‹ Démoctatie, et politique étrangère;Chapitre 20 sur 137 · PrécU de$ guerres de Frédéric If » ch. ix · texte numérisé non relu

PrécU de$ guerres de Frédéric If » ch. ix

^ OÉMOCRATIB ET DIPLOMATIE

ffionarchies machinées contre la France révolnlionnaire «l nft{K>iéonienne, coalitions bicarrées, mal coasues, incessamment déehirées par ia divergence des iotérêis dynastiques? An cours de dix années, le second Pitt dut former contre la France trois coalitions avec la Hollande, la Russie, rAntriche et la Prusse. Toutes échouèrent. Ce ne fut qu'après sa mort et aussi après Moscou que fut formée la quatrième coalition, qui devait être victorieuse. La vérité, au point de vue de la coordination internationale, c'est qu'il n'y a jamais eu une alliance continentale de monarchies très autoritaires plus étroite que la Çuadruple-Enlente.

Ce qui a fait, pendant un certain temps, la force de la coalition que nous avons en ce moment à combattre^ c'est d'abord qu'elle a eu un chef qui s est imposé à elle par l'énorme supériorité de ses forces sur celles de tous ses alliés réunis ; non seulement la puissance allemande dépasse celle de l'ensemble austro-hongrois^ turc et bulgare, mais encore c'est elle qui s'est vue contrainte de sauver c<»s « seconds w, plus ou moins brillants, mais chacun impuissant à se protéger luimême. Dans ces conditions, l'Allemagne commande et se croit autorisée à utiliser à son profil les forces de ses vassaux. Toutes les conférences entre nos ennemis ne peuvent être qu'une litanie où les représentants de François Joseph, de Ferdinand et de Mohammed répon- <lenl: Amen! à ce que dit le représentant de Guillaume 11. Une autre supériorité de la coalition, c'est <iu'elle a pu jouor de ses lijçnes intérieures.

Du côté de l'Enlenle au contraire, il y a eu des différences dans les degrés de préparation qui n'ont pas toujours permis une action combinée. Si, d'autre part, Ton considère tous les intérôls qui séparent les Alliés, toutes les rivalités anciennes et les préjugés invétérés qui divisaient la Russie, l'Angleterre, la France et l'Italie, on peut s'étonner que le lien qui les attache n'ait pas encore paru plus mou : dans l'Adriatique, il faut concilier les prétentions serbes, appuyées par la Russie, et les prétentions italiennes sur des terres dalmates encore aujourd'hui autrichiennes ; la Russie am-

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bitionne Constanltnople el les détroits \ mais la Roumanie aime mieax les voir détenvs par une Turquie agonisante que par une puissance jeune, ambitieuse, énergique ; ces ambitions russes barrent Tespoir d'une paix séparée avec la Turquie. En Macédoine et en Thrace, il faut mettre d accord les Serbes, les Roumains et les Russes; en Asie, il faut tenir compte des ambitions russes, italiennes, anglaises et françaises. Combien p<»sent peu les formes politiques internes en présence de ces compétitions d'intérî^ts ! El pourtant, au bloc discipliné des États autoritaires sous la féri/le allemande, les Alliés sont parvenus à opposer une union sacrée aussi compacte, union sacrée qui laisse à chaque puissance son indépendance et sa personnalité, où aucun chef ne substitue tyranniquement sa volonté et celledes autres allié;s, mais qui unifie en vue du but suprême les volontés diverses et concordantes de ces , alliés. Ici encore, nous pouvons craindre de manquer du recul de l'histoire et de nous laisser influencer par le sentiment patriotique ; mais enfin, celte formule féconde lancée par uu homme d'État français : « l'unité d'action sur Tunité de front », semble devoir une grande partie de sa réalisation au plus démocratique des gouvernements alliés: à celui de la France.

