‹ Démocratie, et politique étrangèreChapitre 122 sur 134 · Cité par la Roamanle, 17 (30). décembre lUH · texte numérisé non relu

Cité par la Roamanle, 17 (30). décembre lUH

3. Jules Désirée, le Principe des Natianalilés et la Belg.iqw {Grande Bévue, mai ldï6.

de commerce des tropiques que d'une seule manière r en les mellant sous la protection de Tempire allemand... Qu'est-ce que la Hollande sans ses colonies des tropiques? un négociant en marchandises coloniales sans marchandises... Pour ne pas devenir pareil objet de risée, il faut que la Hollande se rattache à l'empire allemand... Par l'entrée de la Belgique dans l'empire allemand, la frontière qu'il avait sur l'Escaut du temps de Charles-Quint serait à peu près reconstituée ^ » Quant à la Suisse, elle sera aussi invitée à se joindre au Ivulturbund de l'Europe centrale et cela pour des motifs de moralité : « Le peuple allemand est volé chaque année de nombreux millions par des chevaliers d'industrie suisses qui s'aflublent de titres imaginaires, attirent à eux les malades par des annonces, et leur expédient des médicaments et des conseils médicaux à des prix décuples de ceux qu'on paie en Allemagne. » Ce livre, publié en 1911, eut un grand retentissement à l'intérieur de Fempire. 'A d'extérieur, on haussait les épaules : on se gaussait de la carte de l'empire allemand en Tan 2000. On n'attachait aucune importance à des œuvres pareilles que Ton considérait comme des manifestations isolées de quelques exaltés. On croyait que ces ouvrages, qui se publiaient par douzaines, allaient à l'encontre des vues du gouvernement. En réalité, ils traduisaient ses pensées secrètes : ils faisaient œuvre d'avant-garde. Suivant une image familière aux Allemands, toute cette httérature projetait sa lumière en avant. L'idéal réactionnaire de l'Allemagne prussianisée est d'établir entre les nations une hiérarchie d'après leur force matérielle, d'après leur puissance d'expansion, mesurée notamment d'aprè^ l'espace occupé. La Prusse voudrait imposer au monde une organisation internationale basée sur le même esprit que sa législation intérieure, qui établit entre les individus une hiérarchie basée sur la fortune. Ni les États, ni les individus ne naissent, d'après ces doctrines,

1. « L'absorption par rAllemagrie, écrit de son c6ié]a Frankfurter Zeitung (23 mai 1915), serait ce qui pourrait arriver dfr moins dur aux Hollandais. »

égaux en droits. Les petits États doivent êlre absorbés par les autres. Les Etals moyens doivent obéir aux États supérieurs. Or l'État supérieur par excellence, c'est l'Allemagne ; c'est l'Allemagne qui est au sommet de la hiérarchie. Par conséquent l'Europe et le monde doivent lui obéir. Elle croit que sa destinée suprême est de dominer le monde, entourée d'humbles voisins subordonnés, vivant par la seule tolérance des autocrates de Berlin.

A propos de la Serbie et de la Belgique s'est manifestée l'opposition irréductible des deux conceptions de la politique étrangère : les Allemands auront beau avancer des affirmations et solliciter les actes, dénaturer les événements, ils ne pourront pas détruire ce fait que, en conformité avec leurs principes, les puissances libérales de l'Occident luttent pour la liberté e^ l'égalité des nations.

En fait, l'égalité juridique des nations, avec sa principale conséquence, le droit à l'existence des petits États, sera garantie parle triomphe de l'Entente surles empires du Centre. Mais les petits États ont aussi le droit de se préoccuper de leur avenir. La garantie de leur libre existence sera un des problèmes capitaux de la réorganisation de l'Europe. C'est une des plus graves répercussions des crimes allemands qu'ils ont détruit la confiance dans le respect des traités : on comprend qu'après l'expérience d'août 1914 un petit État ne voie pas une garantie suffisante de son existence dans les sacrifices de sa souveraineté que suppose l'état de neutralité perpétuelle.

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