‹ Démoctatie, et politique étrangère;Chapitre 59 sur 137 · octobre 1848, Moniteur du 13 octobre, p · texte numérisé non relu

octobre 1848, Moniteur du 13 octobre, p

secrète, et notamment les avantages qu'en a retirés la France au traité de Campo-Formio. La Constituante n'en insère pas moins dans son article 53 le principe absolu qu' « aucun traité n'est déQnitif qu'après avoir été approuvé par l'Assemblée nationale ». Mais on sait que, précisément parce qu'elle prétendait construire sur la base de principes absolus, la Constituante de 1848 a élevé un édifice instable etqui n'a pu durer. Peu après, la constitution de i852 restaurait le pouvoir exécutif dans la plénitude de la direction de la diplomatie : « Le président de la République fait les traités de paix, d'alliance et de commerce. » En faisant toutes les réserves obligatoires lorsqu'il s'agit d'interpréter la signification des événements historiques^ en reconnaissant que les situations changent et que le monde évolue, nous n'allons pas cependant jusqu'à dire, avec M. Bergson, qu'il n'y a jamais de précédents et que chaque événement est entièrement nouveau; et nous trouvons autre chose qu'un intérêt de curiosité à retenir cette double constatation : deux fois la France a Toulu s'interdire les traités secrets, et deux fois elle y est rapidement revenue; la plus grande de nos assemblées démocratiques, la Convention, en a reconnu la nécessité.

2. Les résultats les plus importants de la diplomatie républicaine ont été obtenus par le secret.

Voici encore un autre préjugé en faveur de la diplomatie secrète : c'est grâce à elle que la France est sortie de l'isolement et de l'aflaiblissement où l'avaient laissée les désastres de 1870.

Les plaies do la France étaient encore saignantes que les trois empereurs se réunissaient à Berlin en 1872, k Saint-Pétersbourg en 1878 ; quoique postérieurement M. de Gontaut-Biron, dans ses Mémoires, nous ait appris qu'il n'en fut rien, notre gouvernement était en droit de se croire en présence d'une tentative de reconstitution de la Sainte-Alliance. Bismarck, dans tous les cas, s'abritait derrière le secret qui avait couvert ces entre-

no OÉMOCRàTIC ST DlfLOMATIS ^

Tii^s pour noii^ faire cnûre à la menace d'vno coalition *.

En 1879^ cepeDdant, il entre dans U Toie des réalisations : un Iraité d'alliance est signé entre rAUemagne ei l'Autriche ; en 1883^ par le caacours de l'Italie, la Triple-Alliance est constituée, fin i883 et 1888» le roi de Roumanie, avec le contreseing de M. Carp, président du Conseil, adhère à la Triple-Alliance. Or le traité anstro-alleinaiid n'a été publié qu'en iâ88; le iraité avec rilalie est' toujours demeuré inconnu de la nation italienne et du monde entier; quant au iraité roumain^ son existence même n^en a été révélée qu'au mois d'août i^i^*, après l'explosion de la guerre, lorsque le roi Carol l'exhiba k son conseil de la couronne pour en obtenir l'exécution. £nfin une parole de Depretis en 1887 laissait entendre à la France qu'avec l'approbalion de l'Alloma^ne un traité secret avait été conclu entre l'Angleterre et l'Ilalie. De tous les côtés, la France sent que se lissent dans le mystère, en dehors d'elle, peutêtre contre elle, des ententes diplomatiques dont le secret dissimule la portée et qui n'en sont que plus angoissantes pour le pays qui leur demeure étranger. La Fiance va-t-elle rester isolée, se bornant à se rendre cette justice « qu'en son bon droit elle a confiance », et laisser les souverains d'Europe resserrer tous les jours autour d'elle la trame oppressante des traités secrets? Va-t-elle i^noncer à toute politique étrangère, exposée à se trouver isolée devant une .attaque inattendue des nations coalisées ? A juste titre, nos gouvernements ne l'ont pas pensé: et ils ont vu qu'il était utile, pour la grandeur et la sécurité de la France, d'adapter notre po-

