J. Reinach, Figaro, 30 avril
le passé et rhéritage de la France, que ce serait faire une politique détestable que de ne pas tenir un très ^rand «compte, dans les relations de la France avec l'extérieur, de ce que j'appelle, dans Thisloire et avec les traditions diplomatiques du pays, la clientèle catholique de la France dans le monde... Pour tout dire, pour tout résumer, quand nous votons ce crédit, nous le votons pour la France et non pour les ultramontains qui s'oublient à cette tribune. » (9 novembre 1876,) Il faut se demander, /en se plaçant seulement au point de vue français, s'il est de l'intérêt de la France d'oublier qu'en dépit des insuffisances, des médiocrilès» des incompréhensibles neutralités de l'élu passager du conclave, l'Église reste ■ une grande puissance spirituelle, et s'il est encore de l'intérêt de la France d'ignorer qu'il y a des catholiques en Orient, en Pologne, en Alsace. C'est un fait qui peut déplaire, mais c'est un fait : l'Église existe. La seule quesiionqui reste est de savoir si c'est un fait négligeable. Le gouvernement français fait preuve du plus grand et du plus honorable sens réaliste en facilitant les pèlerinages de la Mecque et en en voyant une ambassade solennelle à l'émir; avec l'Angleterre, il se préoccupe de la question du khalifat. H n'y a aucune raison de faire du réalisme avec le khalife et de la métaphysique avec le pape.
Mais il est certain, d'autre part, qu'il y a un lien entre la politique élrangôre et la politique interne. Comment pouvons-nous prétendre à continuer à exercer le protectorat catholique en Orient, que la Convention avait entendu préserver, si notre gouvernement continue à ignorer l'Église, ou même s'il prenait à l'égard de l'Église une attitude d'hostilité ? Si la France renonçait à ses droits traditionnels, on peut être sûr qu'ils ne tombei*aienl pas en déshérence. Il ne faut donc pas exporter ranticléricalisme, mais il est difficile aussi de faire en cette matière une politique interne qui n'ait pas sa répercussion à l'extérieur : <( Beaucoup de nos colonies à l'étranger, disait le député Louis Marin dans son beau rapport du 22 décembre 1918 (p. 271), sont menacées aujourd'hui par un danger très grave et menaçant, surtout la plupart de celles d'Orient et d'Extrême-
Orieni. Il s'agit de la diminulioiii de uos naiionauxdaps le personnel religieux des œuvres françaises d'OrienI» pendant la période qui s*esl écoulée depuis les lois ë^ar les congrégaiions en France : ce personnel provenait des noviciats qui existaient autrefois en France ou dsAs les colonies et dont la disparition risque de compro-- . oieilre irrémédiableuient le recruteoient de nos mis- «ionuaires... Cependant, les exigences des populations orientales en matière d enseignement vont croissant d'année en année. Par principe, celles-ci s'adressent en premier lieu à la France. Celle-ci a fondé des établissements laïques qui réussiront, mais à Theare actuelle, en Orient, seulement dans les grands centres de la côte où les colonies européennes sont nombreuses et où nos jeunes agrégés, nos jeunes prolessenrs d'enseignement technique sont reçus avec fruit. Dans riniérieur, les populations orientales, musulmanes aussi bien que chrétiennes, profondément attachées à leurs croyances «t à leurs babitudes. maintenues très fortement sous l<e pouvoir de leurs chefs spirituels, inclinent vers renseignement religieux. D'ailleurs^ en tout tempi^,et particulièrement aujourd'hui, où la prééminence ijateltectuelle et économique de la France rencontre partout des rivaux redoutables, tous les dévouements utiles à la cause française doivent être aidés passionnément. On ne saurait se dissimuler que, faute de missionnaires français, d'une manière à peu près absolue, les Orieataux, même ceux du Liban, s'adresseront aux Italiens ou aux Allemands, i» M. Louis Marin présente une abondante documentation en chiffres impressionnants et en faits instructifs qui illustrent celle idée de bon sens qu'il est contradictoire de poursuivre en France la desUructiiBA des congrégations et d'espérer qu'elles coAserveroni une vitalité suffisante pour défendre à l'étranger Tinfluence française. On a pai*lé, à jpropos de ces problèmes, de Topporlunité d'une « Realpolitik », d'une ^ politique réaliste » . En réalité, la seule politique qui convienne est du plus haut idéatiBiAe : c'est une poiiliqite française ^«