‹ Démoctatie, et politique étrangère;Chapitre 23 sur 137 · Tardieu, France et Alliances, p · texte numérisé non relu

Tardieu, France et Alliances, p

2. Dans rot ordre d'idées, on pourrait peut-être rcpro(lior à notre diplomatie un excès de modeslio et d'effacement : dans la famille des Alliés, la France, qui a incontestablement sup- |M)rté l'efTort le plus violent des empi: ««s du Centre, a peut-être pris, plus souvent qu'à son tour, uiif attitude de parent pauvre.

Joseph- Bartiillem T. 6

DÉMOCBATIE ET DIPLOMATIE

L'absurdité et la mauvaise foi de ce raisonnement n'empêchent pas nos représentants de se trouver d^ns une situation embarrassée. — Ces constatations nous amènent à une double conclusion : au point de vue constitutionnel, il faut bien réHéchir sur la question de savoir s'il n'est pas d'une extrême urgence de relever, par exemple au moyen d'un élarfçissemenl de son origine élective, la situation du Président de la- République ♦. Lorsque, à l'occasion dune simple crise ministérielle, M. de Radowîtz disait à nos représentants à Alcésir'as : «Vous n'avez plus d'instructions ; faisons nos malles ... il oubliait la continuité de la politique française en dépit des changements de personnes, et il exagérait refîacement dans lequel nos mœurs parlementaires ont relégué la présidence; mais il n'aurait certainement pas été lente d'opposer les mêmes argutie^ au représentant des Élals-Unis, dans le cas où le président de la République américaine aurait renvoyé son secrétaire -d'État. De ces faits, on peut tirer davantage une objection contre notre organisation de la démocratie que contre la démocratie elle-même. .- Cela ne nous empêche pas d'ailleurs de reconnaître que la démocratie se laisse absorber parles préoccupations d'ordre social quand ce n'est pas par des luîtes religieuses : il V a une œuvre d'éducation internationale du peuple, à laquelle doivent collaborer la presse et tous ceux à qui leur situation permet d'exercer une influence sur 1 opinion publique.

11 ne faut pas méconnaître davantage les pénis auxquels est, par sa nature même, exposée la démocratie dans le domaine de la politique élrangère. La loi des volontés heureuses, c'est, en matière internationale comme ailleurs, la permanence, la liberté, le secret. Or la démocratie a une tendance à rinslabihtc, il est •nécessaire pour y porter remède de mainlenir ou de renforcer les organes chargés d'incarner la tradition, la stabilité, de créer le point fixe : le Sénat, et surtout

1. Joseph-Barlhélemy, le HôU du pouvoir exécuiif dan» ks république$ modernes.

l'aptitude de la démocratie a la diplomatie 83

la présidence de la République. Il faut mellre à Tabri des atteintes de Télectoralisme la solidité de nos charpentes administratives. Le bilan que nous avons essayé d'ét«iblir avec sincérité nous interdit de proclamer la faillite de nos institutions. Elles ne réclament pas une refonte totale. Elles sont cependant susceptibles d'amélioration. La démocralie, ualurellemenl jalouse, se méfie de l'Exécutif et lui refuserait volontiers la liberté nécessaire d'action : il faut défendre les prérogatives du Gouvernement et faire comprendre aux masses qu'elles sont souvent une des conditions de la grandeur du pays. La démocratie réclame comme un de ses principes fondamentaux la publicité : il faut que, dans son propre intérêt, elle laisse parfois son gouvernement mener des négociations et conclure des ententes secrètes. Ce né sont Ih que des aspects du grand problème général qui préoccupe depuis longtemps publicistes et hommes d'État : Quelles institutions une démocratie doit-elle adopter pour ne pas verser du côté où elle penche, et comment doit-elle s'y prendre pour se tempérer elle-même? C'est l'examen de ce problème, porté sur le terrain de la politique internationale, qui fera l'objet du chapitre suivant.

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