Je me garderai de retourner contre la monarchie la méthode employée par certains « historiens » au sujet <le la diplomatie démocratique. Autrement, quel ensemble impressionnant il serait facile de composer avec les erreurs de la diplomatie monarchique. L'histoire de ce second demi-siècle n'est-clle pas dominée par cette faute capitale des monarchies européennes qui s'abstinrent en 1870-71 d'empêcher le démembrement de la France? Il y aura toujours une France, disait-on. Oui, maisiln*y eutplusd'Europe. L'Angleterre «t la Russie, peut-être bientôt TAutriche, ne sont-elles pas appelées aujourd'hui à payer les conséquences de «ette abstention? On a opposé la diplomatie de la mo-

\j Ambition abandonnée par la Russie révolutionnaire.

narchie anglaise à la diplomatie démocralique : quel» mécomptes cependant elle eut à subir à Conslantinople 1 Et la diplomatie autocratique de la Russie a connu bien des déboires en Extrême-Orient. Parlerai-jede la diplomatie monarchique de TAllemagne ? Elle ne s& distingue pas seulement par sa brutalité, par. le cynisme avec lequel elle soutient, au vingtième siècle, la doc-^ trine barbare du droit fondé sur la longueur des dentsaiguisées et la force des crocs, par ses contradictionset ses mensonges, mais encore par le caractère colos-^ sal de ses erreurs ; elle a pensé qu'elle pouvait, avec de^ l'argent effrontément répandu, acheter la conscience des États-Unis, de l'Italie, de tous les neutres; elle a espéré que les Belges feraient la haie sur le passage de ses armées ; elle a escompté que l'Angleterre resterait témoin impassible de la violation de la neutralité belge ; elle a eu l'assurance que l'Italie se ferait sa complice ;. elle a été persuadée que la France, divisée et travaillée par la Révolution, n'opposerait pas de résistance à ses armées victorieuses. Nous avons fait grand bruit e» France autour des succès remportés parles diplomates allemands à Sofia et à Conslantinople ; mais nous ne devons pas oublier l'échec qu'a essuyé le plus illustre d'entre eux, M. de Bulovv, sur un théâtre autrement important, à Rome. Et que penser de la diplomatie allemande à l'égard des États-Unis? Des censeurs sévères, mais s'efforçant d'être impartiaux, ont déclaré qu'à certains moments, on aurait dit que la diplomatie des Alliés et celle des empires du Centre avaient engagé ua match à celle qui commettrait le [)lus de fautes; la supériorité est certainement restée aux coalisés quant aa nombre et à l'importance des parties perdues.

Je me garderai dussi de remonter dans le passé et de chercher dans l'histoire de la monarchie traditionnelle en France des enseignements cependant utiles. Tanger, Agadir, Algésiras, le traité franco-allemand et la cession d'une partie du Congo sont invoqués comme caractérisant la diplomatie républicaine. Oft oublie que ce ne sont là que les incidents passagers d'une longue opération dont le résultat final a été Tins-^

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lallation de la France au Maroc. On a prédit que la République perdrait ses colonies. Oublie-l-on que le traité le plus désastreux qui, dans cet ordre d'idées, ait -été subi par la France, a été signé par la monarchie, à Paris, le lo février 1768? Le cœur léger, la France aban- -donnait le Canada, la vallée deTOhio, la Belle-Rivière, :un des centres industriels les plus puissants du monde, ^< quelques arpents de neige », disait Voltaire; elle per- •dait THindoustan, des « déserts brûlés ». Ce n'est pas un jninistre de la République, mais bien de la monarchie, M. d'Argenson, qui déclarait qu'il donnerait toutes les «colonies « pour une tête d'épingle ». C'est Choiseul qui, au moment de signer le traité de Paris, prend le ion plaisant pour écrire à Voltaire : « Si vous comptiez «ur nous pour les fourrures -de cet hiver, je vous avertis que c'est en Angleterre qu'il faudra vous adresser. » C'est encore un ministre de la monarchie, Berhis, qui porte cette appréciation sur la France monarchique : ^ Il n'y a ni gouvernement, ni administration, ni armée *. » Les moyens de la monarchie sont mis en jeu : l'alliance espagnole, le pacte de famille a pour résultat ■de nous priver au profit de l'Espagne du dernier lambeau de notre patrimoine américain : la Louisiane. Ce n'est cependant pas d'après ces défaillances que nous Jugeons l'œuvre grandiose de la monarchie française ; Louis XV ne nous empêche pas de rendre justice à la ■« royauté magniBque » de Louis XIV. Nous demandons seulement la même justice pour l'ère démocratique. Pourquoi aller toujours aux extrêmes ? Pourquoi nous condamner à être soit des laudatores temporls acliy :Soit des apologistes aveugles et exclusifs du temps présent? Pourquoi exagérer les faux pas de l'histoire fran- 4;aise et en rendre responsable le régime politique qui n'a pas nos préférences ?

