‹ Démocratie, et politique étrangèreChapitre 17 sur 134 · Fùjaro, 21 septembre · texte numérisé non relu

Fùjaro, 21 septembre

Josei'h-Hautiiklemy. 4

La diplomatie doit donc servir deux idéalismes différents, souvent contradictoires. La France ne peut en. sacrifier aucun. Une démocratie comme la Suisse, que le droit international a suffi, jusqu'à ce jour, à protéger, peut se permettre de poursuivre assez loin la réalisation de ridéal républicain, tant dans ses institutions intérieures que dans sa politique extérieure. Les devoirsdivers qui s'imposent à une grande démocratie comme la France la contraignent à vivre dans la région moyenne des transactions, du relativisme, de Topportunisme.

De droite, on reproche à la diplomatie républicaine de n'avoir pas défendu les intérêts de la France comme grande nation; de gauche, on critique la manière dont elle a exécuté ses obligations comme organe d'une démocratie.

L'absence de volonté, d'unité, de continuité de vues condamnerait les démocraties à des échecs constante dans les combinaisons diplomatiques où ces vertus sont des conditions indispensables de succès. On prétend trouver dans les faits la confirmation de cette vue dogmatique.

Il est peu de domaines où les faits soient plus faciles à solliciter dans le sens pessimiste. Un échec diplomatique est retentissant, une victoire diplomatique est silencieuse. Gomment, sans se déconsidérer, un ambassadeur pourrait-il se vanter d'un succès remporté sur le gouvernement auprès duquel il est accrédité? Comment^ sans compromettre la paix, la diplomatie pourrait-elle se vanter d'avoir évité la guerre? Comment, lorsqu'on l'accuse de fuir, la diplomatie peut-elle proclamer qu'elle se borne à rompre pour mieux attaquer? Comment pourrait-elle protester contre la qualification de faillite attachée à une de ces défaillances passagères, localisées, comme il s'en produit inévitablement dans toute lutte? Les raisons sont multiples pour lesquelleson parle des défaites de la diplomatie, en ignorant ses succès.

J .)joute d'ailleurs que tout échec diplomatique n'est pas tM-essairement le résultat d'une faute. Ce n'est pas au ij.'cos que l'on peut juger un acte, une opération

isolée. Il y a d'abord des buts si élevés qu'ils valent qu'on coure un risque; mais surtout les forces qui guident les peuples contiennent une très grande part d'irrationnel, donc d'imprévisible ; en sorte qu'une combinaison dans laquelle a été accumulée toute la logique, toute la raison, toute la sagesse humaine peut finalement échouer.

Loin de moi d'ailleurs la pensée de prétendre que la diplomatie républicaine n'a pas commis de fautes et que ses échecs ne s'expliquent que par la malchance. Des fautes ont été commises, et nombreuses ; il n'est pas de gouvernement qui puisse avoir d'une façon conlinuean bon sens génial. Mais les faits démontrent que les fautes de la diplomatie républicaine ne sont ni plus fréquentes ni plus graves que celles des autres diplomaties. J'ajouteque, si le critérium pragmatique est absurde en science et en métaphysique, s'il est contestable lorsqu'il s'agit d'un acte ou d'une opération isolée, il devient au contraire parfaitement légitime lorsqu'il s'agit de juger l'œuvre d'un régime pendant un long stade de l'histoire d'un pays. La valeur d'un système politique se mesure à ses fruits. C'est une épreuve que^ en dépit des critiques maussades, peut subir la diplomatie démocratique, et d'une fa(*on concrète la diplomatie de notre République.

Je n'hésite pas à reconnaître que certains de nos hommes politiques ont parfois conçu des plans très vastes que les événements ont refusé de couronner. Mais quel est le régime qui puisse se vanter qu'au cours d'un demi-siècle les faits ne sont jamais venus contrarier ses conceptions? On a l'ail grief à M, Delcassé de sa politique de silence, de maussaderie et d'isolement à l'égard de l'Allemagne ; on la reconnaissait bonne en elle-même, mais on lui reprochait de ne pas s'appuyer sur une force militaire snfhsante. Une opération diplomatique, disait-on, est une opération de crédit, basée sur l'encaisse militaire. L'encaisse manquait, et un gouvernement responsable ne peut pas se permettre de pareill=es abstractions. — Convenons qu'il a pu se produire quelques maladresses, quelques imprudences,

