‹ Démocratie, et politique étrangèreChapitre 99 sur 134 · Diplomalie du suffrage universel, p · texte numérisé non relu

Diplomalie du suffrage universel, p

tituLiouiiclle de iSi^ à iS/jH. Peut-être ont -ils contribué à maintenir une période relativement longue de paix; ils ont abouti dans tous les cas, avec un minimum d'effusion de sang, à deux créations importantes : la Belgique qui nous a séparés d'un voisin jaloux que le congrès de Vienne avait installé à nos côtés, et la Grèce ^

Cette politique de solidarité dans l'équilibre s'impose aux nations et l'équilibre se venge par lui-même des atteintes que l'Europe lui laisserait porter. En 1870-71, l'Europe a manqué à sa mission historique : la France, disait-elle, aura beau être démembrée, il y aura toujours une France. C'est vrai. Mais il n'y a plus eu d'Europe. Et bien des nations paient aujourd'hui leur abstention coupable d'il ^a quarante-cinq ans.

Cette notion de l'équilibre européen était à la base des traités de Westphalie (1648) : les puissances, négo- <îiant à Munster, et à Osnabriick, s'etîorcèrent d'établir une répartition des forces telle qu'aucune puissance ne pût menacer l'indépendance dos autres ; en particulier elles prirent les mesures nécessaires pour empêcher l'unification de l'Empire allemand, qu'elles considéraient comme un grave danger pour l'indépendance de l'Europe et pour la paix du monde. L'équilibre était établi au profit de la France et contre l'Allemagne. Au traité d Utrecht (1718), Louis XIV est obligé de renoncer pour lui et pour tous ses successeurs à une réunion des couronnes de France et d'Espagne: l'équilibre est cette fois-ci maintenu contre la France.

L'équilibre est une des clauses du testament politique des Bourbons. Vergennes est un de ceux qui ont poursuivi avec le plus de netteté ce programme de désintéressement: la France doit chercher sa force non dans son propre agrandissement, mais dans l'impuissance de

1. Quelles que soient les déceptions que nous réserve la politique de la Grèce, peut-on dire qu'il eût mieux valu, à un point de vue quelconque, qu'elle restât turque? — Cette observation, écrite il y a de longs mois, prend une force nouvelle au moment où s'imprime ce livre, alors que, la Grèce refaisant son unité sous le gouvernement de Venizelos, a déclaré la guerre aux empires du Centre.

ses voisins à la dominer. Ces principes, abandonnés par la Révolution pour celui des nationalités et celui des frontières naturelles et d'autres encore, sont ceux de Louis XVllI qui s'efforce de les faire triompher au Congrès de Vienne.

Un des soins de l'ancienne politique royale était de veiller jalousement sur le maintien du caractère fédératif, divisé, dispersé de l'Allemagne. Mais cette mosaïque gothique de duchés, de principautés heurte l'esprit logique de Sieyès et aussi celui de Napoléon : l'Empereur prétend mettre de l'ordre dans tout cet empirisme, «t c'est de cette entreprise d'unification qu'est sortie l'unité allemande après l'unité italienne ^

L'acte de Vienne est non seulement basé sur la théorie de l'équilibre, mais il l'invoque expressément: M Voulant, dit le préambule, établir une paix solide fondée sur une juste répartition des forces entre les puissances... » Mais l'épithète « juste » ne correspond ici à aucune idée de morale ; elle est employée en un sens purement dynamique : elle indique seulement que Ton prétend arriver à un équilibre purement matériel, .analogue à celui qu'on obtient sur une balance, môme -avec de faux poids. C'était un équilibre dirigé contre la France au profit de l'Angleterre, de la Russie, de l'Auiriche et de la Prusse. Il y a, au lendemain de i8i5, une Europe agissante, qui dirige ses efforts tant en faveur -du maintien de la répartition de forces alors opérée que contre toute modification des institutions politiques internes dans un sens libéral.

La politique de l'équilibre a épargné à l'Europe la réalisation des trois rêves de monarchie universelle conçus par Charles-Quint, par Louis XIV, par Napoléon. Fautil rapprocher de ces grands noms celui de Guillaume II ? En effet, après la période d'éclipsé, ouverte par la diplomatie du second Empire, la politique de Téquilibre a été recréée, il y a un quart de siècle, par la menace toujours croissante des ambitions allemandes. L'Alliance francorusse, puis la Triple-Entente sont sorties de la logique

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