‹ Démoctatie, et politique étrangère;Chapitre 125 sur 137 · Gazelle de Francforl, 11 août · texte numérisé non relu

Gazelle de Francforl, 11 août

S. JalM Deedrée, ie Pmnùipe de» Sationcâiiéê el ia Bel§i^e {Grande Revue, mai 1916).

de commerce des tropiques que d*une seule manière : en les mellant sous la protection de Tempire allemand... Qu'est-ce que la Hollande sans ses colonies des tropiques? un négociant en marchandises coloniales sans marchandises... Pour ne pas devenir pareil objet de risée, il faut que la Hollande se rattSiche à Tempire allemand... Par Tentrée de la Belgique dans Tempire allemand, la frontière qu'il avait sur TEscaut du temps de Charles-Quint serait à peu près reconstituée *. » Quant à la Suisse, elle sera aussi invitée à se joindre au Kulturbund de l'Europe centrale et cela pour des motifs de moralité : « Le peuple allemand est volé chaque année de nombreux millions par des chevaliers d'industrie suisses qui s'affublent de titres imaginaires, attirent à eux les malades par des annonces, et leur expédient des médicaments et des conseils médicaux à des prix décuples de ceux qu'on paie en Allemagne. » Ce livre, publié en 191 1, eut un grand retentissement à Tinlérieur de Tempire. 'A .rextérieur, on haussait les épaules : on se gaussait de la carte de l'empire allemand en Tan 2000. On n'attachait, aucune importance à dos œuvres pareilles que Ton considérait comme des manifestations isolées de quelques exaltés. On croyait que ces ouvrages, qui se publiaient par douzaines, allaient à l'encontre des vues du gouvernement. En réalité, ils traduisaient ses pensées secrètes : ils faisaient œuvre d'avant-garde. Suivant une image familière aux Allemands, toute cette littérature projetait sa lumière en avant. L'idéal réactionnaire de l'Allemagne prussiauisée est d'établir entre les nations une hiérarchie d'après leur force matérielle, d'après leur puissance d'expansion,mesurée notamment d'après l'espace occupé. La Prusse voudrait imposer au monde une organisation internationale basée sur le même esprit que sa légi.sIation intérieure, qui établit entre les individus une hiérarchie basée sur la fortune. Ni les États, ni les individus ne naissent, d'après ces doctrines,

1. « L'absorption par TAIlemHgne, écrit de son côté laFrankfurler Zeitung (23 mai 1915), serait ce qui pourrait arriver de moins dur aux Hollandais. »

l'égalité des états 606-

égaux en droits. Les petits États doivent élre absorbés par les auti^s. Les Élals moyens doivent obéir aux États supérieurs. Or l'État supérieur par excellence, c'est rAllemagne ; c'est l'Allemagne qui est au sommet de la hiérarchie. Par conséquent l'Europe et le monde doivent lui obéir. Elfe croit que sa destinée suprême est de dominer le monde, entourée d'humbles voisins subordonnés, vivant par la seule tolérance des autocrates de Berlin.

A propos de la Serbie et de la Belgique s'est manifestée l'opposition irréductible des deux conceptions de la politique étrangère : les Allemands auront beau avancer des affirmations et solliciter les actes, dénaturer les événements, ils ne pourront pas détruire ce fait que, en coAformité avec leurs principes, les puissances libérales de l'Occident luttent pour la liberté et l'égalité des nations.

En fait, l'égalité juridique des nations, avec sa principale conséquence, le droit à l'existence des petits États, sera garantie parle triomphedeTEntenlesurles empires du Centre. Mais les petits États ont aussi le droit de se préoccuper de leur avenir. La garantie de leur libre existence sera un des problèmes capitaux de la réorganisation de l'Europe. C'est une des plus graves répercussions des crimes allemands qu'ils cJnl détruit la confiance dans le respect des traités : on comprend qu'après l'expérience d'août 1914 un petit État ne voie pas une garantie suf&sante de son existence. dans les sacrifices de sa souveraineté que suppose l'état de neutralité perpétuelle.

CHAPltRE IM LA SOLIDARITÉ DES HATIONS

LA SAi:<T£-ALLlA.MCE DES PEUPLES LIBRES

SOMMAIRE

L'idéal démocratique : une société de nations libres Bt égales entre eHea», îie rec^nnarssanl cTatitre souv^eraitteté <4oe<ûelle du tlroi-t... Les ot)staclo$ à la réalisation -de cet idéal : i*le militarisme aiiemai>d; 2M étatrudimenlaire du droit international; 3« le développement iniïo'fflsatrt de la ctmflrciemce aniversefle. -- Per*?pective$ d'avenir oarerled par redlréeen guerre des États- Uuis e4, par les messages mémorables du p^'ésident Wilson.

L'œavre de demain : îa Société des nations.

i/œuvre d'aujourd'hoi : la Sa in te- Alliance des ipam^ee tibres.

