‹ Démocratie, et politique étrangèreChapitre 124 sur 134 · Dans sa séance du 27 décembre 1916, le congrèç nationaL · texte numérisé non relu

Dans sa séance du 27 décembre 1916, le congrèç nationaL

Le dix-neuvième siècle, qui s'enorgueillit de sa civilisation, n'a marqué en réalité aucun progrès dans le cègne du droit : l'humanité n'a jamais connu une guerre plus injuste et plus injustement menée que celle qui désole en ce moment une partie de l'humanité plus considérable que celle qui ait jamais été entraînée dans aucune des convulsions antérieures. Les traités du 19 avril 1889 et du 11 mai 1867, garantissant la neutralité perpétuelle de la Belgique et du Luxemi)ourg, avaient subi l'épreuve de la guerre de 1870 : Bethmann-Hollweg rétrograde sur Bismarck. 11 n'y a aucune atrocité, dans l'histoire des horreurs humaines, qui puisse être rapprochée de la manièi*e dont l'Allemagne conduit sa guerre sous-marine. Il n'y ^ jamais «u violation plus éclatante des lois écrites ou non écrites. Si la civilisation a amené un progrès, il a consisté en ceci que les conflits, peut-être plus rares, sont devenus en même temps plus terribles.

Tant que demeurera, au centre de l'Europe, cet organe de violence qui prétend, par la seule force, assujettir le- monde à la tyrannie de ses appétits, il sera impossible d'espérer l'avènement d'un régime international qui serait fondé principalement sur la puissance du droit.

Ce n'est pas à dire qu'il faille, comme on a cru pouvoir le faire quelquefois, proclamer la faillite du droit

du parti socialiste français a adopté à une quasi-unanimité (la minorité ne comprenant que 130 mandats sur 2,911) une résolution dans laquelle il est permis de voir une manifestation importante de la pensée ouvrière sur l'avenir du droit international. On y lit notamment: « Nous disions, en décembre 1915: « Réduire le militarisme prussien à accepter les procé <t dures du droit, c'est l'obliger à se détruire lui-même en reniant « sa raison d'être. » Cette heure est venue. Il faut en prendre iîcle. Ainsi, la société des nations, chimèie d'hier, devient réalité possible de demain par la double et formelle affirmation des deux républiques des États-Unis et de la Suisse, par l'adhésion déjà i)rononcée nettement de la démocratie anglaise et plus timidement de la démocratie française; enfin, par l'aci^eplation, tardivement formulée, de l'Allemagne impériale. » Ouelle singulière puissance d'illusion conserve le doctrinarismc pour ([u'après trente mois de guerre on puisse encore rêver à une société des nations dont une des assises serait la l)onne foi allemande!

LA DEMOCRATIE DiES NATXONS

iiilern»ti<])!nal, o^ condamner des efforts atialogues à ceux de la Haye K Le droit in-Lernational n'est pas^ davanta:ge détr^iit par les infractions allemandes que le idroil interne n'est aboli parce qu'un vol&ur a assassiné wn gendaraie. Il est boaa, d'autre part, que de temps à autre Thumanité se recueille dans de solennelles assises, et arrêt-e les règles en accord avec le stade présent de révolution morale. On ne saurait nier l'avantage que la Frangea retiré, devant ce qui reste de monde neutre, de son respeet des lois écrites et non écrites^ et la faiblesse «u contraire qui a frappé l'Allemagne à raison de leur violation. La préoccupation des gouvernements belligérants de s'assurer une opinion favorable montre que le rôle de l'opinion n'est pas hïu,!. Au congrès qui clôtuf^era peut^tre cette conflagration universelle, les représentaials -de la France acquerront une singulière autorité du fait qu'ils pourront dire à leurs adversaires : vous avez conduit injustesment une guerre que vous avez injustemeint dé.chaînée I C'est donc à vous qiu'il appartient d'en supporter les eonséquences-

Le droit international est aujourd'hui à une période rudimentaire de son développement. Il n'admet pas encore qu'un Etat intervienne au nom de la J^u-sticie^ aaa nom des sentiments.; il est basé sur le piiîicipe de Tégoïsme sacré. D'après les règles de son actuelle technique, un État ne peut protester contre une violation du droit que si lui-même ou ses ressortissants en sont victimes : nous avons été profondément émus de l'^admirable élan de sympathres individuelles si précieusement actives qui nous sont venues des États-Unis; lorsque enfin ces syimpathies remportè4:*ent et>que k république américaine, se rangeant à nos côtés, nous apporta, avec l'approbation enthousiaste de sa conscience, «n oon-cours matériel e<t moral imfmimeoat précieux, « le peuple français a tressailli d'une émotioTi fraternelle » ; nous pouvons cependant — en ajoulant qu'elle s'est conformée en cela à la technique «ctuelle

Page 1