quelque hâte dans Texécution de ce plan. Il n'en restait pas moins le plus conforme aux intérêts réritables de la France, et la République en a poursuivi la réalisation avec une patience, avec une ténacité, avec un succès .qui fournissent la meilleure réfutation de la thèse de « l'absence de volonté » démocratique. De quelles œillères faut-il volontairement se munir pour synthétiser notre diplomatie dans cette trilogie : Fachoda ! Tanger ! Agadir ! — L'incident, incontestablement pénible, de Fachoda ne doit pas nous faire oublier les ententes méditerranéennes avec l'Angleterre, préludes de l'Entente cordiale, devenue l'actuelle alliance I Eh oui ! Guillaume II est descendu à Tanger, et la Panther a mouillé devant Agadir. Mais c'est nous, qu'on ne l'oublie pas, qui sommes restés au Maroc. (( L'impasse » de Tanger, comme parle M. Maurras, n'était pas sans issue ; et nous avons pu mesurer « l'abîme » marocain. Quelques obstacles ont pu retarder la marche de notre politique africaine ; ils ont servi seulement à mieux faire ressortir la ténacité de la volonté française en dépit des crises politiques et des changements du personnel gouvernemental.

Combien de fois, depuis le déchaînement du grand -conflit mondial, avons-nous entendu, dans la presse ou dans les conversations privées, ce cri poussé avec l'impudente assurance des incompétents : (( Notre armée •est admirable, mais notre diplomatie... !» Il y a eu l'erreur turque et l'erreur bulgare, et peut-être l'erreur grecque. Eh oui! il aurait fallu poursuivre à travers les Dardanelles encore libres le Gœben et le Breslau, les empêcher de se maquiller en croiseurs ottomans, étouffer dans l'œuf l'hostilité turque par quelques cuirassés mouillés devant Gohstantinople, sauvegarder ainsi la liberté des communications russes : et la guerre eût été rapidement terminée à l'avantage des Alliés K Beaucoup

1. Il est très difficile de dégager la vérité sur ces événements récents ; on croit en général que la poursuite des croiseurs allemands par l'amiral Boue de Lapeyrère fut arrêtée par le gouvernement français sur l'invitation du gouvernement anglais hésitant à indisposer la Turquie (Albert Bonnard, Journal de Genève, 4 janvier 1916).

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auraient souhaité une action plus énergique et plus clairvoyante à l'égard delà Grèce officielle... Si ce sont là des fautes, ce sont de celles qui honorent ceux qui les coinmeltent. Les Alliés combattent pour des principes, parmi lesquels figurent le respect des petits Etats et celui des droits de la neutralité : ils éprouvent une difficulté extrême à faire prévaloir contre ces principes leurs intérêts militaires les plus évidents. Ils combattent pour le droit et ils profitent ainsi de cette contre-partie que le droit combat pour eux. Si, d'autre part, ce sont là des fautes, elles ne sont pas imputables à la seule diplomatie démocratique, mais à celle de tous les Alliée, chez qui tous les modes de gouvernements sont représentés, depuis l'autocratisme jusqu'à la république démocratique, en passant par la monarchie constitutionnelle ^ J'en dirai autant de l'erreur bulgare. Obéissant toujours à la vieille tendance essentiellement française de nous abaisser devant l'étranger, nous faisons de notre propre diplomatie le bouc émissaire de nos échecs. Mais, en réalité, sans porter atteinte à l'union sacrée avec nos alliés, ne sommes-nous pas en droit de croire que la fausse manœuvre a été collective? Appelée plus tard à départager les rôles et les responsabilités, l'histoire mettra peut-être en lumière l'influence exercée dans cette passe difficile par les vieilles tendresses et les illusions tenaces de la Russie envers la Bulgarie, qui est son enfant de douleur, qui lui doit le salut et l'existence, qui a été sauvée par elle des Bachi-Bouzouks qui la torturaient, la martyrisaient, la massacraient. Ces sentiments traditionnels ont eu leur écho à l'ouverture de la Douma, lorsque SazonofT distingua entre le souverain bulgare et son peuple, comme si les convoitises des Bulgares ne s'étaient pas élevées à la hauteur des ambitions personnelles de leur tsar. « Une femme qui acct)uche d'un veau l'aime comme un enfant », disent les Serbes pour expliquer les sentiments, envers la Bulgarie, de la Russie libératrice.