L'idéal démocratique eondamne toute autoriié qpii n'est pas fondée sur la raison e^t sur 4e consanieifteiit de$ intéi'essés; il répudie pa/r conséquent tout pouvoir exercé sur un homme ou sur un groupe d^hommes au nom de la seule force; il s'achemine donc, par un développement naturel, vers la condamnation de la violence dans les rapports internationaux, et aspire à rétablissement d'un état de droit qui régirait les puissances, leur soumission, consentie par elles, à des Jois internationales interprétées par un pouvoir judiciaire international, par un tribunal — car toute affaire peut être obscurcie dans une conversation diplomatique, — sanctionnées par une autorité internationale : celte autorilé serait fondée sur le consentement des États, appuierait

lA SÔLIIU!HITé BBS DATIONS 307

«an aediiofi sur r-tssendmcnit ée la conscienoe uaiverâelle, serait, à ce double litre^ ba»ée sûr le princifie -démocratique. Ce n'esl qu^e 'ëffnrs «ne organisation pareUfe de la sociéM bvimaine qii<e se réalisera TédrtalUemenl illégalité juridiqwe «des naitioas. Em d'autres tannes, les priocipes «dénocrtfttqiueB ramèDent ii ces ^aëreptioQS oommunémeail icofinoeB sous le «nm de proijcis 6t paix perpéiuetle, et cbnt les plas célèbres -aortl oenx 4e Ueari iV^ de labbé de Saint-Pierre, eoilm «oeittd die IKant dont le président Wilsoa semble s'être ^redecnent ûospiré dans sum tncssaj^ netenitissant mx ^énat sur les oondidons de la paÎK ^ .

Lïdéad -démocratique suppose lavènefnetii de la juslice intematioiuale^ la suppressioa de la g^necrre e1, en ^ittendanl, la iiiailaiiiMi des araiements « graudemeat diëisirafolc poor faecroisseiaent dti bien^êtne «naiéivel «et a»oral de l'iuavnu&ité ' ». Meàs, si on 'se résoul é quitter les bailleurs idéolo^iqoues, où le jugement se conser<t^ inlraasigeant, ponar descendre dans la rx»»c plus modestie des faits, on ne tarde pas h sapercevoir <|ne Je devoir essentiel d^ iotis-ceux qon exeroeot une influence K|iiel- *ea»que siiir iVipioion publiqoe est de démontrer que

i. Vioir l\arb»ole de M.CèsarGliBbrun, Jievuede$ Oenx MomkB, 15 févrifir 1917,

2. Dans sa séance du 27 décembre lîHfi, le congères du |>arli socùiliste Tpanr^is .a a<k>pté i>n« réselulion darrs laq^eHe -an lisait:

a Mais la société des jiati^^ns,

Avec le respect des "traites internationaux qui en sera le principe,

Avec la suppression des dipioiiHU.ie6 secrètes qui «n se^a Ja condition,

Avec l'institcrtron de Taj-bitrage obligatoire qui en sera la rèigte^

^vec ]es sanctions iaternoUonales «fui -en serait ia garantie,

Avec lalimitation des armements qui en sera la conséquence.

Le pai*Ëi socialiirte sait que toat ce8a, qui constituera Torga- «isaiit» des nations entre eltes, ipoar ia paix arable, serait iASufflsani sans l'organisation Intécieure, chez chacune d'elles, 4'un régime de démocratie politique prolongé en démocratie <écoaoimqiie.<»

La Ligue des droits de Phomme, dans son congpès de lBliS,.a adopté des conclusions analogues sur le rapport du professeur Ciabriel Séailles ; de même, le congrès des syndicats ouvriers <hi ^èpai^eiaeift de la Seirre, dans sa séance *u 4 mai 1-916.

l'humanité n'est pas encore parvenue à la veille de la réalisation de cet idéal.

L'établissement d'une société juridique des nations suppose en effet des ententes, des conventions, des traités que les Étals signataires se considèrent comme tenus d'honneur de respecter. Or, les empires centraux, qui dans leur politique intérieure et extérieure représentent les principes antidémocratiques, viennent de démontrer, par leur détestable exemple, qu'il y aurait, de la part d'un Étal, une imprudence criminelle à fonder sa sécurilé sur des signatures. L'Allemagne a violé les traités qu'elle avait signés avant la guerre : trailés (du 19 avril i83i> et du 11 mai 1867) par lesquels la Prusse garantissait la neutralité de la Belgique et du Luxembourg; trailés divers, de Saint-Pétersbourg (11 décembre i8G8K de Genève (22 août 1864 et 6 juillet 1906), (le la Haye 'i8<|C) et 1907), qui prétendaient préserver quehjues parcelles d'humanité dans le déchaînement des horreiirsde la guerre, sur terre et sur mer...; elle a violé les engagements pris au cours de la guerre, tels que ceux qu'elle avait contractés envers les États- Unis au sujet de la guerre sous-marine. Inspirée par elle, la Grèce de Conslanlin s'est refusée à acconiplir les obligations de son traité d'alliance avec la Serbie... L'Allemagne construit la théorie philosophique de ces violations de la parole donnée : ses plus hautes autorités politiques, le chancelier à la tribune du Reichstag, ses juristes les plus renommés démontrent qu'il n'y a qu'un seul droit: c'est celui qui est défini par l'intérêt immédiat de l'Allemagne. La signature de la France se trouvera sans doute à côté de la signature de l'Allemagne au bas du futur traité de paix : mais on saura que ce traité fixe un étal de choses essentiellement instable qui ne durera que jusqu'au jour où l'Allemagne aura le désir d'un changement et la force de l'imposer. C'est un des résultats les plus graves des crimes allemands qu'ils ont ruiné la croyance à la bonne foi internationale ^

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