Nous voyons les verrues sur la figure démocratique ; ne nous hypnotisons pas suf elles. Nous vivons à une

1. « Nous n'avons ni généraux ni ministres.. .Je trouve celte phrase si bonne et si juste que je veux bien qu'on me com prenne dans cette catégorie, si Ton veut. « (Berni?, Mémo ires ^ i. Il, p. 162.)

fi» nénOGRATIE ET DIPLOMATIE

époque de rie grooillanie, dldées noiiTelks en genèse^ de passions en latle, peal-ètre de sociétés en formation, et c'est pourquoi ette est passionnéoient înléfe&santé; c'est pourquoi, aussi, il est difficile de n'élre que juste envers elle. Comparons le point de départ et le point d*arrivée. A peine maîtresse de ses destinées, la démocratie sXTorce de s'organiser à rintérieur, et là que de fautes, que d'erreurs, que de passions imprudemment déchaînées ! Mais aussi que d*obstacles sur la route, et quelle énormité de la lâche à accomplir 1 En même temps, à l'exlérieur, la République poursuit l'œuvre des régimes précédents ; « elle joue le même air en s'efTorçant de le mieux jouer ».

Je ne veux pas présenter ane apologie aveugle que je compléterais par un dénigrement systématique. Je m'efforcerai de montrer la vérité toute simple.

Voici le point de départ. Au lendemain de la chute d'un empire qui n'était pas, j'en conviens, une monarchie au sens traditionnel, la France est vaincue» diminuée, anémiée; elle est profondément divisée entre les factions et les partis ; elle sent encore les plaies de l'insurrection de la Commune; les conservateurs se combattent au nom de trois prétendants, les républicains ne savent quelle république ils vont se donner; Bismarck se mêle des élections à TAssemblée nationale et empêche Gambetta de déclarer inéligibles les anciens fonctionnaires de l'Empire I De celles des nations qui n'ont pour elle ni haine ni menace, la Finance obtient à peine une sympathie atlrislée et mélangée de quelque pitié. Cependant, le monde ne tarde pas a assister à ce spectacle non dépourvu de grandeur : sans la tutelle d'un monarque, la France se guérit de ses plaies, remet dans ses finances un équilibre que Bismarck pensait avoir délinitivement rompu par l'exigence d'une indemnité qu'il croyait écrasante, apporte son or aux emprunts de libération, débarrasse le territoire des derniers Allemands qui le souillaient, améliore son administration (loi du lo août 1871 sur les conseils généraux), réorganise son armée (loi militaire du 27 juillet 1872). En môme temps, elle rélablil son organisme éco-

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iiomiqae, dont la vitalité s'affirme par les expositions ODivei'sellefi cl par Les plaits grandioses de travaux publies (plati Frejcinet).

Par celle œuvre de recoDstitoiion énergique et patiente, la France ne tarde pas à s'imposer (le nouveaiA à la coDsidéralion du monde; d'autre pari, scm gésie n'a pas tardé à remettre ses moyens d'action è la hauteur du rôile que ses traditisaDâ l'appellent à jouer. Et c'est alors qu'elle peut a atteler à rcenvre grandiose qui res»tera Thonneur de sa diploiftatiei l'affranehisseHkeftt et ka reconstitutioii de l'Europe, en présettee du panger- Maoïsme roenaçajil.

