Chapitre X
Chacun voit du premier coup que le chapitre xxv composé de morceaux sans aucun rapport entre eux, au dire de la critique, se relie dans loutes ces parties par le nom d'Abraham, le mariage d'Abraham, la mort d'Abraham, l’enterrement d'Abraham, les fils d'Abraham, Abraham partout. Quoi! il n’y aurait ici que des fragments 2? En avez-vous des preuves? — Non...
En effet, nos criliques affirment que ce chapitre n'est pas un, mais ils en restent là. Des lors, nous pourrions passer outre, uous contentant de nier purement et simplement ce qu’ils avancent sans preuves. Cependant, ne tenant pas à les imiter dans leurs procédés, nous allons prouver l’unité de ce chap. xxv el son rapport d’unité avec les chapitres qui précédent.
D'abord, la preuve qu’il se rattache étroitement aux textes
précédents ne peut être longue; elle saute aux yeux. Depuis
là fin du ch. x, ces textes parlent d'Abraham. Que fait le chap. xxv? Il continue à parler de lui, et non-seulement il continue à parler de lui, mais c’en est la suite historique directe. Le ch. xxux relate la mort de Sara; puis, Abraham étant vieux, songe à marier son fils Isaac, et ayant exécuté ce projet, ce que nous dit le chap. xxiv, il prend encore NM une
1 Gen., XXIV, V. 21.
Vater, Beiträge etc., 1, 242.
femme, dont le nom fut Ketoura et nous voilà dans le
chap. xxv. Il en eut six enfants. — Comment est-ce possible? À cet âge! IL devait avoir quelque chose comme 150 ans, el déjà, avant la naissance d’Isaac «il pensa en son cœur : un » homme de 100 ans engendrera-t-il {? » Certainement il pensa cela, mais pourquoi le pensa-t-il? Est-ce par rapport à lui? Non, c’est par rapport à Sara qui avait 90 ans; c’est par rapport à sa femme qu’il était « comme mort, emortuo ?. » C'était Sara qui reçut la vertu de concevoir qui était éteinteen
elle,emortuam vulvam Sarae3; ce n’était pas Abraham qui avait.
perdu la force d’engendrer. Il ne faut pas confondre deux choses entièrement distinctes, et quant au fait en lui-même, la paternité d'Abraham à l’âge de 150 ans, il n’y a là absolument rien d’impossible, ni même rien d’invraisemblable. Si cela était, nos adversaires l’auraient prouvé, eux
qui sont si savants dans les sciences naturelles. Ils ne l'ont
pas fait, et c’est une preuve péremptoire qu’ils ne savent que dire.
Abraham eut donc six enfants de Ketoura, qu’une tradition :
juive identifie avec Hagar, précédemment renvoyée #. Le texte nomme ces enfantset donne aussi de deux d’entre eux les noms des descendants ; puis, arrivant à la fin du patriarche, il nous dit de quelle manière Abraham disposa de ses biens. Il n’oublia pas les enfants de Hagar et de Ketoura; toutefois la distinction qu’il établit entre eux et Isaac fut très-marquée, et, en outre, il les renvoya d’auprès de son héritier unique, pour qu’ils habitassent d’autres pays que lui. Cette action du patriarche se rattache par son motif au ch. xx1, à la raison qui détermina l’éloignement de la maison paternelle du fils
de Hagar. « Le nombre des années de vie d'Abraham fut de |
» 475 ans, et il mourut après une bonne vieillesse, » ainsi qu’il avait été dit chap. xv, 15. Jsaac et Ismaël, ses fils, l’enterre-
1 Gen., XVIL, 17.
? Ad Hebr., x, 12.
