprouvons quand nous l'entendons attaquer.

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