Ooe la Hépublique se sok chargée des destinées dir f9sysr att moment oh il se trouvait plongé par ta défaite daas UB isoitemeot profond, c'esi ua preekier £ail qu'on me peut discuter. Q^s'elle ait pu d^aukre pftrt, quâjranle ans après, opposer à Tagrefisioii aUemaode un faisceaia d'ailiancea plus cooqiactet plus solide que les plus op timsles a'aurakat osé l'espérer, c'est encore un autre f«îi évident, dèliivre du hasard!: riposteront pcut-êire^ caax qiue les préveotions nettent à Vabëi de teiu&:> lesargumeitts. Mais putsqu on veut infliger aiu régime im resfKiDsabilit des éefaecs, qu'en Itri laisse au oKiinâ te mérite des succès. Autrement, eai s'assure uue martingafe assex peu boottête qoi pervuA de gagner à tout coup» Puirr mpi, je n'emploie pas la miétkiede que jje eriiiqiue; je ne dis pas qu'au p€Knt de vue de la politique extérieure, la monarchie aurait fait plus mal; j'afQriue. seulenent qu'il hà était diliieile de faire mijevn. le ne nie pea ks défailtauees, les erreurs et tes fautes; il j en a dans toute œuivre humaine, souatout rérgime politique ; je dis seulemeiat qu'eUcs ne détruisent pas rcmité de Foenvre,. et que cette unité- ne peuit s'expliquer que par une volonté persLsiaBte et réfléchie. Que cette uaibé résuRe d'un instinct natiouial profond, c'est possible; il me suffirait à la rigueur de constater que le régime n'ap'as gêné les manifestations de cet instinct. Mais on est encore en droi^t d'e voir dans la réalisation persévérante et patiente d'un plair grandiose et d'ailleurs difficile à réaliser, en dépit des changements.

de politique intérieure et des modifications du personnel ^ouvernernenlul, une manirestation de la solidité de notre ossature diplomatique, de ce personnel d'ambas- :5adeurs, de ministres et de « commis » dont nous aurons bientôt à parler.

Il s'agissait de rétablir, par la constitution de groupes -symétriques de puissances, Téquilibre rompu en 1670 par la tentative d'hégémonie allemande ; il fallait satisfaire le besoin de stabilité de la matière internationale, •et assurer la paix par l'équilibre .

Cette politique de la paix par l'équilibre, ainsi reprise par la troisième République, c'est la politique u qui a fait la France, celle qu'avaient pratiquée, aux jours les plus glorieux de notre histoire, les ouvriers immortels <le notre puissance et de notre unité, les Henri IV, les Richelieu, les Mazarin; qui ne souffrait point qu'un État fût assez puissant pour opprimer les autres, et qui, en brisant le cercle de fer de la monarchie universelle, en maintenant l'équilibre entre les nations, avait sauvé, avec la grandeur française, l'indépendance de l'Europe et la liberté de l'esprit humain * ». C'est celte politique qu'a reprise Louis XVIII. qu'en i85o Tocqueville, en 1866 Drouyn de Lhuys conseillaient à Louis-Napoléon, puis à Napoléon IIÏ. C'est le fond des discours diplomatiques de Thiers sous le second Empire; c'était l'opinion de Gambetta, un des plus fermes partisans de •l'alliance anglaise. La politique française est une à travers les régimes.

Ce long travail de reconstitution de l'Europe, qui n'a abouti qu'en 1907, a débuté par l'alliance russe. Sur ce point spécial, la démocratie républicaine a repris une tradition de la monarchie légitime de la Restauration, malheureusement interrompue par le régime césarien : MM. de Freycinet et Ribot ont été les continuateurs du •duc de Richelieu-, de Chateaubriand, de Polignac, qui -put faire l'expédition d'Alger parce qu'il se sentait

1. Paul Deschanel, Discours de réceplion à r Académie française, 1900 ; du même, Talleyrand au Congrès de Vienne, 1881 ; Lettre aux instituteurs, dans Manuel ginéral de Pinstruclion primaire, 1916.

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appuyé par la Russie contre les jalousies anglaises. Facilitée par la politique tortueuse d'assurances et de -contre-assurances pratiquée par Bismarck, et qui a eu pour résultat d'éloigner la Russie de TAllemagne, Tailiance russe est Toeuvre anonyme de toute la diplomatie républicaine, sur l'espace de près d'un demi-siècle : en 1875, elle s'esquisse : Bismarck projette de parachever Técrascment de la France qui se relève plus rapidement qu'il ne Tavait cruTnous sortons sains et saufs de la chaude alerte, grâce à l'intervention du tsar; en 1878, la Russie et la France combinent leur action au traité de Berlin; en 1891, Talliance est formellement conclue. Dans la suite, elle se confirme, se développe, se précise, produit ses effets. Le mariage de raison se consolide dans le sentiment.