1. La longue patience des gouvernements alliés fait mieux ressortir la justice do la déposition du roi (Constantin, à la suite de l'énergique mission de M. Jonnart.

L'histoire dira peut-être aussi que les protestations enflammées de Gladstone contre les Bulgartan atrocities (atrocités dont les Bulgares furent les victimes de la part des Turcs) retentissaient encore au cœur des Anglais, qui n'ont pu que devant l'évidence se décider à croire que les victimes s'allieraient avec les bourreaux, pour devenir bourreaux à leur tour. Maintenant que les événements ont déroulé leur cours, ceux qui avaient dénoncé l'erreur bulgare, comme aussi ceux qui avaient réservé l'expression de leur opinion, ratiocinent avec assurance : le diplomate doit avoir devant lui tous les éléments du problème international à résoudre, comme l'organiste trouve devant lui toutes les touches de son clavier. On ne pouvait ignorer que l'élément principal du problème bulgare, c'était la haine serbe, et qu'on avait par conséquent à redouter une trahison que devait d'ailleurs faire prévoir le précédent de 1913. — Mais, si cet élément l'a finalement emporté, il faut reconnaître qu'il y en avait d'autres, qu'on ne pouvait négliger : la haine du Turc, ennemi héréditaire au même litre que les Serbes, et, de plus, ancien bourreau de la Bulgarie; en 1912, en prenant le commandement de ses troupes, Ferdinand avait lancé une proclamation fameuse oïl il rallumait la flamme des croisades, invitant les peuples chrétiens des Balkans à rejeter le croissant hors d'Europe; comme on savait d'autre part qu'il avait la hantise de coitï'er à Constantinople la tiare des empereurs de Byzance, on pouvait hésiter à croire qu'il travaillerait à y consolider \e croissant ; on pouvait aussi tenir compte de certaines résistances dans le peuple et le Sobranié ; on ne pouvait négliger non plus certaines affirmations solennelles, certains engagements, certains serments d'un prince à qui l'on a fait l'honneur de le comparer aux princes italiens du seizième siècle, véritable virtuose de la duplicité et de la félonie K La diplomatie française a été trompée pour

1. V. dans le Temps, 30 octobre 1915, la correspondance échangée entre le roi Ferdinand, qui signait « le bon Européen », et M. Joseph Reinach J'ignore, d'autre part, s'il est exact que la Roumanie, avant d'entrer en guerre contre l'Autriche, avait

-avoir cru, avec Shakespeare, a qu'il n'y a point de scélérat parfait ». Mais surtout, une pensée valait que l'on coure quelque risque : c'était la pensée, par des compromis et des transactions entre les diverses aspirations nationales, d'établir entre les États balkaniques un équilibre plus ou moins médiocre, qui les empêche de songer sans cesse à s'entr'égorger et à entretenir ainsi un foyer sans cesse menaçant, non seulement pour eux, ce qui serait peu de chose, si le jeu leur plaît, mais pour l'Europe tout entière, ce qui est plus grave. L'utopie du « patriotisme balkanique », puisque l'événement a démontré que c'était une utopie, pouvait paraître comme « une féconde pensée d'avenir ^ ». Réconcijier les États chrétiens de la péninsule; les amener à lutter de concert pour leur indépendance et pour l'affranchissement de leurs frères de race retenus encore sous le joug austro-hongrois ou turc, c'était un grand dessein digne des meilleures traditions de la France. Si d'ailleurs il avait réussi, Gonstantinople tombait et la paix était avancée de plusieurs longs mois. Un gouvernement aurait encouru des reproches s'il n'avait pas fait tous ses efforts en faveur de cette grande et profitable entreprise. Le succès l'aurait couronnée, si les peuples avaient eu plus d'influence sur leurs propres destinées. L'erreur bulgare est une faute que f on peut avoir le regret, mais non pas le remords d'avoir commise.

Attendons d'ailleurs la fin. On pourra se demander si la véritable erreur bulgare ne fut pas une erreur du roi Ferdinand. A la fin de juillet 1916, les succès militaires austro-allemands se précipitaient avec une telle rapidité que des observateurs hypnotisés par les événements locaux et incapables de se hausser au dessus de la mêlée, jusqu'à la région sereine d'où l'on juge sainement les

des raisons sérieuses de croire à la neutralité bulgare, et si ce motif peut expliquer dans une certaine mesure le retard dans l'arrivée des renforts russes. Il n'est pas douteux dans tous les cas que le premier plan de la première partie de la campagne roumaine semble fondé sur la croyance que la Bulgarie n'attaquerait pas la Roumanie. Les Roumains, voisins cependant des Bulgares, auraient été eux aussi trompés par eux. 1. A. de Mun, Vlleare déchiue, p. 152.

coups, pouvaient croire à Fimminence de la « paix allemande ». Ferdinand a voulu s'en assurer les profils. L'échec bulgare a été la conséquence de l'absence de succès rriilitaires plutôt que des imperfections diplomatiques.

