‹ Démoctatie, et politique étrangère;Chapitre 25 sur 137 · Meynadier, le Sentiment républicain en Europe · texte numérisé non relu

Meynadier, le Sentiment républicain en Europe

pas absolument impossible de limiter la pari du suffrage universel, de l'améliorer, de la modifier; mais personne ne pense à supprimer le suffrage universel lui-même. Dès lors une monarchie avec le suffrage universel serait encore une forme de la démocratie.

A regard de la démocratie, on peut adopter Tattitude franchement pessimiste : on s'absorbe dans la contemplation du passé, on en ignore systématiquement les faiblesses; on n'en voit que les grandeurs; au contraire, on s'hypnotise sur les tares de la démocratie ; on s'enferme dans un pessimisme boudeur, grognon, et nécessairement inaclif ; et de cette inaction, on s enorgueillit comme d'une supériorité; on éprouve une sorte de joie devant toutes les fautes commises, on semble presque oublier le mal qu'elles causent au pays parce qu'elles procurent la satisfaction vaine et quelque peu agaçante d'être le personnage « qui l'avait bien dit ».

Autant que de ce pessimisme négateur, il faut se garder de l'optimisme béat et satisfait. Les courtisans de la démocratie sont encore plus dangereux que ses adversaires.

Essayons, avec rimparlialilé de la science politique et du droit constitutionnel de voir la démocratie telle qu'elle est; ne nous dissimulons pas ses faiblesses; cherchons s'il y a un remède. Je crois qu'une démocratie a encore plus qu'une monarchie un besoin impérieux d'une bonne diplomatie. Elle se heurte cependant à des difficultés qui lui sont spéciales; étudions ces difficultés, et cherchons de bonne foi s'il est impossible de les atténuer ou de les faire disparaître.

SECTION I

ESQUISSE DES RÈGLES CONSTITUTIONNELLES MODERNES SUR LA PARTICIPATION DU PEUPLE OU DE SES REPRÉ- SENTANTS A LA DIRECTION DE LA POLITIQUE ÉTRAN- GÈRE ^

Au point de vue constitutionnel, la démocratie se

1. Louis Michon, les Traités internationaux devant les Chambres^ 1901.

manifeste par une intervention du peuple ou de ses représentants élus. Si le pouvoir exécutif est détenu par un monarque, la démocratie veut qu'il partage son pouvoir avec les élus du peuple. S'il y a à la tôle du pays un ou plusieurs-magistrats élus, la doctrine démocratique ne leur concédera pas volontiers une large liberté : on considérera une constitution comme d'autant plus démocratique qu'elle fera la part plus étroite au gouvernement, plus large au Parlement.

Or, voici un trait remarquable de révolution constitutionnelle : le progrès démocratique est infiniment plus lent, et toujours moins complet, en ce qui concerne la direction de la politique étrangère que pour ce qui touche à la politique intérieure. Ce phénomène s'explique peut-être par ce fait que Ja démocratie s'est sentie moins d'aptitude pour gérer direcleinentles destinées du pays à l'extérieur; quelque fondée que paraisse cette explication, elle est cependant jnsuffisanie, caria démocratie, qu'on a pu définir le gouvernement par amateurs, ne passe pas précisément pour avoir le respect des compétences, et qu'avant de s'emparer d'un pouvoir, elle ne se demande guère si elle a l'aptitude pour Texejicer ; c'est plutôt le goût qui lui manque : avide de justice, oîi plutôt d'égalité, de liberté et de réformes sociales, elle s'intéresse moins à la direction de la politique extérieure qu'à l'aménagement de la politique interne.

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