Ainsi Chardon, la République viclorieuse
2. 51.069.000.000 daprès les calculs de M. Neymarck, 43 milliards d'après ceux de M. Charles Gide, Communication à la Société d'études documentaires et critiques sur l\a guerre, 2% mat 1916, p. 3.
en 1913. — Quant au budget de l'année 1914. voté d'ailleurs avec un retard considérable au mois de juillet de la même année, il préroyait une dépense pour la guerre de 1 milliard 204 millions et de 5i3 millions pour la marine, soit un total de 1.717 millions, ce qui supposait un accroissement d'une année à l'autre de 17 p. 100. En outre, ce budget prévoyait 8^8 millions de dépenses militaires dites non renouvelables (service de trois ans, constructions navales, Maroc). Il s'élevait donc en réalité à 2 milliards 565 millions, c'està-dire à plus du double de celui de 1910. Sans doute,, ce budget est resté sur le papier, mais il n'en reste pas moins comme un document capital dans notre controverse : il prouve que la démocratie française a parfaitement consenti à prévoir.
Sans doute, toutes les dépenses publiques ont augmenté, et par conséquent ces chiffres ne portent pas en eux-mêmes toute leur signification : ils l'acquièrent par comparaison avec les autres dépenses. Or, M. Gide, dans la remarquable étude que nous avons citée, démontre que, depuis la guerre de 1870-71, l'accroissement des dépenses militaires a été quatre fois plus considérable, que celui des dépenses civiles; et il ne fait pas entrer dans ses calculs le budget de 191^, dans lequel les dépenses militaires atteignaient 46 p. 100^ soit près de la moitié de l'ensemble du budget.
D'autre part, si l'on fait abstraction des dépenses inévitables et improductives : frais de recouvrement (10 p. 100) et service de la dette publique (35. p. 100), on constate que, au cours de ces 42 dernières années, les dépenses militaires (27 p. 100) sont sensiblement aussi importantes que les dépenses civiles (28 p. 100). Qu'est-ce qui résulte de ces chiffres? « Un pays qui, au cours de près d'un demi-siècle, après avoir dû pvJ^lever près de la moitié de ses revenus pour payer les intérêts de l'ancienne dette hypothéquée sur les produits de son travail ainsi que les autres charges financières, trouve encore le moyen de prélever sur la partie restante près de la moitié pour ses armements, ne gardant qu'un peu plus du quart (28 p. 100, soit 43 mil-
Hards sur 157) pour lout le reste de ses besoins : administration, justice, police, instruction, assistance, solidarité sociale, hygiène publique, travaux publics, et tous autres services d'utilité publique; un pays qui a consenti de tels sacrifices peut-il accepter sans protestation cette imputation qu'il ne s'était pas préparé à la guerre ^ ? »
c) Il y aurait incompatibilité absolue entre l'esprit militaire et Tesprit démocratique. L'esprit militaire supposerait la hiérarchie, .l'inégalité, l'esprit de caste; l'esprit démocratique, au contraire, comporterait la haine de la hiérarchie, la passion de l'égalité, la haine des corps particuliers : « S'il n'y a pas d'armée sans esprit militaire, disait Jules Simon le 28 décembre 1867, je demande que nous ayons une armée qui n'en soit pas une. » Dans ces conditions, se hâte-t-on de conclure, la démocratie ne peut pas avoir d'armée. — Cette argumentation est fondée sur une méthode que nous avons plusieurs fois combattue : on présente une caricature de l'esprit militaire, une autre caricature de l'esprit démocratique, et on les oppose. Or, nous nous efforçons depuis le début de cette étude d'atteindre la vérité du portrait. — Il y a une chose détestable : c'est l'esprit d'une armée qui prétendrait former une caste gouvernante, non seulement en dehors, mais au-dessus de la nation et contre elle; qui voudrait constituer une force autonome, et, parce qu'elle aurait la force matérielle, tendrait à imposer une politique intérieure, à déterminer les sympathies ou les antipathies de la nation envers les autres, à se rendre maîtresse de la guerre et de la paix : c'est l'esprit de coup d'État, de proniinciamiento; l'esprit des Janissaires, des Ligues militaires, des Junkers. Ce n'est pas l'esprit militaire, c'est l'esprit militariste. — H y a une autre chose aussi détestable : c'est cette maladie mentale que l'on a appelée Vinvidia democratica; la haine de l'autorité, de la hiérarchie nécessaire, fondée, comme disait la Déclaration des droits, sur le talent et la vertu ; la peur du sacrifice à la com-