On a beaucoup reproché à la diplomatie de l'Entente et, par conséquent, à la diplomatie démocratique d'avoir dissuadé les Serbes de s'emparer de Sofia pendant la préparation laborieuse de la mobilisation bulgare. J'ignore si la Serbie a eu vraiment l'intention et surtout la possibilité de tenter un coup de force contre la Bulgarie alors qu'elle avait assez à faire à défendre sa frontière du nord contre les troupes austro-allemandes. Dans tous les cas, une attaque de la Serbie contrela Bulgarie n'allait pas sans inconvénients qui méritaient réflexion : sans en exagérer la portée, on peut affirmer qu'il y avait de forts tiraillements entre le gouvernement bulgare et une partie importante de l'opinion :^nc attaque serbe aurait eu pour résultat de réaliser l'union patriotique autour du roi. Mais surtout, si l'on considérait seulement ces engagements écrits et solennels que jusque-là l'Allemagne seule avait traités comme des chiffons de papier, l'attaque bulgare devait déclancher au profit de la Serbie l'alliance grecque, qui, étant purement défensive, n'aurait pas joué si la Serbie avait pris l'initiative des hostilités.

. Sans doute, notre diplomatie a éprouvé, encore de ce côté, des mécomptes ; mais, finalement, c'est le déclanchement théorique de cette alliance qui a permis à l'Entente, régulièrement appelée par le gouvernement grec, de s'installer à Salonique, et c'est cette installation qui a été une des causes de l'entrée en scène de la Roumanie. En toutes choses, mais surtout en matière diplomatique, il faut considérer la fin.

Pendant la première partie de la guerre, quand l'Allemagne et ses alliés paraissaient libres de porter leurs efforts où ils voulaient, d'attaquer successivement chacun de leurs adversaires, on s'écriait encore que la démocratie fait la faiblesse des coalitions. Voyez, di-

sait-on, la solidité des alliances monarchiques, basées sur le principe d'autorité : rAiitriche est vassale derAllemûgnc ; la Turquie est son esclave ; la Bulgarie^ son valet. Il y a une tête qui commande, et qui est partout instantanément obéie. C'est un bloc que nous avons à combattre. Au contraire, les puissances libérales, France, Angleterre, Italie..., conservent, jusque dans leur politique extérieure, l'empreinte de la liberté et de l'individualisme. Chez nos ennemis, c'est Tordre^ l'énergie, la rapidité de conception et d'exécution. Chez nous, c'est le flottement, l'incertitude, les conversations et les échanges de notes. L'ennemi met à profit ce manque de discipline, il fait peser successivement sur chacun des alliés presque isolés le poids total de son bloc autoritaire. Ce raisonnement a pu être possible à un moment donné pour des observateurs superficiels et quelque peu pi^évenus. 11 tombe dès que l'on considère les choses avec le recul et la sérénité nécessaires. Et d'abord l'histoire montre que les difficultés des coalitions ne sont pas le propre des gouvernements démocratiques. Au temps de la g-uerre de Sept ans, Frédéric II ne serait jamais parvenu à résister, pendant une campagne, à la France, à la Russie et à l'Autriche, si ces puissances avaient frappé partout et dans le môme temps de grands coups. Mais l'une était toujours en retard, c'était l'Autriche ; l'autre, la Russie, était essentiellement intermittente. Frédéric II n'eut jamais à combattre, dit Jomini, que contre des armées isolées, qui n'opéraient que successivement à trois ou quatre mois d'intervalle, et dont les chefs, irrésolus et pusillanimes, n'étaient jamais d'accord. Ajoutons que deux de ces puissances conclurent avec Frédéric une paix séparée. Le (( merveilleux » de la guerre de Sept ans, disparaît, ainsi que l'observe Napoléon S si l'on considère les fautes, les défaillances, les incertitudes, la faiblesse de la coalition, cependant monarchique, qu'eut à combattre Frédéric II. Et faut-il rappeler ici les vicissitudes stupéfiantes par où passèrent les coalitions de

l. Précis des guerres de Frédéric II, cli. ix.