Cette heureuse sortie du cercle de solitude où Bismarck avait prétendu l'enfermer n'était cependant pas pour la diplomatie française le résultat le plus difficile à obtenir. Les obstacles les plus considérables devaient commencer lorsqu'il s'agirait d'en développer les conséquences en obtenant de nouveaux concours. La simple constatation des faits historiques ne peut rien enlever de sa solidité à une alliance profondément scellée dans le sang comme notre alliance avec TAngleterre, une alliîince d'inCérôts confirmée par le sentiment et une admiration réciproque. Dans ces conditions, il n'y a aucun inconvénient à constater que, depuis des siècles, la guerre est Tétat normal des relations entre la France et l'Angleterre ^ Ce n'est point certes, sans cesse, le conflit des armes, mais ce sont des défiances perpétuelles, des luttes à coups d'épingle, une paix incertaine et précaire empoisonnée de rancunes. L'Angleterre a vu notre installation en Algérie du même œil que l'Allemagne a vu notre installation au Maroc; elle a manifesté de la mauvaise humeur au sujet de notre installation en Tunisie, de l'irritation à propos des pro-

1. V. sur ce point le beau livre de M. Tardieu, la France el les Alliances, 3* édit., 1910, p. 43, et la très remarquable vue d'ensemble donnée par M. l'ambassadeur Gérard dans le volume «n collaboration : Un demi-siècle de civilisation française^ 1916.

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grès â&Sayargnan de Brazza, de la colère à rôccasiow rfe l'expédition du cofonel Marchand; iï n*esl pas âb point du monde où la France ne se soit heurtée à .des difficultés avec TAngleterre : à Terre-Neuve, à Zan- • zrbar, à Madagascar, an Sîara, au Maroc. Ce sont ces reFations que fa diplomatie de la troisième République a transformées en une allrance étroite dont nous avoirs recueilli les premiers bénéfices diplomatiques à Algésrras *, dont nous touchons aujourd'hui les dividendes militaires. J'entends bien qu'un des principaux artisan» . de « l'Entente cordiale » a été la crainte de TAlIemagne elle-même, de ses ambitions maritimes, commerciales et coloniales. Les diplomates ne créent pas les événements. Nous leur demandons seulement de les comprendre et d'y adapter leur aclion. L'alliance anglaise s'est si peu faite toute seule que les hommes d'État qui engagèrent la France dans cette voie se heurtèrent à une opposition très vive et même à des campagnes injurieuses de la part de certains qui prétendaient parlei* au nom du patriotisme, des traditions et de l'honneur français. Bref; le Savinl igo^, la conclusion de l'Entente cordiale permettait d'opposer aux ambitions allemandes, appuyées sur la Triple-Alliance, le bloc impressionnant de.Ia Triple-Entente. L'ère des difficultés n'était d'ailleurs pas close pour la diplomatie française; les froissements d^rntéréls étaient aussi nombreux dans les relations anglo-russes que dans les relations anglofrançarses; et ils s'aggravaient et se compliquaient de malenb'ndus et de préjugés dus surloat à Tignorance au sujt^t des conceptions politiques et morales. Ce n'éiail donc pas un jeu facile pônr la France que de pratiquer à la fois l'alliance russe et l'amitié anglaise. Il esl i'jcilede croire que la diplomaiie française a dû amor ir bien des chocs et aider un rapprochement des deux Jurandes puissances.

L'œ.ixrede la sécurité française devait se parfaire

1. -Il Apihur Nlcholson dit le 23 jainiei à M. de Radowiiz : «« M < l «que est trop étroitement lioe à celle de la Krauce pou: , .. ^e puisse môme me faire vis-à-vi-. j'elle le truchement de v>> > ;>. ^positions. »