1. Vn adversaire de la diplomatie secrète a écrit que ni Cavour ni IJisniarck n'y avaient eu recours (Auguste Gauvain, Revue hebdomadaire, 12 août IIMO, \). 155). Il est possible qulls n'en aient pas eu besoin à chacun des luonienls de leur entreprise d'unilication nationale; mais le falsilicateur d^ ladépéciie d'Ems se gardait de dédaigner ce moyen, et il tenta mémed'en abuser au point de s'attirer cette verte leçon de Guillaume ï^ : « J'ai été très ^^niblement affecté par votre proposition de garder pour Ja façade utie attltu-de amicale avec la Russie et de conclure en môme temps sous main une coalition contre ell*...»

LE SECRET DANS LA DIPLOMATIE 2il

litique étraDgère aux conditions imposées paor la réalité* A <pii jdge senleuient par les résultais, Bismarck fut un grand diplomate; peut-être cependant que^ si onapprofondissaity on s'apereevrait qu'il fui on politieieii prodigieusement heureux. Bref, dans la dernière partie de sa earrière, i) imagina de taneer la France dans la politique coloniale, persuadé qu'elle aurait là un déri^ vatif à ses ardeurs belliqueuses, que les conquêtes coloniales éteindraient l'ardeur de la revanche, et que, dans tous les cas, on empire ccdonial à défendre et à tenir en ordre constituerait pour elle un embarras très grave an jour où l'Allemagne tenterait l'effort suprême, que Bismarck ne cessait de méditer, pour Fécraser définitivement. C'est dans ces conditions que Beaconsiîeld, approuvé et peut-être poussé par Bismarck, engagea la France, au mois de juillet 1877, à s'annexer la Tunisie. Mac-Mahon et le Conseil des ministres rejetèrent cette offre sans que le Parlement en ait rieu su; et Waddington pnt, sans altérer la vérité, donnera la Chambre l'assurance que la France était sortie do traité de Berlin « bbre d'engagements » et « les mains nettes au milieu de la distribution des parts ». Mais, peu après, en juillet 1878, le même ministre se faisait adresser par lord Salisbury une lettre l'engageant à joindre la Tunisie à TAIgérie. Ce n'est que par cet échange de lettres que s'est exprimé l'accord fi'anco-anglais. Le Parte. ment n'en a eu connaissance qu'avec le public, au mois d^avrit 1881. Ainsi cette grande aff'aire tunisienue, qui devait être, selon l'expression de M. de Coureel à Cîambetta hésitant, k le baptême diplomatique de la Répu^ blique », fut conclue secrèlemenl, par te gouvernement seul, en dehors du pays et de a ses représentants ».

Aujourd'hui qu'elle semble bien avoir produit ses suprêmes effets, Talliance russe ne &*est encore manifestée que par tes sj^ptômes extérieurs dont nous avons parlé. On n*a cependant pas oublié rémotion qui a saisi la France lorsqu'elle apprit qu'elle était enfin sortie de Tisotement redoutable dont elle souffrait depittîs 1870 et que, désormais, elle pourrait considérer avec plus de conPiance la menace allemande qui ne ces-

sait de peser sur elle et qui avait failli éclater en 1875* M. Ribot De faisait que constater l'exacte vérité lorsqu'il disait que cette émotion avait pénétré a jusqu'au fond de la plus petite de nos bourgades et du moindre de nos villages ».

C'est encore par des ententes secrètes qu'a été conclue « Tentenie cordiale» quiaétélegermedeTalliance anglaise.

