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cette intervention de la reine et du prince consort a pu éviter la guerre.
Nou6 avons fait allusion, dans le chapitre précédent, à l'influence exercée sur l'Entente cordiale par les vi> sites de la reine Victoria à Louis-Philippe en i843 et 1845. Mais le plus frappant exemple de Vemollienl effect de rintervenlion royale sur les relations internationales est celui qui a été donné par Edouard VII. Ce monarque n'avait jamais dissimulé ses sympathies personnelles pour la France; c'est lui quia eu le sentiment le plus vif des affinités des deux pays; c'est lui qui, avec un sens profond du réel, a compris qu'en cas de guerre la France pourrait être le champion continental de l'Angleterre. « Il s'est trouvé que les sympathies du roi Edouard coïncidjaient avec celles de ses ministres '. » H est permis de croire que, s'il n'a pas inspiré lui-même ces sympathies, il les a confirmées, précisées, appuyées. Dans tous les cas, il a sérieusement collaboré à les faire passer dans les faits. Sans doute, dans la forme, tout s'est passé régulièrement entre Downing Street et les autres cabinets étrangers. Edouard VII n'a pas négocié, stipulé, pris des initiatives, ou empiété en quelque point sur le détail des fonctions de la diplomatie technique : mais, à aucun moment, il ne s'en est désintéressé. On a beaucoup insisté sur l'heureux effet de ses King's courtesies, sur les dons personnels qui le mettaient en mesure de faire produire tout leur effet à ses démarches, sur son art d'à-propos, son tact, sa finesse, sa connaissance des hommes, sonexactitudeinfaillible à faire toujours l'acte voulu et à prononcer la parole nécessaire m doing ihe right thing and saying ihe right Word. Il est certain que TKntente cordiale et d'une façon générale la suppression de l'anglophobie qui entourait le trône à la mort de Victoria peuvent être considérées comme des victoires personnelles du roi. 11 y a autre chose dans les relations internationales que des protocoles et des traités ; il faut encore tenir compte du sentiment public. Il était bon que M. Delcassé et lord Lands-
l. Garvin, Forlni hlly Beview, 1910, 1, ii, 999.
IM DÉMOCRATIB ET BfPLOMATK
^lowne «oient arriTés à un accord. Mats c'était insafifisant. Il fallait encore agir sur Timaginatioa de la France ; le roi était mieux à même de le faire que ses a&inirtres.
Mais ce serait rabaisser, je cfXMS, le rôle qui fut en réalitéceloi d'Edouard VII que de le représenta comme un grand représentant, comme le commis voyageur aimable, comme le placier séduisant d*une politique qiii n'aurait pas été la sienne. Ost bien sa propre politique qa*il servait, lorsque Tancien prince de Galles^ qui connaissait bien Paris, tenla Tentreprise délicale et hasardeuse d'une State entry dans cette capitale, comme souverain de l'Empire britannique. A Algésiras, c'était l)ien sa parole personnelle qu'il engageait lorsqu'il affirmait à la France qu'elle pouvait compter « absolument » sur loi; il avait d*ailleurs un représentant per.sonnel, un missus dominicus qui était sir Donald Mackenzie Wallace. Ce personnage fut envoyé à Algésiras pour préciser auprès de l'ambassadeur officiel, sir Artbur Nicfaolson, la volonté royale ; il a rempli à Saint-Pétersbourg une mission analogue ^ Edouard VII a exercé une influence réelle sur la politique extérieure de son royaume, et cependant les publicistes anglais s'accordentà reconnaître qu'il n'a pas excédé ses prérogatives de souverain parlementaire.
Est-ce que le Président de la République française ne peut pas jouer un rôle sinon analogue, du moins semblable à celui d'un souverain parlementaire? Obi je connais tous les sarcasmes que soulève cette conception d'une caricature de royauté sous l'étiquette républicaine. Ils ont été coraplaisamment développés par Louis Blanc devant l'Assemblée nationale, et il serait difficile d'en inventer de nouveaux', il serait difficile aussi' d'ajouter de nouveaux arguments à la réplique de Dufaure. La France réclame autre chose que des remèdes historiques, servilement copiés, ou des remèdes tbéori- •ques, logiquement déduits. Elle a des besoins réels qu'il