# Ad Rom., 1V, 19.
4 V. le Targum de Jonathan, qui est l'interprétation traditionnelle de la torah, par le disciple le plus distingué des 80 de Hillel, l’un des fondateurs de la théologie pharisienne mischnaïque, dans le siècle qui précède notre ère.
rent dans le champ que le patriarche avait acquis des Hétéens et où reposait déjà Sara; tout est en rapport avec le chap. xxur. « Après la mort d'Abraham, Dieu bénit son fils » Isaac » v. 11, et Ismaël, qui était venu à la maison paternelle pour remplir un devoir de piété filiale, s’en retourne alors dans le pays où il était établi, et cela suivant les dernières volontés de son père (v. 6). C’est pourquoi l'auteur donne la généalogie du fils de Hagar. Nulle part, elle ne pouvait être placée plus à propos. En effet, Dieu avant dit à Abraham, Ch. xvu, 20 : « Quant à Ismaël, je l’ai exaucé, je l'ai béni, je » lerendrai fécond, jePaccroîtrai considérablernent, il produira » douze princes (oxrb) et je Le ferai devenir une grande na- » tion, » l’auteur montre ici l’accomplissement de cette promesse (v. 13-16). Après la bénédiction du fils d'élection, la bénédiction du fils selon la chair. Et puis Ismaël devant s’éloigner définitivement, il fallait, avant de le perdre de vue, nous faire voir comment Dieu réalisa sa promesse touchant ce chef du désert. Il n'y a donc pas de fragment ici. Le « elle toledoth, » voici la généalogie d’Ismaël» n’est pas plus le titre d’un morceau séparé que ne l’est le «elle schené chaïé, voici les années » de vie d'Abraham » du v. 7. Cela rentre dans la manière d'écrire de l’auteur; voilà tout. Apres qu’il en a fini avec Ismaël, l’auteur revient à Isaac, et ce morceau se rattache, même extérieurement, à celui qui précède; la transition se fait par le conjonctif ef (oue). Quant au contenu, il n’est point vrai qu’il parle du mariage d’Isaac comme s’il n’en avait point encore été question. [l complète le chap. xx1v, où ce mariage est raconté, en donnant l’âge qu'avait Isaac « quand ïl prit » pour femme Rebecca. » Si cette indication ne se trouve pas au chap. xxiv, c’est qu’elle n’y était pas nécessaire ; ici elle est’ nécessaire, parce qu’elle se rapporte au verset 26 où est indi-
qué l’âge qu'avait Isaac quand il lui naquit des fils. Qui ne voit que le rapprochement de ces deux âges est intentionnel
et qu’il acquiert une haute signification par le v. 21? IL
montre la puissance de la prière qu’Isaac adressa à Jehovah.
De Wette croit se débarrasser de cet importun verset 21, en le
déclarant interpolé ‘. Dommage qu’il ait oublié de le prouver.
1 Lehrbuch der h.-kr, Einl., 1, 197.
Mais pour revenir au v. 20, où Rebecca est désignée encore
une fois par sa famille et par son pays d'origine, peut-on dire
qu'elle l'est comme si elle l'était pour la première fois? ou que tout cela semble être [à comme unñ rappel de mémoire, après de longues interruptions? Non, évidemment. Donrnezvous la peine de comprendre la nature de ce passage. Cest un chainon de la grande généalogie, le 21°; ce qui prouve déjà suffisammient que ce n’est pas un morceau isolé, un fragment. Eh bien, puisque c’est là le caractère du morceau, il est juste que Rebecca y soit mentionnée et dans les termes qu’elle l’est, par sa famille et par sa patrie. Trouvez-vousque
ce soit lui faire trop d'honneur? Mais songez donc qu’elle va
être la mère de deux peuples, schené gojim ‘, Israël et Edom. Ainsi l’unité du chap. xxv, que la mare rationaliste dissèque en quatre fragments, reste chose établie. I n'y à pas un chapitre dans la Genèse où de Wette ne
signale un prétendu document élohiste et un prétendu docu-
ment jehoviste. Il n’est pas parlisan des fragments comme Vater; les documents avec une forte addition d’interpolation, voilà son affaire. Au fond, la chose revient au même. Ici donc, dans ce chap. xxv, il signale comme élohistes la généalogie d’Ismaël, celle d’Isaac et l’histoire d’Esaü vendant son
droit d’aînesse. Et les preuves? Point. Au lieu donc de nous amuser à nous battre contre un moulin à vent, voyons com-
ment se justifie ici Pemploi des noms de Dieu.
Le nom d’Elohim se trouve au v. 11, et au premier aspect il semble que c’est à tort. « Après la mort d'Abraham, Elohim » bénit son fils Isaac, » On s'attendait à lire Jehovah. APR teur du Pentateuque veut êlre lu avec réflexion, parce qu'il a écrit avec intelligence. Aussi, en y réfléchissant, on voit qu’il fallait ici le nom de Dieu qui Sy trouve, Elohim. En effet,
il s’agit simplement de constater d’une manière générale que -
la bénédiction céleste ou divine passa d'Abraham à Isaac. C’est à quoi le nom d’Elohim sert mieux que celui de Jehovah.
