LA SAINTE-ALLIA-NCE DES PEUPLES LIBRES
SOMMAIRE
L'idéal démocratique : une société de nations libres et égales entre elles, ne reconnaissant d'autre souveraineté que ce:lfce du droit... Les obstacles à la réalisation de cet idéal : L° le militarisme allemand; 2° l'état rudimentaire du droit international; 3° le développement insuffisant de la conscience universelle. — Perspectives d'avenir ouvertes par Veiitréeen gaerre des États-Unis et par les messages mémorables du président Wilson.
L'œuvre de demain : la Société des nations.
L'œuvre d^aujourd'bui : la Sainte-Alliance des peuples libres.
L'idéal démocratique condamne toute autorité qui n'est pas fondée sur la raison et sur le consentement des intéressés; il répudie par conséquent tout pouvoir exercé sur un homme ou sur un groupe d'hommes au nom de la seule force; il s'achemine donc, par un développement naturel, vers la condamnation de la violence dans les rapports internationaux, et aspire à l'établissement d'un état de droit qui régirait les puissances, leur soumission, consentie par elles, à des lois internationales interprétées par un pouvoir judiciaire international, par un tribunal — car toute affaire peut être obscurcie dans une conversation diplomatique, — sanctionnées par une autorité internationale : cette autorité serait fondée sur le consentement des États, appuierait
•son action sur Tassentiment fie la conscience univers «elle, serait, à ce double titre, basée sur le principe démocratique. Ce n'est que dans une organisation pareille de la société humaine que se réalisera véritablement rég-aliié juridiquie des nations. En d'autres termes, les principes démocratiques ramènent à ces conceptions communément connues sous te nom de projets de paix perpétuelle, et dont les plus célèbres sont ceux de Henri IV, de l'abbé de Saint-Pierre, enfin celuii de Kant dont le président Wilson semble s'être <liirectement inspiré dans son message retentissant au Sénat sur les conditions de la paix ^
L'idéal démocratique suppose l'avènement de la juslice internationale, la suppression de la guerre et, en attendant, la limitation des armements « grandement -désirable pour l'accroissement du bien-être matériel et moral de rhumanité ^ ». Mais, si on se résout à quitter les bauteurs idéologiqiaies,. où le jiigenaenfe se conserve intransigeant, pour descendre dans la zone plus modeste des faits, on ne tarde pas à s'apercevoir que le devoir essentiel d^ tous ceux qui exercent une influence quelconque sur Topiiiion publique est de démontrer que
1. Voir rartble de M. César Chabrun, Reuuedes Deux Mandées, 15 févriei' 1917.
2. Dans sa séance du 27 décembre 191G, le congrès du parti socialiste français a adopté une résolution dans laquelle on lisait:
" Mais la société des nations,
Avec le respect des traités internationaux qui en sera le principe,
Avec la suppression de& diplomaties secrètes qui en sera la condition,
Avec l'institution de Tarbitrage obligatoire qui en sera la règle,
x\vec les sanctions uiternationales qui en seront la garantie,
Avec la limitation des armements qui en sera la conséquence.
Le parti socialiste sait que tout cela, qui constituera l'organisation des n>;itions entre elJes» pour la paix durable, serait ia&uflisant sans l'organisation intérieure, chez chacune d'elles, d'un régime de démocratie politique prolongé en démocratie é'COHomique. >»
La Ligue des droits de l'homme, dans son congrès de 11^16, a adopté des conclusions analogues sur le rapport du professeur Gabriel Séailles ; de môme, le congrès des syndicats ouvriers alu département de la Seine, dans sa séance du 4 mai 1916.
l'humanilé n'est pas encore parvenue à la veille de Ia> réalisation de cet idéal.
L'établissement d'une société juridique des nations suppose en effet des ententes, des conventions, de& traités que les Etats signataires se considèrent comme tenus d'honneur de respecter. Or, les empires centraux^ qui dans leur politique intérieure et extérieure représentent les principes antidémocratiques, viennent de démontrer, pa^r leur détestable exemple, qu'il y aurait^ de la part d'un Etat, une imprudence criminelle à fonder sa sécurité sur des signatures. L'Allemagne a violé le& traités qu'elle avait signés avant la guerre : traités (du 19 avril i83() et du 11 mai 1867) par lesquels la Prusse garantissait la neutralité de la Belgique et du Luxembourg; traités divers, de Saint-Pétersbourg (11 décembre 1868), de Genève (22 août 1864 et 6 juillet 1906), de la Haye (1899 et 1907), qui prétendaient préserver quelques parcelles d'humanité dans le déchaînement des horreurs de la guerre, sur terre et sur mer... ; elle a violé les engagements pris au cours de la guerre, tels que ceux qu'elle avait contractés envers les Étais- Unis au sujet de la guerre sous-marine. Inspirée par elle, la Grèce de Constantin s'est refusée à accomplir les obligations de son traité d'alliance avec la Serbie... L'Allemagne construit la théorie philosophique de ces violations de la parole donnée : ses plus hautes autorités politiques, le chancelier à la tribune du Reichstag, ses juristes les plus renommés démontrent qu'il n'y a qu'un seul droit : c'est celui qui est défini par l'intérêt immédiat de l'Allemagne. La signature de la France se trouvera sans doute à côté de la signature de l'Allemagne au bas du futur traité de paix : mais on saura que ce traité fixe un état de choses essentiellement instable qui ne durera que jusqu'au jour où l'Allemagne aura le désir d'un changement et la force de l'imposer. C'est un des résultats les plus graves des crimes allemands qu'ils ont ruiné la croyance à la bonne foi internationale^.