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par rétablissement des relations conflanies avec TEspagne, mais surtout par la reprise des relations amicales avec riUJie» qui est un des plus précieux et des plus honorables succès 4e la diplomatie républicaine. Je sais bien que la broiudle funeste, qui avait momentaaéineiU séparé les deux grandes nations latines, était Tœuvre de quelques politiciens qui avaient agi à rencontre du sentiment italiea. Je sais qu'en dehors de la diplomatie, la réconciliation fut pi'éparée par le labeur de quelques personnalités conscientes des destinées de la race latine, et qui, des deux côtés des Alpes, réveillèrent le sentiment national qui se trouve finalement le véritable auteur du rapprochement. Tous eea éléinents ne doivent pas nous empêcher de rendre justice aux efforts persévérants de notre gouvernement, et ajiSBÎ À Tinfluence active de notre ambassadeur*. M. Bar* rère, qui préparèrent les manifestatioas extérieures et organisèrent les résultats de la réconciliation : traité de commerce, visite de l'escadre, visite à Paris du roi ei de la reâne, visite à Rome du président Loubet. C'est à cette occasion que M. de Bulow dit plusamment que riialie allait faire un u tour de valse » avec un séduismU danseur, et que l'Allemagne, bon mari, n'avait pas k s'en formaliser. Le tour de valse a mal fini pour le mari, puisqae l'Italie mène aujourd'hui» aux côtés de la France^ la grande lutte pour le droit.

Il restait à la France, pour achever de remplir le devoir quel'histoire lui traçait, à acquérir des garanties complémentaires de sa sécurité en s'alliant avec les alliés de ses alliés, et d'autre part en eoUaborantà rétablissement de la concorde entre ses alliés : ce fut l'objet de l'entente franco-japonaise (lo juin 1907), conclue avec Tagrément de la Russie, qui prépara l'accord russojaponais (3o juillet 1907) aux couséquences heureuses et qui se compléta par les arrangements a^siaiiques russoanglais (3i août 1907).

Ainsi la France a reconquis sa liberté, et elle a restitué en môme temps la liberté de l'Europe. Que cette œuvre n'ait pas été du goût de rAllemagne, il fallait bien s'y attendre^ puisque c'était de sa menace qu'on

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entendait s^aiïranchir. On ne pouvait lui demander de collaborer à une œuvre qui avait pour but de rendre moins redoutables les cliquetis de sabre dans les Vosges, ou les hochements du casque impérial. C'est alors que M. de Bethmann-Hollweg osa prétendre que, puisqu'on voulait se libérer de la domination de l'Allemagne, on l'isolait, et que l'équilibre était dirigé contre r Allemagne. Il n'était pas dirigé contre TAliemagne, puisqu'elle conservait toute sa force, son prestigef ses alliances, ses terres, ses colonies. Il n'est pas contestable qu'il paralysait, par la résurrection du droit européen, Tomnipotence que TAllemagne prétendait exer- . cer, Inde irœ.

C'est alors que, principalement de 190/1 à 1911, la diplomatie française eut à déjouer les embûches que la diplomatie allemande accumula contre l'équilibre reconstitué. L'Allemagne rue sur la Triple-Entente qui freine ses ambitions despotiques. Par le Maroc, elle espère brouiller la France avec la Russie, ei surtout avec l'Angleterre; par les Balkans, elle compte séparer la Russie de l'Angleterre et de la France. Elle peut marquer quelques avantages locaux (acquisition du Con^o, annexion de la Bosnie, installation du prince de Wied en Albanie) ; mais, dans l'ensemble, échec général. Non seulement la Triple^Enlente survit, mais sort fortifiée de ces épreuves. La maîtrise allemande n'est pas reconquise. « Notre diplomatie a été aveugle », gémit le Ilannoversche Karier. « La diplomatie allemande s'est rendue désagréable à tQut le monde », est obligée de constater la Frankjurter Zeiiung.

Se sentant définitivement vaincue par la diplomatie française, l'Allemagne décide, quoi qu'il doive en coûter au monde et à elle-même, d'avoir sa revanche sanglante. Dès 1911, elle décide la guerre et presque ouvertement la prépare. Alors que nous aA-^ons réduit leteraps du service militaire dans l'armée active (igoS) et dans les réserves (1908), l'Allemagne vote coup sur coup les trois lois militaires de 1911, 1912 et 1918, s'imposanl ainsi une première mise de fonds de 1 milliard de marks et une dépense annuelle de 5oo millions,

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charges qu'elle ne pourra pas longtemps supporter et dont elle sera obligée de demander à la guerre une rapide conlre-parlie. Il s'agit de trouver le prétexte.

