‹ Démoctatie, et politique étrangère;Chapitre 22 sur 137 · Âlgéêirùty p · texte numérisé non relu

Âlgéêirùty p

l'aptitude de I.A oéMOCRATIB A t.A DIPLOMATIE . 76

agents maritimes, des pharreaciens. Si \ons montez vers i'iiïlérieur) vous reiK5ontrereE des jeunes gens venus d'Auvergne ave«c un maigre capital pour s'essayer à rélevftge. Voos vendez aussi cJes instituteurs reiraiiés ^ni s'efforcent de faire pénétrer la langue française èmks ce milieu cosmopolite; des médecins qui, pour accomplir leur tâche seoourabie, vivent dans les pires conditions de confort. Et tous to«s diront que Toeuvre de réformes, dont la France a pris rinitiative, -est indispensable à leurs afTaires, à leur bieo-Mre, è leur aécurilé. Toute cette colonie vivace et courageuse ne saurait être confondue avec les spéculateurs, que M. Jaurès, dans des dilTamations imprécises, n'a cessé de dénoncer comme les auteurs responsables de la crise marocaime^ »

Les questions ouvrières et sociales tiennent une place croissante dans les préoccupations de la diplomatie comme danç celles de la législation interne. La France a signé avec quelques pays voisins des conventions relatives à la réparation des dommages résultant des accidents du travail et au bénétice des assurances sociales. Elle a étudié le principe de Tapplication réciproque des législations ouvrières, sans oublier toutefois que notre importation de main-d'œuvre étant supérieure à notre exportation, ce principe pourrait créer un bénéfice certain pour certains pays contractants, sans la contre-partie à notre avantage*.

On a beaucoup reproché à notre diplomatie ses formes archaïques, sa technique démodée, ses procédés d'information surannés. Elle continue à appeler « dépèche » une lettre polie et repolie en plusieurs joui>s, <qai attend souvent plus d'une scmaiioe ie départ de la valise et qui arrive au bout d'un mois : « la Dépêche, par un grand D : ce qui ne doit pas s'entendre d'une simple dépêche télégraphique, leste et court vêtue, mais d'une lettre majestueuse aux vêtements flottants.

1. V. René Leclerc et Saurin, les Intérêh démocratiqaeê de la Fntoee mi Maroc {Builelin du Comité du M^roc, avril 1906).

2. Louis Mario» Rapport à la Chambre des députés, 22 décembre 1913, !!• 3Î18, p. 61.

aux phrases longues d'une aune. » On accuserait d'un peu plus notre diplomatie de croire qu'on voyage encore à cheval. Et celle terminologie désuète qui se complète par l'inscription effacée seulement depuis peu à notre quai d'Orsay : « Parlez au suisse », caractériserait notre diplomatie. — Je ne prétends pas nier l'évidence; il faut souhaiter de voir notre diplomatie moderniser ses méthodes ; on ne peut nier que nos commerçants n'ont pas toujours trouvé auprès de nos représentants à l'étranger, principalement de nos consuis, dont c'était le rôle, l'accueil, l'appui, le secours et le concours sur lequel ils étaient en droit de compter. Mais, ici encore, gardons-nous de grossir nos échecs. Notre diplomatie a dû subir la lourde hypothèque du traité de Francfort fart. XI) réservant à l'Allemagne le traitement de la nation la plus favorisée. Il ne faut cependant pas méconnaître la part importante qu'en dépit de cette entrave la France a prise aux affaires sur les poinls les plus divers du globe. En Italie, en Espagne, en Turquie, en Russie, dans les Balkans, dans rAmérique du Centre et du Sud, nos industriels et nos ingénieurs, par l'exécution de grands travaux, le creusement de ports, la construction de chemins de fer, l'exploitation des mines, se sont acquis une réputation des plus honorables tout en semant le bon renom de la France. — Faut-il parler de la solidité de notre crédit et de la puissance de nos organismes financiers? Avec celui de Londres, le marché de Paris est le grand régulateur du monde. On gémit sur rinfériorilé de l'activité commerciale de la France, et on la présente comme écrasante. On croit faire acte patriotique en réservant toute son admiration pour le commerce allemand. Or, c'est encore ici l'effet du préjugé et de l'ignorance. La somme globale du commerce extérieur de l'Allemagne est évidemment supérieure à la somme globale de celui de la France; mais il ne faut pas oublier que la population allemande est de 68 millions d'habitants (67.800.000), tandis que la France n'en compte que 40 millions (39.700.000). Si l'on tient compte de cette proportion, on ne tarde pas à arriver à cette conclusion ^