C'est par une série d'ententes secrètes que nous avons établi notre domination au Maroc, et notamment par le pacte secret de igo^ conclu avec TEspagne*. Ce pe^cle ne pouvait d'ailleurs être que secret, puisque nous insinuions notre prépondérance en nous abritant comme d'un paravent derrière l'intégrité de l'empire chérifien, liction que nous opposions aux prétentions allemandes. Que cette politique n'ait pas été vue d'un bon œil par T Allemagne, c'est certain, mais nos gouvernants n'étaient pas chargés de défendre ses intérêts» et, d'ailleurs, le traité ne lui aurait pas été plus agréable s'il avait été public.

En résumé, c'est par des ententes secrètes que la

1. Traité secret franco-espagnol (3 octobre 1904 et 1" septembre 1905). Revue politique et parlementaire ^ 1911, t. IV, p. 601, et l'appréciation de M. Fernand Faure, /6/d., 1912, t. 1, p. 223; dans le traité congolais avec l'Allemagne, il y avait encore des clauses secrètes. La commission sénatoriale des Affaires étrangères adopta à l'unanimité une résolution ainsi conçue : « La commission estime qu'il a été fait pendant les dernières années un abus des traités secrets. » (Rapport de M. Baudin» 25 janvier 1912.) Il y eut,dans l'opinion contre les traités secrets, un mouvement qui eut son écho dans le septième discours inaugural prononcé par M. A. Dubost, président du Sénat : « La diplomatie de la France doit se fortifier toujours par la clarté, par la loyauté, par la franchise. » Peut-être, cependant, beaucoup do ceux qui s'élevèrent alors contre les traités secretspourraient-ils aujourd'hui regretter leurs paroles. Pour juger un ensemble d'événements, il faut du recul, il faut aussi ne négliger aucun des aspects du problème ; d'abord le résultat : nous sommes ini<tallés au Maroc, et nous devions l'être; il y a tout de môme quelque vérité dans cette proposition qu'un arbre se juge par ses fruits et une politique par ses résultats. Le secret a permis de ménager les susceptibilités de TAllemagne,. et d'éviler que la guerre qui menaçait depuis 1875 éclatât à cette occasion. Si nous avions eu la guerre à propos du Maroc, nous n'aurions pas joui de toutes les sympathies mondiales qui se sont groupées autour de nous.

France a inauguré en 1878 une politique coloniale dont elle peut aujourd'hui apprécier la grandeur; c'est par une série d'ententes secrètes qu'elle a pu parfaire la constitution de ce magnifique domaine de l'Afrique méditerranéenne qui est incontestablement, par sa situation comme par ses ressources, un des plus enviables du monde; c'est par une entente secrète qu'elle est sortie de Tisolement, par une autre entente secrète qu'elle a consolidé sa situation dans le monde.

En dépit des doctrinaires qui lui enseignaient que la résignation et le silence sont des « vertus évangéliques» qui ne sont pas de mise dans les démocraties S le peuple français a fait une confiance complète à son gouvernement depuis le début des hostilités, et il n'a pas songé un seul instant à exiger la publication immédiate des conventions dont le fruit a été l'unité d'action sur l'unité de front. La victoire diplomatique remportée en août 1916 par la France dans les Balkans est due au ministre qui, surmontant les obstacles accumulés par les Alliés, par une partie de l'opinion publique et du Parlement, a maintenu un corps expéditionnaire à Salonique, et dans le secret le plus absolu^ dissimulé par une villégiature du roi Ferdinand et de M. Bratiano, a arrêté les conditions de l'entrée de la Roumanie dans le conflit, à côté des puissances de l'Entente. A cette victoire diplomatique, le Parlement n'a contribué qu'en continuant sa confiance à Thomme d'État éminent qui, par sa force de persuasion, sa ténacité et sa haute perspicacité, avait su linspirer aux Alliés eux-mêmes, qui lui avaient insensiblement laissé la direction diplomatique de la guerre en Orient *.

Bref, tous les grands résultats de la diplomatie française, tous ceux qui marquent un tournant de notre histoire sont l'œuvre du gouvernement seul; et il n'en

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