Algésiràs, p
îigents maritimes, des pharmaciens. Si vous montez vers l'intérieur, vous rencontrerez des jeunes gens venus â'Auvergne avec un maigre capital pour s'essayer à l'élevage. Vous verrez aussi des instituteurs retraités qui s'ciîorcent de faire pénétrer la langue française dans ce milieu cosmopolite; des médecins qui, pour accomplir leur tâche secourable, vivent dans les pires conditions de confort. Et tous vous diront que l'œuvre de réformes, dont la France a pris Tinitiative, est indispensable à leurs affaires, à leur bien-être, à leur sécurité. Toute cette colonie vivace et courageuse ne saurait être confondue avec les spéculateurs, que M. Jaurès, dans des diffamations imprécises, n'a cessé de dénoncer comme les auteurs responsables de la crise marocaine K »
Les questions ouvrières et sociales tiennent une place croissante dans les préoccupations de la diplomatie comme dans celles de la législation interne. La France a signé avec quelques pays voisins des conventions relatives à la réparation des dommages résultant des accidents du travail et au bénéfice des assurances sociales. Elle a étudié le principe de l'application réciproque des législations ouvrières, sans oublier toutefois que notre importation de main-d'œuvre étant supérieure à notre exportation, ce principe pourrait créer un bénéfice certain pour certains pays contractants, sans la contre-partie à notre avantage^.
On a beaucoup reproché à notre diplomatie ses formes archaïques, sa technique démodée; ses procédés d'information surannés. Elle continue à appeler « dépêche » une lettre polie et repolie en plusieurs jours, qui attend souvent plus d'une semaine le départ de la valise et qui arrive au bout d'un mois : « la Dépêche, par un grand D : ce qui ne doit pas s'entendre d'une simple dépêche télégraphique, leste et court vêtue, mais d'une lettre majestueuse aux vêtements flottants,
1. V. René Leclerc et Saurin, les Inîérêls démocratiques de la France au Maroc {Bulletin du Comité du Maroc, avril 1^06).
2. Louis Marin, [Rapport à la Gha'rabre des députés, 22 décembre 1913, n" 3318, p. 51.
7r» DEMOCRATIE ET DIPLOMATIE
aux phrases longues d'une aune. » On accuserait d'un peu plus noire diplomatie de croire qu'on voyage encore à cheval. Et cette terminologie désuète qui se complète par l'inscription elîacée seulement depuis peu à notre quai d'Orsay : (( Parlez au suisse », caractériserait notre diplomatie. — Je ne prétends pas nier l'évidence; il faut souhaiter de voir notre diplomatie moderniser ses méthodes ; on ne peut nier que nos commerçants n'ont pas toujours trouvé auprès de nos représentants à l'étranger, principalement de nos consuls, dont c'était le rôle, l'accueil, l'appui, le secours et le concours sur lequel ils étaient en droit de compter. Mais, ici encore, gardons-nous de grossir nos échecs. Notre diplomatie a dû subir la lourde hypothèque du traité de Francfort (art. XI) réservant à l'Allemagne le traitement de la nation la plus favorisée. 11 ne faut cependant pas méconnaître la part importante qu'en dépit de cette entrave la France a prise aux affaires sur les points les plus divers du globe. En Italie, en Espagne, en T-urquie, en Russie, dans les Balkans, dans l'Amérique du Centre et du Sud, nos industriels et nos ingénieurs, par l'exécution de grands travaux, le creusement de ports, la construction de chemins de fer, l'exploitation des mines, se sont acquis une réputation des plus honorables tout en semant le bon renom de la France. — Faut-il parler de la solidité de notre crédit et de la puissance de nos organismes financiers? Avec celui de Londres, le marché de Paris est le grand régulateur du monde. On gémit sur l'infériorité de l'activité commerciale de la France, et on la présente comme écrasante. On croit faire acte patriotique en réservant toute son admiration pour le commerce allemand. Or,, c'est encore ici l'effet du préjugé et de l'ignorance. La somme globale du commerce extérieur de l'Allemagne est évidemment supérieure à la somme globale de celui de la France; mais il ne faut pas oublier que la population allemande est de 68 millions d'habitants (67.800.000), tandis que la France n'en compte que 4o millions (89.700.000). Si l'on tient compte de cette proportion, on ne tarde pas à arriver à cette conclusion,
