‹ Démoctatie, et politique étrangère;Chapitre 113 sur 137 · Carrière délia Sera, 7 septembre · texte numérisé non relu

Carrière délia Sera, 7 septembre

2. Voir rétude pénétrante du baron Ernoal Sèillière, Vlmpé^ rialisme- national^ danis Bibliothèque universelle^ 1915.

3. « Nos rapports avec la Turquie ne sont pas de nature sentimentaie s proclame Le prince, cle Billow dans sa PclUiqfte allemande.

^Jl ILlOEWat DITS NA7IORB 481

y serisoias >oi>mpl'èlemeiit dépirj^éB. K^esBayonB pas Ae ctniBhiuîre 'un droit «a ipiwrL Le 4rait n''«ët frans -nue créatiion aVstificieileet ^aribitraipe : il doh être.aâcKfAé^i la '80oièlé, non à la sooiôt/é idéale, msîs à 'lu Bidciété réelle. La vie^efii une lutte inoesssille^e ridée contre la maflîère, et âl faut faire à cette dernière sa part. Oe serait «ne gageure que de frrétendiFe ét^lîr nm progransme de politique étrangère &ar -l'ignorance méthodique des faits les mieux 'élaHis et sur la mécon«ai&sance systématique <le la p^iche^logie des peuples. « Qui veut faire Vange, dit Pascafl, fait la bête. »

y"" La diplomatie a toujoursjoué un rôle dans le mouvement des aaiionalités : elle deU en ûomerver le contrôle,

il y a em, dans ime /Imtoire qui m'eisi pasernaore Irès anciesmei, des cauibinaisoiKS diplomatiques «i^sdlumoift étrangères au principe des nationalités, teifiendu dans un .sens quelconque, '0t qud cependant ont parfai<temetfi réussi. Par i» ^sition, sa PRce, sa langue, ses mo&uns, comme |par ib y&kmté de ses faelbitanlis, la Corse ne semblait pas ;app0lëe à ôlre française. Ëfle ne ^'est p«is donnée è nou's; mous l'uvons achetée. Cependant, grftoe en partie au hasard qui en a lait le berceau de Napoléon, igrftce surtout au caractère accueinanX de la cornmfunauté française, te Oorsfe est devenue une partie intégrante de net re patrie. Au^sBi a-^^cm pu dire que la politique et la diplomatie font les ma nages dtirabi^s, les mariages de raison, tandis que le prindipe des nationalit'és présiderait à des mnions 4e sentiments, Â des mariages d'inclination dont la fortune -e^t douteuse.

La diplomatie joue souvent un rûle analogue à celui de ces personnes obligeantes qui, dans dos cas analogues, aident à Téclosion de sentiments ptus ou moins sincères. C'est souveitt «Ile qui, dans des mtérèts divers, crée ou contribue à préciser ou à compléter la conscience nationale : car, en fait, c'est du dehors que, le plus souvent, prennent leur source les mouvements dlndépeindance; le principe des nationalités est fré-

quemmenl invoqué par un peuple désireux d'obtenir Isr sécession d'un territoire, pour un motif quelconque : se Tannexer, y exercer une sorte de protectorat, affaiblir un État rival. Sans la Russie, qui s'est attribué le rôle de protectrice des peuples chrétiens des Balkans» la « conscience nationale » des peuples de la péninsule aurait été évidemment beaucoup plus longue à se préciser et à triompher. La diplomatie intervient donc en» fait dans le principe des nationalités : elle intervient par conséquent avec les éléments et l'esprit de la diplomatie ancienne. La Bulgarie est l'enfant de douleur de la Russie. Sans la diplomatie russe, la nationalité bulgare ne serait certainement pas affranchie. Les Bulgares ne se sont jamais révoltés contre le joug ; on a dit qu'ils n'aspiraient qu'à une seule liberté : celle de voler les moutons. C'est l'Europe qui leur a imposé l'émancipation. Au point de vue général, humain, cet affranchissement a-t-il été un bien? Les Bulgares ne sont plus massacrés par les Turcs, et c'est parfait; mais ils se sont alliés à leurs anciens massacreurs pour massacrer à leur tour. Virtuoses de la trahison et de la mauvaise foi internationale, ils constituent, pour la paix, une menace permanente. On les a affranchis du Turc, pour les soumettre à un prince allemand. Quel avantage 1 On avait vu en eiix les futurs gendarmes de l'Europe, préposés au maintien de l'ordre dans les Balkans ! Parce qu'une population a été massacrée et persécutée pendant des 'siècles, parce que ses hommes ont été réduits en esclavage et ses femmes dans une situation encore pire, elle a droit à notre pilié : il n'en résuite aucunement, comme on a eu tort do le croire, qu'elle ait droit à l'indépendance, réservée aux nationalités majeures, mûres pour la liberté et dignes de conduire elles-mêmes leurs destinées.

L'excès des malheurs des Bulgares leur cré»nit une sorte de caractère sncré; ils étaient malheureux, on les a crus vertueux. Ainsi s'est formée l'image d'une Bulgarie idéale, qui a masciuo la Bulgarie réelle, non seuleraenl pour les idéalistes cl les philaulliropes,àla suite de Victor Hugo et de Garibaldi, mais encore pour les di-

plomates et les hommes d'État, à la suite de Gladstone. Nous avons longtemps vécu sous Témotion des récils des Bulgarian atrocities et, parce que les femmes roumélioles étaient systématiquement outragées par les pachas, nous avons attribué à la Bulgarie les sentiments d'un honnête homme insulté. Les erreurs bulgares sont dues à ces erreurs de sentiment, à l'idéologie dédaigneuse des faits, au dogmatisme ignorant des réalités. En ces matières où se trouve engagé le sort de la démocratie française, évitons le romantisme et les illusions décevantes du sentiment*.

Depuis 1848 régnait, dans certains milieux français, une sorte d'enthousiasme pour la Hongrie, entretenu par la courtoisie amicale que nos compatriotes rencontraient dans ce pays. On en Testait aux sentiments indiqués dans ces vers — médiocres — des Châtiments :

On mangeait un douteux lapin Et Ton buvait à la Hongrie; * On ne peut pas vivre sans pain,

On ne peut pas non plus vivre sans la patrie I

Les Hongrois sedisaient alors opprimés par François- Joseph, qui appela les Russes à son secours. Les Magyars, une fois soumis, ont repris leur rôle de bourreaux des Roumains de Transylvanie, et leur union avec leurs anciens oppresseurs paraît plus intime que jamais - 1

Il est des doctrinaires qui ne parlent de rien moins que de supprimer la diplomatie ancienne et de lui substituer partout l'application systématique du principe démocratique. Quelle formule profondément illusoire et creuse lorsqu'on la confronte avec la complexité infinie des problèmes pratiques ! Il y a des groupes ethniques qui ont des aspirations vers le droit démocratique et qui ne sont pas majeurs pour en avoir l'exercice.

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