On ne comptait plus les sacrifîces que la France avait consentis à la paix du monde : elle a soumis à la conférence d'Algésiras sa politique marocaine, et n'a pas eu à le regretter, puisque finalement elle en est sortie diplomatiquement victorieuse de TAllemagne cl avec ravantage de Tamitié anglaise consolidée; en "1909, elle ne s'est pas opposée à l'annexion de la Bosnie-Herzégovine, dont le traité de Berlin avait confié Tadministration à TAutriche-Hongrie ; en 1911, elle consent à TAllemagne la cession d'une partie du Congo, afin de délivrer notre protectorat du Maroc de toute prétention allemande. Ce n'est pas du côté de la France que l'Allemagne peut trouver le prétexte pour déchaîner le grand conflit; c'est alors qu'elle se tourne vers les Balkans. Malheureusement pour elle, la situation diplomatique est totalement difl'érente de ce qu'elle était au début de la troisième République. Grûce à son travail persf^vérant de quarante années, grAce à une tension persistante de sa volonté, grAce à Vanité et à la continuité de vues qui se dégagent avec évidence de l'ensemble des événements, la France, appuyée sur un faisceau d'alliances plus formidable que les espoirs les plus chimériques n'auraient permis de le concevoir, peut subir sans succomber le choc effroyable depuis longtemps prémédité. « Puisque nous devions avoir la guerre, dit très sagement M. Francis (Miarmes, ou n'aurait pas imaginé, même en rôve, que les choses pussent se passer mieux. »

On a pu admirer la persévérance avec laquelle s'est affirmée pendant un demi-siècle la volonté de régner de l'Allemagne monarchique. Nous n'y contredisons pas, à la condition toutefois qu'on rende le même tribut d'hommages à la persévérance avec laquelle la France démocratique a opposé, à cette volonté de règne, sa volonté de liberté.

En poursuivant son œuvre de sécurité, la diplomatie de la République ne négligeait pas la grandeur de la

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France. Avec mie égale persévéramce, cWc est arrÎTée à reconstituer un empire coionial airssi rasle et aussi beau que celui qui avait été perdu par le néfaste irarié <l3 1763. La République a ajouté 3.548.000 mifles carrés aux 1.^83.000 qu'elle avait hérités des régimes précédents, en ajoulant 32.885.ooo indigènes atrx i3.B63.ooo qoe la France avait déjà sous sa souveraineté. — Aux débuts, notre politique calouiale ne fui pas vue d'im mauvais œil par Bismarck ; d'abord, parce que le premier chancelier, préoccupé d'organiser TEmpire et de « rendre la maison habitable », ne voulait pas se lancer dans une politique mondiale; ensuite, parce qu'A <3scomptait que la politique coloniale était susc&ptible de détourner la France de l'idée de ^e^'Bnche et de la brouiller avec l'Angleterre. Ce ne fut que lorsque rAllemagnc se fut lancée elle-même dans la politique coloniale, et que d'autre part la France aboutit à la constitution d'un empire trop beau, notamment par Tachèvement de ce magnifique domaine de l'Afrique du Nord, par la conquête du Maroc, en dépit du geste offensif de Guillaume II à Tanger, que les jalousies allemandes s'éveillèrent. D'autre part, nos difficultés coloniales avec l'An^j^leterre ne produisirent pas la brouille espérée par l'Allemagne et se fondirent dans un accord qui fut le prélude de l'Entente cordiale. Loin d'être pour nousVinipedinientam qu'avait escompté Bismarck, notre empire colonial a entretenu la vigueur de nos soldats, a accru nos facultés, multiplié nos richesses. — La guerre nous a permis de toucher les précieux dividendes de ce superbe effort colonial : sur leurs finances à peine naissantes, nos colonies ont apporté 600 million^s aux emprunts patriotiques. Leur production, qui complète la nôtre, nous a été d'un concours précieux ainsi qulà nos alliés. L'Afrique du Nord a exporté plus d'un million de tonnes de céréales en France, en Angleterre, en Italie ; l'Indo-Chine nous a envoyé près d'un demimillion de tonnes de riz; l'Algérie, l'Afrique occidentale, Madagascar nous ont envoyé des moutons par millions et des bœufs par centaines de milliers ; le Maroc iiDusa fourni des multitudes d*œufs ; Saint-Pierre et