bien faite pour surprendre ceux qui ont riiabilude de déprécier leur pays : l'égalité par tête du commerce allemand et du commerce français. Le chiffre total du commerce extérieur de la France à la veille de la guerre est de quinze milliards trois cents millions de francs, soit de 382 francs par télé. Le chiffre total du commerce extérieur de l'Allemagne est de vingt-cinq milliards sept cent sept millions de francs (en prenant le mark à 1 fr. 23), ce qui fait 378 francs par tête.. Le commerce de la France est donc de 5 francs par tête supérieur au commerce allemand. Sans doyte nous n'exportons que 172 francs par tête, tandis que l'Allemagne exporte 182, ce qui fait une ditïérence de 5,5o p. 100. Mais, dans les exportations allemandes, il y a par tête 1 3 francs de houille. Que peut la meilleure diplomatie contre une supériorité de richesse minière? En somme, on peut conclure que l'activité du commerce français était, avant la guerre, égale à celle du commerce allemand. 11 n'y a pas là, conclut M. Yves Guyot, de quoi prendre l'attitude d'écrasé que certains de nos compatriotes mettent leur vanité à nous donnera
A l'heure où j'écris ces hgnes, la diplomatie de la République française jouit, par exception, d'une «bonne presse ». C'est que les résultats qu'elle a obtenus sont trop évidents et trop récents pour être niés. Jusque vers l'automne de 1915, à la remorque de ses alliées, l'Angleterre et la Russie, elle n'avait pas renoncé à la chimère de l'Union balkanique. Mais, lorsque M. Briand eut pris en main la responsabilité de la diriger, il eut le courage de changer ses batteries, d'adopter des méthodes nouvelles. Et par son énergie, sa ténacité, la fermeté de ses vues, il en vint peu à peu à exercer sur la diplomatie de tous les alliés une sorte de dictature de la persuasion. Sous son impulsion vigoureuse, la diplomatie française nous a conservé la neutralité diversementnuancéedes nations étrangères au conflit et notam-
1, Ces chiffres très intéressants sont fournis par M. Yves Gayot, dans une étude reproduite par la revue les Amitiés françaises, mars-juin 1915, p. 44.
méat la neutralité plutôt sympathique des États-Unis; elle a paralysé l'hostilité des milieux germanophiles en Grèce, purgé ce pays des plus remuants parmi les agents de corruption de l'Allemagne S et protégé noire corps expéditionnaire contre la crainte non chimérique d un coup de poignard dans le dos; elle a rendu plus complets et plus intimes les liens qu'avait créés entre l'Entente et l'Italie la guerrede celte nation contre l'Autriche; elle a réalisé l'unité d'action sur Tunité de front; elle a assuré la collaboration politique des Alliés; elle a créé l'impulsion coordinatrice de leurs efforts; elle a préparé l'après-guerre, en wganisant la protection des intérêts collectifs contre les retours offensifs des appétits germaniques; enfin, elle a obtenu ce succès tangible de déclancher l'actiOn roumaine. Après des défaillances qui n'étaient peul-êU^e pas toutes évitables^ par sa volonté une, coordonnée et continue, la diplomatie française a accompli toute sa tâche et préparé la victoire que les soldats remporteront.
Le sol de la France républicaine a eu le redoutable honneur d'être le théâtre des combats les plus formidables et les plus décisifs. C'est aussi dans sa capitale que se sont tenues les conférences qui ont créé entre les Alliés l'impulsion coordinatrice. Il est à prévoir qu'après la victoire les fatahtés géographiques, à défaut d'autres motifs, feront de Paris le centre des assises où s'élaboreront les garanties du droit public de l'Europe. — Est-il présomptueux, de croire que, dès aujourd'liui, la France a le grand honneur d'être considérée, non seulement sur le terrain militaire, mais encore sur le terrain diplomatique, comme L'ennemi principal du germanisme ?
La rapidité du rétablissement de notre pays au lendemain de 1870 a fait l'admiration et l'étonnemeiàt du
1. C'est un représentant de la France, M. Jonnart, qui a été, dé.--igné en 1917 pour purger la Grèce du premier des agents de rAllemagne : le roi Constantin. — L'heureuse entrée en> scène des États-Unis aux côtés des Alliés est moins un succès de la diplomatie de ces derniers que le résultat de la brutaliié de la diplomatie de l'Allemagne et des crimes de cet empire. *
monde, qui s'est longtemps obstiné à méconnaître l'infinie variété et la fécondité inépuisable de ses ressourcés. Je ne veux pas en attribuer le mérite au caractère démocratique de nos institutions. Je sais que la Restauration a relevé la France deux fois battue, deux fois envahie, d'un désastre aussi grand; que son œuvre peut se synthétiser dans ces chiffres : le 5 p. loo à 60 francs en i8i5, à io4 fr. 80 en mars 1824. A ces deux périodes de notre histoire, on a pu admirer « l'éternel reverdissement » de la France. Constatons tout au moins que les institutions démocratiques n'ont pas été un obstacle à la production de ce miracle magnifique.
Pour le moment, il y a accord sur ces conclusions. Enregistrons-le : on pourrait l'oublier. Rien n'est mouvant comme l'opinion. Passé le danger, passée la dévotion du marin.