Quand l’auteur s’occupera spécialement du fils d'Abraham, il
nous dira que celte bénédiction venait de Jehovah ?.
1 Genèse, XX, 23.
2 Jbid., XXI, 2, 8, 12.
Fr
Le nom de Jehovah se trouve quatre fois dans ce chapitre. « Isaac implora Jehovah pour sa femme qui était stérile. Je- » hovah se laissa fléchir ! par lui.» Iei où il s’agit de la perpé- tuité de la race élu, le nom de Jehovak est de rigueur, et il l'est également, et par la même raison dans le verset suivant. Rebecca va consulter Jehovah, parce que comme femme d’Isaac, et ayant été témoin que Jehovah avait exaucé la prière de son mari, elle sait certainement que c’est Jehovah qui veille sur le fruit de ses entrailles, la descendance d'Abraham. C’est Jehovah qui lui répond?. Comment le consulta-t-elle? Comment lui répondit-il ? L'auteur ne le dit pas, et je ne me charge pas de suppléer à son silence. Mais comment peut-on être assez hardi pour inférer de ce silence la non-authenticité du chapitre et dire comme de Wette « qu’il est manifeste que » c’estun oracle supposé, fingirt.» Etpour quelle raison est-il supposé? «Parce que dans ces temps-là il n’y avait pas encore » des oracles.» Voilà ce qui s’appelle savamment résoudre une question historique. Pour faire de telles réponses, ce n’est pas la peine de prendre un diplôme de docteur en théologie. | De Welte déclare avec des façons toutes aussi cavalières que Ja raison, qui donne le texte des noms de Jacob, d’Esaü. et d'Edom # est une niaiserie 5. Aussi notre dosEur se trouve réduit à l'impossibilité de nous donner la plus petite raison contre cetle raison. Si vous ne voulez pas qu’Edom désigne le roux, Esav le poilu et que Iakob vienne de akeb, lalon, que.ne donnez-vous des élymologies plus rationnelles? L’étymologie qu’attribue à ces noms notre texte, loin d’être niaise, albern, est exacte sous le rapport grammatical et si elle est justifiée en outre par ces habitudes populaires chez tous les peuples de tous les temps, qui, pour les noms, surnoms et sobriquets, s’alimentent de préférence de ce qui est singulier - ou bizarre, quel moyen y a-t-ilpourrendre suspectes les dérixaltions linguistiques de la Genèse?
1 Gen., xxv, 21.
? Ibid., 22, 23.
8 Beiträge etc., 1, 118.
# Gen., 1ib., 25, 26.
5 Beiträge etc., 1, 119.
Le morceau qui termine le chapitre et qui nous dit qu'Esaü
vendit à Jacob son droit d’aînesse pour un plat de lentilles est
aussi traité de pure invention par la critique rationaliste, Si
le droit d’ainesse, dit-elle par la bouche de de Wette, avaït été alors un droit réel et reconnu, Esaü n'aurait pas pu en
disposer si légèrement et sans le consentement de son père.
Pourquoi non? Est-ce que le texte ne dit pas expressément qu'Esaü méprisait son droit d’ainesse {? Une chose qu’on
dédaigne ou méprise, on s’en défait, s’il est possible, sans autres formalités. Etait-ce possible pour Esaü? Mais assurément ; la race élue n’était pas encore un peuple, elle
n’était pas encore sous le joug du code écrit. Il y avait des droits et des devoirs très- arrêtés, mais l'individu qui croyait pouvoir braver Ja seule autorité qui existait, Vautorité paternelle ou patriarcale, pouvait usurper les uns et s'affranchir des autres sans avoir à craindre la vindicte de la justice. Or Esau était un homme de chasse et des champs ?, un véritable fils de l'indépendance du désert.