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bien faite pour surprendre ceux qui ont Thabitude de déprécier leur pays : l'égalité par tête du commerce allemand et du commerce français. Le chiffre total du commerce extérieur de la France à la veille de la guerre est de quinze milliards trois cents millions de francs, soit de 382 francs par léle. Le chiffre total du commerce extérieur de rAlleniagne est de vingt-cinq milliards sept cent sept millions de francs (en prenant le mark à 1 fr. 23), ce qui fait 378 francs par tête. Le commerce de la France est doue de 5 francs par tôte supérieur au commerce allemand. Sans doute nous n'exportons que 172 francs par tôle, tandis que l'Allemagne exporte 182, ce qui fait une «lifférence de 5,5o p. 100. Mais, dans les exportations allemandes, il y a par tête i3 francs de houille. Que peut la meilleure diplomatie contre une supériorité de richesse minière? En somme, on peut conclure que Taclivilé du commerce français était, avant la guerre, égale à celle du commerce allemand. Il n'y a pas là, conclut M. Yves Guyot, de quoi prendre Tattiludc d'écrasé que certains de nos compatriotes mettent leur vanité à nous donner ^

A l'heure où j'écris ces lignes, la diplomatie de la République française jouit, par exception, d'une « bonne presse ». C*est que les résultats qu'elle a obtenus sont trop évidents et trop récents pour être niés. Jusque vers l'automne de 19 15, à la remorque de ses alliées, l'Angleterre et la Russie, elle n'avait pas renoncé à la chimère de l'Union balkanique. Mais, lorsque M. Briand eut pris en main la responsabilité de la diriger, il eut le courage de changer ses batteries, d*adopler des mé* thodes nouvelles. Et par son énergie, sa ténacité, la fermeté de ses vues, il en vint peu à peu à exercer sur la diplomatie de tous les alliés une sorte de dictature de la persuasion. Sous son impulsion vigoureuse, la diplomatie française nous a conservé la neutralité diversement nuancée des nations étrangères au conflit et nolam«

1. Ces chiffres très intéressants sont fournis par M. Yves Ouyot, dans une étude reproduite par la revue les Amitiéê françaisei^ mars-juin 1915, p. 44.

ment la neutralité plutôt 8yiBpa4h4que des Ëlals^Ums;; elle a paralysé ThostiULé des milieiix geirmaEop)ûle& en Grèce, purgé ce pays des plus remuaals paruû lesagents de corroptian de rÂllemagne S et protégé noire corps expédilionnaire coatrela craiiile non chimériqua dun coup de poignard dans le dos; elle a rendu plus GOmpleLs et plus intimes les liens^ qu'avadl créé» entre TEntente etritalie k guerre de cett« nation contre l'Aurtricke; elle a réalisé Tunité d'action sur Tunité de front; elle a asAuré la oollabocaliom poliliq^iie des Alliés ; elle a créé l'impulsion coordinatrice de leurs eiTocts; elle a préparé Taprès-guerre, en organisant la proleclLoû: des intérêts collectifs contre les retours offeasifs de& appétits gern^aniques; enfiny elle a obtenu ce succès tangible de déclanicher Taction roumaine. Après des défaillances qui n'étaient peut-ôire pas toutes éritahiesy par sa volonté une, coordoniiée et continue, la diplomatie française a accompli toute sa tâche et préparé la victoire que les soldats remporteront.

Le sol de la France républicaine a eu le redoutable^ honneur d'être le théâtre des combats les plus formidables et les plus décisifs. C'est aussi dans sa capitale que se soort tenues lea caoCéi'ences qai ont créé entre les Alliés l'impulsion coordinatrice. 11 est à prévoir qu'après la victoire les fatalités géographiques, à défaut d'autres motifs, feront de Paris le centre des assises où s'élaboreront les garanties du droit public de l'Europe. — Est-il présomptueux de croire que, dès aujourd'hui, la France a le grand honneur d'être coBrsidérée, non seulement sur le terrain militaire, uaisencore sur le terrain diplomatique, comme l'ennemi principal du germanisme 7

La rapidité du rétablissement de notre pays au lendemain de 1870 a fait l'admiration et l'étonnement du.

1. C'est un représentaDt de la France, M. Jonnarl, qui a été dérîigné en 1917 pour purger la Grèce du premier des ogenfs de l'AHemagiïc : }e roi Constantin. — L'heurcnsc enln-e en scène des États-Unis aux côtés des Alliés est moins un ï^uccès de la diploBUitie de ces dernie/s que le résultat de la brutalîié de la diplomaXie de TAUemagne et des crimes de cet empire.

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raoïïde, qui s'est longtemps obstiné èr méccmoallre Tînfînie variété et la fécondité inépuisable de ses ressources. Je ne veux pa-s en attribuer le mérite au caractère démocratique de nos instiiufiot». Je sais qtre ta Restauration a relevé la France deux fois battue, deux fors envahie, d'un désastre aussi gra'nd; qxïe sonœuTre peut se synthétiser dans ces chiffre» : le &-p. loo ô 60 francs en i8i5, à lo^ fr. 80 en mars 1824. A ces Jeux périodes de notre histoire, on a pu admirer « Téternef reverdissement » de la Franee. Constatons tout au moins que les institutions démocratiques n'ont pas été un obstacle à la production de ce mtracle magnifique.

Pour le moment, il y a accord sur ces conclusions. Enregistrons-le : on pourrait Toublier. Rien n'est motivant comme Topinion. Passé le danger, passée la dévxvtion du marin.