Est-ce que je prétends nier les fautes? Non. Il y en a eu de graves, et il n'y a pas de quoi se décerner de témoignages de satisfaction parce que finalement l'événement a bien tourné. L'optimisme que je professe n'est pas un oreiller pour le somnieil, il est un encouragement à une action plus vigilante et plus énergique. Il y a eu des défauts d'unité, et des frottements graves dans le fonctionnement des pouvoirs publics. Nous serons obligés dans la suite d'en rappeler quelques-uns. Il y a eu des agents diplomatiques choisis avec la même légèreté que s'il se fût agi- id'un préfet des Côtes-du- Nord, et des ministres des Affaires étrangères désignés un peu au hasard comme s'il se fût agi d'un ministre du Commerce. Et je n'approuve pas d'ailleurs qu'on ne mette pas toujours toute la gravité voulue à désigner les administrateurs des départements ou les titulaires des portefeuilles ministériels regardés comme secondaires. Je dis qu'il faut être aveugle pour ne pas voir dans ce magnifique rétablissement de la République partie du fond de l'abîme de Sedan, héritière de désastres inouïs, Tirréfutable preuve que le régime démocratique est capable de concevoir des plans, d'en poursuivre longuement et patiemment la réalisation ;
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que ce régime, en un mot, est capable d'unité et de volonté.
Pour lous ceux qui tiennent une plume ou peuvent exercer une action, il y a une autre mission à remplir que de pleurer sur des ruines, et d'attendre, comme l'Anglais qui suivait le dompteur en attendant qu'il soit mangé, que le régime démocratique commette quelque faute. N'y a-t-il pas comme une sorte d'impiété à gonfler démesurément les insuccès de la France sous prétexte que c'est sous la République qu'elle les a subis?
La démocratie a ses vices et ses infériorités. Le rôle de ses amis véritables est de les dénoncer avec la volonté de Paider à s'en corrig r. Les dissertations les mieux pensées sur le « mal du suffrage » n'ont qu'une valeur académique; puisque personne ne propose comme solution pratique la suppression du suffrage, il faut bien s'en accommoder. La démocratie, elle aussi, peut dire : S uni quia su m.
Il y a beaucoup à faire en ce qui concerne l'éducation de la démooratie. C'est pour l'entreprendre qu'il y a quelques siècles, Menenius Agrippa composa son fameux apologue. Le microbe de Vinvidia clemocraticaGsi tenace. Nous l'avons vu s'exercer sur les agents diplomatiques. Il ne faut pas espérer le détruire. On doit le combattre en répandant la notion aristotélique et saine de l'égalité : traiter inégalement les choses inégales ; mettre chacun à la place où le désignent sa capacité, ses aptitudes, ses talents.
Il est certains points sur lesquels les représentants de la démocratie n'ont peut-être pas avantage à se mesurer avec les représentants des gouvernements monarchiques : c'est sur le terrain des cérémonies, du protocole, des visites de chefs d'État. La démocratie, en ces circonstances, a-t-on dit, risque, de peur de se tromper, de commettre des excès d'empressement qui lui donnent des apparences de servilité ou d'exagérer une réserve qui atteindra à peine les Hmites de la stricte politesse. En dépit de ce double danger, j'ai peine à croire que la République do'ive renoncer aux solennités inter-
nationales ^ Je ne vois qu'un très mince inconvénient à €6 que quelque erreur mondaine d'un homme politique puisse exciter le sourire — intérieur — de quelque chambellan. Je sais que les monarques les plus puissants ont désiré l'alliance de la République; que les salons de ses ambassadeurs, et notamment celui de M. Jules Tarnbon à Berlin, ont été des plus recherchés, et que Paris sait recevoir les rois. Trop de fêtes et trop de fleurs, dit-on, ont pesé sur Talliance russe. Il y a eu dans notre opinion des exagérations d'espoirs, d'enthousiasmes quelquefois, peut-être un excès de modestie ou de généj-osité qui a semblé nous faire oublier que le contrat était synallagmatique, et qu'an moment de le signer le tsar avait prié Dieu de lui arrêter la main si l'alliance devait être contraire aux intérêts de la Russie. Mais quel inconvénient ces erreurs de sentiments ont-elles produit m. i point de vue du résultat final? Sans exagérer puérilement l'importance des réjouissances internationales, visites^ banquets, etc., il faut bien reconnaître qu'elles constituent le meilleur moyen que l'en ait trouvé jusqu'ici de faire participer la masse du peuple à la conclusion des accords internationaux. Les solennités franco-russes ont servi à promulguer l'alliance et elles l'ont profondément implantée dans l'âme populaire ^.
\Jn péril plus grave, c'est, en dehors des crises an^^oissantes, l'indifférence de l'opinion |>iiblique, et, par conséquent, de la- majorité parlementai! e qui la représente, pour les problèmes de la politique ex^térieure. En 1905, au moment où le ministère Rouv ier était engagé à fond dans les négociations si délien le ^ de la conférence d'Algésiras, au moment où il lui -eml)lait tenir enfin le succès, la Chambre le renversa.. Aussitôt M. de Radovvitz argumente que tout est changé et que les promesses faites de part et d'anl" ne tiennent plus.