monarchies machinées contre la France révolutionnaire et napoléonienne, coalitions bigarrées, mal cousues, incessamment déchirées par la divergence des intérêts dynastiques? Au cours de dix années, le second Pitt dut former contre la France trois coalitions avec la Hollande, la Russie, l'Autriche et la Prusse. Toutes échouèrent. Ce ne fut qu'après sa mort et aussi après Moscou que fut formée la quatrième coalition, qui devait être victorieuse. La vérité, au point de vue de la coordination internationale, c'est qu'il n'y a jamais eu une alliance continentale de monarchies très autoritaires plus étroite que la Quadruple-Entente.^

Ce qui a. fait, pendant un certain temps, la force de la coalition que nous avons en ce moment à combattre, c'est d'abord qu'elle a eu un chef qui s'est imposé à elle par l'énorme supériorité de ses forces sur celles de tous ses alliés réunis ; non seulement la puissance allemande dépasse celle de l'ensemble austro-hongrois, turc et bulgare, mais encore c'est elle qui s'est vue contrainte de sauver ces « seconds », plus ou moins brillants, mais chacun impuissant k se protéger luimôme. Dans ces conditions, l'Allemagne commande et se croit autorisée à utiliser à son profit les forces de ses vassaux. Toutes les conférjei>ces entre nos ennemis ne peuvent être qu'une litanie où les représentants de François Joseph, de Ferdinand et de Mohammed répondent : Amen! à ce que dit le représentant de Guillaume II. Une autre supériorité de la coalition, c'est <|u'elle a pu jouer de ses lignes intérieures.

Du côté de l'Entente au contraire, il y a eu des différences dans les degrés de préparation qui n'ont pas toujours permis une action combinée. Si, d'autre part, l'on considère tous les intérêts qui séparent les Alliés, toutes les rivalités anciennes et les préjugés invétérés qui divisaient la Russie, l'Angleterre, la France et l'Italie, on peut s'étonner que le lien qui les attaché n'ait pas encore paru plus mou : dans l'Adriatique, il faut concilier les prétentions serbes, appuyées par la Russie, et les prétentions italiennes sur des terres daignâtes encore aujourd'hui autrichiennes ; la Russie am-

L APTITUDE DE LA DEMOCRATIE A LA DIPLOMATIE 5t)

bitiomie Constanlinople et les détroits', mais la Roumanie aime mieux les voir détenus par une Turquie agonisante que par une puissance jeune, ambitieuse, énergique ; ces ambitions russes barrent lespoir d'une paix séparée avec la Turquie. En iMacédoine et en Thrace, il faut mettre d'accord les Serbes, les Roumains et les Russes; en Asie, il faut tenir compte des ambitions russes, italiennes, anglaises et françaises. Combien pèsent peu les formes politiques internes en présence de ces compétitions d'intérêts ! El pourtant, au bloc discipliné des Etats autoritaires sous la férule allemande, les Alliés sont parvenus à opposer une union sacrée aussi compacte, union sacrée qui laissée chaque puissance son indépendance et sa personnalité, où aucun chef ne substitue tyranniquement sa volonté à eelle des autres alliés, mais qui unifie en vue du but suprême les volontés diverses et concordantes de ces alliés. Ici encore, nous pouvons craindre de manquer du recul de l'histoire et de nous laisser influencer par le sentiment patriotique; mais enfin, cette formule fé- <îonde lancée par un homme d'État français : u l'unité d'action sur l'unité de front », semble devoir une grande partie de sa réalisation au plus démocratique des gouvernements alliés : à celui de la France.

Je me garderai de retourner contre la monarchie la méthode employée par certains « historiens » au sujet de la diplomatie démocratique. Autrement, quel ensemble impressionnant il serait facile de composer avec les erreurs de la diplomatie monarchique. L'histoire de ce second demi-siècle n'est-elle pas dominée par celte faute capitale des monarchies européennes qui s'abstinrent en 1870-71 d'empêcher le démembrement de la France ? Il y aura toujours une France, disait-on. Gui, mais il n'y eut plus d'Europe. L'Angleterre et la Russie, peut-être bientôt l'Autriche, ne sont-elles pas appelées aujourd'hui à payer les conséquences de celte abstention? On a opposé la diplomatie de la mo-

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