‹ Démocratie, et politique étrangèreChapitre 113 sur 134 · Discours de juillet 1848, ibid., p · texte numérisé non relu

Discours de juillet 1848, ibid., p

États tampons ^ Ce n'est d'ailleurs pas une nouveauté : c'est au fond, sans qu'on Tait dit, le principe de la politique classique de la France; lorsque nous demandons la libération des Polonais, des Yougo-Slaves, des Italiens et des Roumains maintenus contre leur volonté sous la domination des Habsbourg, nous restons dans la pure tradition de Richelieu lorsqu'il défendait contre la maison d'Autriche l'indépçndance des Pays-Ras, de la Suisse, des J^^lats protestants d'Allemagne, des priacipaulés et des républiqties italiennes; c'est cette combinaison de nationalité et d'équilibre que la France a mise en œuvre, le i5 novembre i83i, au traité de Londres, qui créa la Relgique. L'antinomie entre le principe des nationalités et la politique de l'équilibre n'est apparue que lorsque det» idéologues, des doctrinaires ont prétendu faire triompher des dogmes, intransigeants. La création de la Bel^nque et de la Grèce, au nom du principe de l'équilibre, donnait satisfaction, sans étalage de doctrinarisme démocratique, au principe des nationalités ; la même idée de l'équilibre a consolidé la nationalité suisse. Les ministres de Napoléon ICI ont peut-être commis des fautes contre l'équilibre, mais ils n'ont jamais renoncé à l'invoquer; après avoir affirmé, dans sa circulaire ^u 4 décembre i862, que les principes du droit public français interdisaient une oppo&ilion perpétuelle à l'élection d'un prince anglais en remplacement du Bavarois Othon, si telle était la volonté de la Grèce, le ministre des AfTaires étrangères ajoutait : « Le gouvernement de l'empereur, en ce qui le concerne, ne pouvait moins faire que de prendre acte d'un semblable événement, en se réservant d'aviser, s'il y a lieu, au rétablissement de Véqiiilihre altéré. »' Comment cet équilibre |)Ouvait-il être rétabli? On n'en disait rien : mais, au cas où il n'y aurait pas eu une aspiration nationale à exploiter, on s'en serait peut-être dispensé. — Napo-

1. <i I.a première condition de la paix en Europe et de l'existenro de notre patrie, c'est 1 équilibre. Toule liégénjonif, <n Europe supprimerait l'indi'{)eiidance lielvélique. » {Jou Genèi'i', f> juillet 1917.)

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léon Ilf, serviteur du principe des nationalités ou^ comme disaient les opposants, grand docteur de la diplomatie du suffrage universel, invoque l'équilibre contre la candidature Hohenzollern ; le rapt de l'Alsace- Lorraine a été un crime contre le principe démocratique et une faute contre l'équilibre : et ce sont ces deux principes dont Thiers entreprit la défense dans î>a fameuse tournée auprès des cours européennes.

Notre conclusion n'est pas purement négative : Nous ne voulons pas un retour pur et simple à la vieille théorie de l'équilibre. La France ne consentirait plus à une politique analogue à celle qui triompha au Congrès de Vienne, et qui consistait en un pur dosage de forces matérielles, sans tenir compte des forces morales, des sentiments, des âmes et des aspirations des peuples. Ce n'était pas la vraie politique de l'équilibre, mais la politique des compensations et des marchandages.

Mais nous ne pouvons pas prétendre arrivera une solution rigide, rigoureusement conforme à des principes absolus. La compromission, la transaction, la tolérance seront nécessaires. Le panitalianisme, s'appuyant sur son droit à reconstituer les limites de l'ancienne république vénitienne, aboutirait à l'étranglement des aspirations commerciales de la Serbie renaissante ; la réalisation des prétentions yougo-slaves, appuyées sur un pourcentage de la population en Islrie et en Dalmatie, serait un couteau près de la gorge de l'Italie. Entre ces prétentions en elles-mêmes irréductibles, il a bien fallu trouver un compromis K Entre les aspiration* nationales à l'indépendance totale et la volonté antisécessionniste des États, il y a place pour le libéralisme, pour la tolérance, pour la self-administration, pour le home raie, pour une décentralisation dépassant même

1. D'après ce qu'on peut savoir, l'Italie aurait obtenu dans ce compromis la promesse d'une partie considérable de la côte dalmate, avec les îles ; une section neutralisée de la Dalmatie a été réservée pour la Serbie ; la rive croate resta non attribuée pour appartenir au futur possesseur du royaume sudslave. Des populations slaves se trouveront doue- ucaivernées par des Italiens...

Je domaine administratif pour pénétrer dans le do- .maine politique. Et en somme l'idéal, tant à l'intérieiir -qu'à Textérieur, c'est l'idéal démocratique. Les nationalités opprimées cherchent à s'organiser dans l'iti" térieiir d'un État sur la base de la liberté politique. C'est donc que le principe démocratique fournit la solution véritable du problème, mais que le degré de sa réalisation dépend d'un ensemble de circonstances <ie fait.

Dans le présent et dans un avenir immédiat, il e^t nécessaire d'opposer à la force des empires du Centre <les forces équivalentes. Mais nous leur opposons en outre des forces de nature différente : la France, pour son compte, n'opprime aucun peuple, et on est sûr que, toutes les fois qu'elle en aura la liberté, elle optera pour rindépendance des nations opprimées par d'autres États. Elle lutte avec ses alliés pour le droit démocratique : elle combat la prétention hégémonique de l'Autriche sur la Serbie, de l'Allemagne sur l'Europe. Des millions d'Allemands ont été blessés, des centaines de mille sont morts afin de maintenir sous le joug autrichien des populations latines ou slaves et de prolonger ce régime d'oppression et de persécution qui déshonore l'Europe centrale. Dans l'exposé de leurs « buts de guerre », les Allemands énoncent les appétits les plus bassement égoïstes : ils réclament les mines du bassin de Briey, les charbons bitumineux du Nord et les places fortes nécessaires pour les conserver.

Au contraire, du côté des Alliés, la guerre apparaît comme une croisade des peuples opprimés : le principe démocratique des nationalités donne à notre défensive un caractère de noblesse et de sainteté. Ce n'est pas une raison pour que la France mette des œillères qui lui masqueraient par ailleurs les conséquences auxquelles on prétendrait la conduire au nom de principes utopiquement rationnels : sous prétexte de démocratie, il ne faut pas servir les intérêts des puissances les plus antidémocratiques du monde.

Lorsque nous avons proclamé le droit démocratique des nations, lorsque nous avons allumé ce phare sur la

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<:ôte, n€ cherchonspas à dissimuler les écueils qui l'environnent.

Ces problèmes supposent des solutions tellement nuancées qu'il est nécessaire de condenser nos conclusions dans quelques propositions élémentaires :\

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