L*APTITUDE 0J3 JLA DÉMOCEATIE A lA DIPLOMATIE 7J

MiqueloD oui dcmné leur pxûsson aalé ; lefi ÀniUli&s et 1a Réunion, le sucre ; l'Algérie, le yisx; de tousles coinB de EOtre «mpire colonial ont afflué les laines^ i^B alcools, les .cafés, les minerais^ les jcélaux. Nous n'avons pas connu, grâce à nos richesses africaines en arachides et en palme, les anxiétés qui étreignent i'Allemagive au sujet de Jq disette des oléagineux. — Ce n'«st cependant pas seulement par leuris richesses >matérieUes que nos colonies ont complété Tœuvre dee alliances pour la défense du droit de TEurope. Les égoïstes et cruelles méthodes de TAUemagne soulèvent contre elle la haine des nouveaux sujets exploités. Au contraire, les méthodes humaines et civilisatrices de k France, son respect des droits, des croyances, des traditions et des intérêts des indigènes, ses efforts pour les lier à nous non par la crainte, mais par les bienfaits de noti*e civilisation, lui valent rattachement des races et des populations placées sous sa loi. Aussi, est-ce en vain que, sur ces « terres françaises », Guillaume II, déguisé en Mohammed Iladji Guilioun, a essayé de faire agiter Téleodard vert de la guerre sainte. Tout le résultat qu'il a obtenu, c'est l'escapade du petit roi de Hué, parti avec quatre eunuques et repris par quatre «oldals. Sur aucun point de notre vaste empire colonial, le peuple n'a bougé. Ou plutôt si, il a bougé, mais dans le sens inverse de celui qu'avaienf, espéré nos ennemis. Il est venu à l'aide de la métropole ; des milliers d'Africains du Nord et d'Annamites, ouvriers d'élite, travaillent dans nos usines de guerre; d'autras Annamites rendent de précieux services comme iafia*miers; le Génie el l'Intendance occupent des Malgaches; des Néo-Calédoniens sont employés comme mineurs et métallurgistes, des Sénégalais, comme chauffeurs de navires, des Kabyles comme ouvriers agricoles. — Mais surtout, de toutes nos colonies d'Afrique, d'Asie et du Nouveau Monde, les indigcuies de toutes couleurs, Sénégalais, Tonkinois, Soudanais, Arabes, se jBont élancés à nos côtés par centaines de milliers pour combattre, avec toute leur ardeur guerrière, les « hommes qui parlent avec la main gauche ».

Que sî, d'ailleurs, malgré ces résultats, le principe de la politique coloniale conservait encore des adversaires, il est cependant impossible de continuer à méconnaître la force de la volonté démocratique qui s'est manifestée dans la constitution de notre empire colonial.

Être remontée du fond de l'abîme où l'avait jetée Sedan, avoir réussi à grouper autour de la France TAnglelerre, la Russie, l'Italie, avoir plus que triplé notre empire colonial, ce sont des résultais qui ne sont pas venus d'eux-mêmes et qui suffiront à défendre la République contre les lamentations des partisans du bon vieux temps, contre la critique acrimonieuse et systématique de la gestion des affaires extérieures de la France.

En poursuivant la sauvegarde de sa sécurité cl de ses intérêts de grand État, la France républicaine n'oubliait pas ses devoirs de nation civilisatrice, idéaliste et généreuse. C'est môme par Taccomplissement d'une partie de celle mission qu'elle reprit son rôle diplomatique dans les congrès de l'Europe. C'était en 1878, c'est-à-dire Tannée même où elle manifestait par l'Exposition universelle son impérissable vitalité. Elle avait été invitée au congrès qui devait se tenir à Berlin pour régler la situation nouvelle créée dans les Balkans par la guerre entre la Russie et la Sublime Forte et par les préliminaires de San-Stefano, qui venaient de suspendre les hostilités. Après quelques hésitations, elle accepta d'y participer, elle rôle qu'elle se proposait de remplir était ainsi défini à l'avance par notre ministre des Affaires étrangères, M. Waddington, dans sa lettre à M. de Hohenlohe : a La France ira au Congrès..., avec un sentiment profond du Droit public de l'Europe. En y allant, elle se souviendra aussi qu'il y a d'autres chrétiens que les Bulgares dans la péninsule des Balkans, qu'il y a d'autres races qui méritent au même degré l'intérêt de l'Europe ^ » La France n'eut pas à se

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