On s’en aperçoit suffisamment à ses gestes et à son lan-
gage ?. De tels hommes en font volontiers à leur tête et se souviennent peu du consentement d'autrui. Que ce consentement leur manque, comme il manqua à Esaü, puisque Isaac continua à le regarder comme son fils aîné malgré le marché qu’il avait fait; je dis que ce consentement leur manque, ils s’en passent. D'ailleurs Esaü pouvait d'autant moins recourir au consentement paternel pour ce qu’il lui plaisait de faire, que sa position par rapport à son père élait celle d’un homme qui nourrit un autre homme #. Le père, par sa faiblesse pour le gibier, était comme dans la dépendance de son fils. Cette
‘position était fausse ; comment Esau, le chasseur, n’en aurait-
il pas abusé ?
Ainsi on ne peut tirer aucun argument contre la vérité de
notre récit de ce qu’Esaü ne recourut pas en celte occurrence :
à la permission ou au consentement de son père; on s'éton- 1 Gen., XXV., 34.
Va die
3 xxvu, 81, NX OP
Gr 94, 41, # xx VI, 28.
DÉFENDUE CONTRE LE RATIONALISME ALLEMAND. 73 nerait s'il l'eût fait. El quant au droit d’aînesse, pour en avoir le cœur net, pour savoir si c'était un droit réel et reconnu dans ces temps reculés, on n'a qu’à lire ce qu’au chap. xuiX, v. 3, Israël, c’est-à-dire Jacob, dit à Ruben, son premier né : « Ruben, tu-es mon premier né... supérieur en dignité, supérieur en puissance. » Et devant qui Jacob constate-t-il ainsi le droit d'aînesse? Parle-t-il en secret ou à Ruben seul? Non, il parle devant tous ses enfants.
Je crois que nous pouvons passer au chap. xxvr.
ni Chapitre KI.
Si de Wette déclare que le traité que font entre eux Esaü et Jacob est une pure äction, grundlose Dichtung, Bohlen veut que le ch xxvr ne soit qu'un embrouillage, Verworrenheit t, et c’est par un sentiment identique sans doute que Hitzig signale comme une inter polation le passage qui renferme les v. 2-5 ?,
Examinons d’abord ce asserlion de Hiizig. Pourquoi les -v. 2 à 5 sont-ils une interpolation ? — Parce que la marche de la narration est entravée par l’apparition de Jehovah dont parlent ces versets; — parce que le v. 1 ne dit point qu’Isaac avait l'intention d'aller en Egypte, intention que suppose le V. 2; — parce qu'il ya entre le v. 2 et le v. 3 un défaut de rapport dans la pensée ; — parce que tout ce passage n’est pas là à sa place; — parcequ’ilcontientun fort anachronisme; — parce que le contenu en est identique avec ch. xx, 15-18; — parce que... grâce! c’est assez. Respirez, et laissez-moi respirer. Si pour cette fois l'authenticité de notre texte ne succombe pas, il faut avouer qu’il a la vie plus dure qu’un. immortel.
: Voyons, reprénons ces objections une à une.
41, La marche de la narration est entravée par PAPRRrIeOs de Jehovah. — Voilà qui vous trompe.
Abstraction faite du but général que remplissent les LE ne tions dans la Genèse, celle-ci est ici parfaitement à sa place,
1 Die Genesis s. 265.
2 Begriff der Krit.,s. 169 sq.
puisqu'elle se relie étroitement au sujet du chapitre. 1 y a
une famine dans le pays; Isaac va auprès d'Abimélech, à
Gérare. Cette visite choque les sentiments de haute conve-
nance de M. de Bohlen {. Comment un pâtre peut-il ainsi se
rendre auprès d’un roi! Je soupçonne toutefois qu'Abimélech :
n'était pas un Louis XIV, ni Isaac un pâtre d'Auvergne. Toujours est-il que voilà Isaac sur le chemin de l'Egypte. On peut croire qu'il avait dessein d’y aller, puisque la famine était comme celle « qu’il y avait eu du temps d'Abraham 2, » et qu’Abraham s’y étail soustrait en descendant en Egypte à. Ge qui avait si bien réussi au père, pourquoi le fils, dans des circonstances identiques, ne le tenterait-il pas à son tour? « Alors Dieu lui apparut, et lui dit : ne descends pas en » Egypte #. »
Franchement, vous êtes-vous déjà aperçu de quelque trace
d’interpolation? Cependant nous y sommes en plein, selon …
Hitzig.
