Enquête de rOpinhn, janvier
ber dans la môme formule « la démocratie parie-meniaire ou plébiscitaire », c'est-à-dire deux régime» plus antinomiques que ne le sont entre elles la Monarchie et la République. La démocratie plébiscitaire {>ré«'' tend avoir la forme de la démocratie et elle n'en a aucune réalité. Elle offre la plus petite somme de liberté à Fintérieur et le plus grand risque de danger» à l'extérieur. C'est la monarchie expirante qui, dans ua intérêt dynastique, a appelé, sur la France^ l'invasion de 1792 ; c'est une dynastie nouvelle, représentant la démagogie césarienne, énergiquement combattue par les partisans de la République, qui garde devant This* toire la responsabilité des invasions de 1814» i8i5, 1870^ Quant à Tinvasion de 1914» <^ll6 est le résultat d*une agression abominable, aggravée de la violation la plushonteuse des traités, commise par une monarchie qui n'est, elle, ni parlementaire, ni démocratique. El si c'est une vraie république qui en a. été victime, elle [>artage ce sort avec la Serbie monarchique, la Belgique monarchique et parlementaire, la Russie autocratique; oa peut ajouter que, si l'Angleterre a été épargnée, elle le doit à la mer et non à sa monarchie vénérable.
Il faut que le$ préjugés soient doués d'une ténacité singulière pour se montrer rebelles à la leçon si claire des faits actuels. Il suffit d'un coup d'œil sincère sur le camp des Alliés pour se rendre compte combien peu les étiquettes, les formes extérieures des institutions politiques ont exercé d'influence sur la préparation de la guerre et sur les succès militaires ; on y rencontre, en elîet, toutes les formes connues de gouvernement : l'absolutisme autocratique de la Russie y a fraternisé, pendant près de trois ans, avec la République française; et ils y coudoient les monarchies limitées de la Grande- Bretagne, de la Belgique, de Tltalie, delà Roumanie... Est-il permis de dire, sincèrement, loyalement, véridiquement, que, dans la guerre actuelle, une dos forme» de gouvernement ait manifesté sa supériorité sur lea autres? Est-ce que le tsar de Russie, qui avait à soa entière^disposition des millions d'hommes et des millions d'argent, s'est trouvé mieux prêt que le gouverne-
ment de la République française, que ses adversaires intérieurs montrent paralysé par une Chambre, un Sénat, toutes portes d*intrigues et de divisions? EsUce diminuer l'admiration que nous devons et que nous donnons à Thérolque effort de nos amis d'Italie que de constater que les merveilles accomplies par cette monarchie limitée ne dépassent pas les prouesses des armées de la République? et cependant elle neut pas à subir la surprise et put choisir son heure.
Ce n'est pas diminuer non plus la valeur toujours croissante du concours de nos puissants alliés que de constater que la France républicaine a supporté la première et a réussi à briser le choc formidable et subit d une agression minutieusement préparée pendant un demi-siècle. Il y a des nations plus grosses, il n'y a pas de nation plus grande que la France au bout de quarante ans de République. Si elle a mérité le beau titre de a soldat de l'Europe », concédons bien volontiers qu'elle ne le doit pas seulement ou principalement à la forme républicaine ou démocratique de nos institutions. Admettons, et peu nous importe à l'époque où nous sommes, que ce n'est pas la République qui remportera la victoire, mais bien les vertus antiques de notre fonds national, les nobles qualités de la France éternelle, qu'une partie du monde, dans un jugement singulièrement superficiel, avait considérées comme évanouies ; mais il faut bien que Ton concède en échange que la République n'a pas paralysé Tessor de ces vertus nationales. Dans le long calvaire constitutionnel que la France moderne a été contrainte de gravir, elle a connu des régimes monarchiques qui se sont caractérisés par de longues guerres terminées par la défaite : la République aura fait connaître à la France quarante-quatre années de paix couronnées par la victoire.