Est-ce que je prétends^ nier les fautes? Non. Il y en a eu de graves, et il n'y a pas de quoi se décerner de témoignages de satisfaction parce que finalement ïévéneraent a bien tourné. L'optimisme que je professe n'est pas un oreiller pour le sommeiî, il est un encouragement à une action pFus vigilante et plus énergique. Il y a en des défauts d'unité, et des frottements graves dans le fonctionnement des pouvoirs publics. Nous serons obligés dansla suite d'en rappelei* quelques-uns. Il y a eu des agents diplomatiques choisis avec la même légèreté que s'il se fût agi d'un préfet des CMes-du- Nord, et des ministres des Affaires étrangères désignés un peu au hasard comme s'il se fût agi d*nn ministre du Comtnerce. Et je n'approuve pas d'ailleurs qu'on ne mette pas toujours toute la gravité voulue à désigner les administrateurs des départements ou les titulaires des portefeuilles ministériels regardés comme secondaires. Je dis q»ril faut être aveugle pour ne pas voir dans ce magnifique rétablissement de la République partie du fond de l'abîme de Sedan, héritière de* désastres inouïs, l'irréfutable preuve que le régime démocratique est capable de concevoir des plans, d'en poursuivre longuement et patiemment la réalisation ;;

que ce régime, en un mot, est capable d'unité et de volonté-.

Pour tous ceux qui tiennent une plume ou peuvent exercer une action, il y a une autre mission à remplir que de pleurer sur des ruines, et d'attendre, comme l'Anglais qui suivait le dompteur en attendant qu'il soit mangé, que le régime démocratique commette quelque faute. N'y a-t-il pas comme une sorte d'impiété à gonfler démesurément les insuccès de la France sous prétexte que c'est sous la République qu'elle les a subis?

La démocratie a ses vices et ses infériorités. Le rôle de ses amis véritables est de les dénoncer avec la volonté de Taider à s'en, corriger. Les dissertations les mieux pensées sur le « mal du suffrage « n'ont qu'une valeur académique; puisque personne ne propose comme solution pratique la suppression du sulTrage, il faut bien s'en accommoder. La démocratie, elle aussi, peut dire : Sam quia suni.

Il y a beaucoup à faire en ce qui concerne l'éducation de la démocratie. C'est pour Tenlreprendre qu'il y a quelques siècles, Menenius Agrippa composa son fameux apologue. Le microbe de \ i/ividia de mocratica est tenace. Nous l'avons vu s'exercci- sur les agents diplomatiques. Il ne faut pas espérer le détruire. On doit le combattre en répandant la notion aristotélique et saine de Tégalrté : traiter inégalement les choses inégales; mettre chacune la place uù le désignent sa capacité, ses aptitudes, ses talents.

Il est certains points sur lcs«|upls les représentants de la démocratie n'ont peut-Olre pas avantage à se mesurer avec les représentant^ des gouvernements monarchiques: c'est sur le terrain des cérémonies, du protocole, des visites de chefs d' l'état. La démocratie, en ces circonstances, a-t-on dit, risque, de peur de se tromper, de commettre des excès d'ompressement qui lui donnent des apparences de servilité ou d'exagérer une réserve qui atteindra à peine les limites de la stricte politesse. En dépit de ce double danger, j'ai peine à croire que la République doive renoncer aux solennités inter-

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aaiionales ^ Je ne voi& qu*ua 1res mince inconvénient à ^que quelque erreur mondaine d'un homme politique puisse exciter le sourire — intérieur — de quelque «hambellan. Je sais que les monarques les plus puissants ont désiré l'alliance de la République; que les salons de ses ambassadeurs, et notamment celui de M. Jules Tarnbon à Berlin, ont été des plus recherchés, et que Paris sait recevoir les rois. Trop de fêles et trop de fleurs, dit-on, ont pesé sur Talliance russe. Il y a eu dans notre opinion des exagérations d'e&f)oirs, d'enthousiasmes quelquefois, peut-être un excès de modestie ou de générosité qui a semblé nous faire oublier que le contrat était synallagmatique, et qu'au momeat de le signer le tsar avait pri6 Dieu de lui arrêter la main siralliance devait être contraire aux intérêts de la Russie. Mais quel inconvénient ces erreurs de sentiments ont-elles produit au point de- vue du résultat final? Sans exagérer puérilement l'importance des réjouissances internationaleS) visites, banquets, etc., il faut bien reconnaître qu'elles constituent le meilleur moyen que Ton ait trouvé jusqu'ici de faire participer la masse du peuple k la eonelusion des accords internationaux. Les solennités franco-russes ont servi à promulguer l'alliance et elles Font profondément implantée dans Tâme populaire*.

Un péril plus grave, c'est, en dehors des crises angoissantes, l'indifférence de l'opinion publique, et, par conséquent, de la majorité parlementaire qui la représente, pour les problèmes de la politique extérieure. En 1906, an moment où le ministère Rouvier était engagé à fond dans les négociations si délicales de la conférence d'Algésiras, au moment où il lui semblait tenir enfin le succès, la Chambre le renversa. - Aussitôt iM. de Radowilz argumente que tout est changé et que les promesses faites de part et d^autre ne tiennent plus.

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