SECTION II LE SECRET DES TRAITÉS
Le problème de la diplomatie secrète, qui avait ému, il y a quelques années, une pan^lie de l'opinion publique, reste encore aujourd'hui de la plus vivante actualité. C'est sur des traités, secrets tout au moins à leur origine, que sont fondées les alliances mises en jeu dans la grande guerre européenne, telles que l'alliance francorusse ou l'Entente cordiale. Ce sont de nouveaux traités secrets, entre la Bulgarie d'une part et les empires du
lérieur qu'aux Affaires étrangères, s'opère le plus souvent par la remise de la main à la main de sommes que le ministre ou son délégué puise, dans un tiroir ; il ne reste pas trace de l'opération. Que ce procédé donne lieu à quelques emplois abusifs, qui en pourrait dotiter? Il serait facile de reproduire des anecdotes... Cette institution, comme les autres, doit s'apprécier après balance des avantages et des inconvénients. Il va sans dire que le contrôle du Président de la République est illusoire. D'après certains témoignages, il se réduirait à cette cérémonie : non sans quelque solennité, le ministre, avec une formule respectueuse, remettrait au chef d'État, comme étant le rapport sur les fonds secrets, une enveloppe soigneusement cachetée, dans laquelle il n'y aurait rien que du papier blanc, et le chef de l'État détruirait sans délai et sans en pi-endre connaissance le prétendu « document », en présence du ministre intéressé.
Centre et la Turquie d'autre part, qui ont propagé le conflit à des combattants nouveaux. Le traité qui unissait l'Itali-e à l'Allemagne et à l'Autriche n a jamais été publié. Celui par lequel la Roumanie adhérait à la Triple-Alliance n'a été officiellement avoué, pour la première fois, que dans ia déclaration de guerre de cette puissance à rAutriclic-Hongrie. C'est par un traité secret (et qui l'est resté, malgré la divulgation faite par /c Temps, le i5 août 1916) que la Crèche s'obligeait à aller au secours de la Serbie attaquée par la Bulgarie; peutêtre y a-t-il eu des ententes secrètes entre la Grèce et l'Allemagne; il paraît probable, dans tous les cas, <{ue c'est à la suite d'un pacte secret que les Bulgares ont occupé les forts grecs de la Macédoine. La conférence des Alliés à Paris a abouti à une convention publique sur les questions commerciales et économiques, mais secrète sur les problèmes diplonnatiques et militaires. C'est par un traité rigoureusement secret, et qui s'est manifesté seulement par sa foudroyante exécution, que la Roumanie a arrêté avec les puissances de l'Entente, probablement à la date du 4 août 1916, les conditions dans lesquelles elle devait entrer en campagne à côté de ces puissances. Par un traité secret qui s est «manifesté par ses résultats, les nations alliées ont décidé de se remettre réciproquement leurs déserteurs et insoumis. L'exposé fait à la Douma par M. Trépolf, dans les premiers jours de décembre 1916, nous a appris qu'une entente secrète entre les Alliés avait promis ;V la Russie Constantinople et les détroits ^; d'autres ententes secrètes ont sans doute arrêté une transaction entre les ambitions serbes et les ambitions italiennes sur les c(Mes de Dalmntie et de Croatie... On peut croire qu'il y a eu des conventions absolument secrètes dont nous aNuiis ignoré non seulement les clauses, mais l'existence eliiemême. Bref, l'Europe est enveloppée dans un réseau de traités, de conventions et d'ententes secrètes qui semble
1. V. rinoident créé à ce propos à la Cliambre dv-s >df pulés par M. Bri/on el l'exclusion de ce député, le 12 déct-iuihje \H6. M. Veiii/;elos n confirmé rexisleiice des ententes ^lecrèie- tvuitr* le roi Gonstanliu et les puissances centrales.
aller en s'épaisissant chaque jour davantage. D'autre part, le problème que posent impérieusement les faits^ tient une large place dans les controverses politiques i le chancelier de Bethmann-Hollweg, qui a déjà, à plusieurs reprises, reculé les bornes, jusqu'alors connues de l'impudence, n'hésite pas à rejeter sur les ententes secrètes de la France avec la Russie et l'Angleterre la responsabilité de la guerre; la sozial-demokratie lui emboîte docilement le pas, en sorte que ce ne serait plus l'Allemagne qui a déchaîné le conflit, mais une sorte d'entité politico-mythologique : la diplomatie secrète. Dans son manifeste de février 1915 à l'Internationale ouvrière, la Confédération générale du Travail annonçait son intention de convoquer, après la guerre, un congrès des représentants des organisations ouvrières des différentes nations pour fonder une paix durable sur certaines bases qu'elle énumérait et en tête desquelles elle faisait figurer la « suppression du régime des traités secrets ». Enfin le congrès de la Ligue des droits de l'Homme vient de proclamer, comme une des premières conditions d'une « paix durable », la suppression des « pratiques de la diplomatie secrète* ».
C'est donc bien le moment d'étudier les traités secrets, de se demander jusqu'à quel point ils sont en harmonie avec les principes démocratiques, et surtout dans quelle mesure ils sont susceptibles d'influer' sur la paix générale et sur la sécurité de la France.