La suite de la révélation se rattache à son début, Pourquoi
Jehovvah ordonne-t-1l à Isaac de rester dans le pays? Parce qu'il le gardera de la famine, qu’il le bénira, qu'il sera avec
lui, que le pays lui appartiendra. Dieu transmet à Isaac toutes
les promesses qu'il avail faites à Abraham, et par là cette révélation rattache notre chapitre à ceux qui précèdent, en
même {emps qu'il prépare la suite du récit; elle le ratta-
che aux chapitres qui précèdent, parce qu’elle confirme Pélec-
tion d’Isaac que rapportent ces chapitres 5; elle prépare la suite du récit, parce que c’est une prophétie, dont une partie
s’accomplit déjà dans ce chapitre même, ainsi qu’on le voit par les v. 19, 29.
Vous semble-t-il toujours que le passage en ne endie la marche de la narration?
. Le versel 2 HE chez Isaac une intention que n ex -
. pas le v. 4. — Il ne l’exprime pas en toules lettres,
1 Die Genesis, s. 265 sq.
2 Gen., XXVI, 1.
3 Ibid., xu, 10.
#XXVI, de
5 V, xvir, 19, 213; xx1, 123 xxII, 16 5,
mais qu'importe, puisqu'il la donne à entendre. Isaac allant à Gérare, dans un temps de famine qui élait comme celle du temps d'Abraham, s’avance dans la direction de l'Egypte. C'est à la critique rationaliste de prouver qu’il n’avait pas le dessein rationnel d'aller dans ce pays riche en blé comme V’avait fait son père, et lorsqu'elle aura accompli ce miracle de démonstration, largument d’interpolation qu’elle nous présente ici pourra se discuter. Jusque-là il reste absurde.
3. Le v. 2 présente avec le v.3 un défaut de rapport dans la pensée..— Comment? — Parce que Dieu dit à Isaac, au v. 2 : « Demeure dans le pays que je lindiquerai », et il lui dit, au v. 3 : «Reste comme étranger (ou séjourne) dans ce » pays (de Gérare).» Puisqu’fsaac doit rester dans le pays oùil est déjà, le « demeure dans le pays que je ’indiquerai » est mutile; c’est évidemment une distraction de Finterpolateur. — L'argument prouve, non pas ce qu’il prétend prouver, mais la confusion qui règne dans l'intelligence de nos eritiques. Quand Dieu dit à Isaac : « Demeure dans le pays » que je tindiquerai », est-ce qu'Isaac savait déjà que cet ordre allait être suivi de celui de séjourner à Gérare? Nullement; le premier ordre laisse la question du séjour tout-àfait indécise, n’élant donné que par rapport à l’intention qu’a Isaac d’aller dans un autre pays. C’est comme s’il y avait: ne va pas demeurer dans le pays de ton choix, mais demeure dans le pays que je t’indiquerai. Quel pays lui va-t-il indiquer ? Nul, ne le sait, même le texte ne permet pas de le préjuger. Lors donc que Dieu désigne ensuite le pays,quoique ce pays soit celui où Isaac se trouve déjà, de quoi la critique se plaint-elle? Est ce que le « demeure dans le pays que je » l’indiquerai », exclurait par hasard le pays de Gérare? Vous ne pourriez l’affirmer. Donc, il n’y a rien à reprendre dans le rapport qu’ont entre eux ces deux passages; il est d’une justesse parfaile, et votre argument m'a l'air d’être une pure chicane,
4. Le passage n’est pas à sa place : c’est à l'endroit où est le v. 24 qu’il devrait être, parce que c’est là seulement que Dieu se manifeste à Isaac, comme le Dieu de son père Abraham, et que l’analogie avec la première vision d'Abraham, xv, 1,
x se
76 L’AUTHENTICITÉ MOSAÏQUE DE LA GENÈSE et avec la première vision de Jacob, xxvinr, 13, démontre
que c’est la vision du v. 24, qui est la première en date pour |
Isaac. — Voilà l'argument. Eh bien, j'en suis fâché pour la sagacité de M. Hitzig, mais cet Houen est d’une nullité complète. Il est matériellement insoutenable, d’abord, parce
que la vision d'Abraham, ch. xv, 4, n’est pas la première
vision de ce patriarche, mais bien la 4° !; puis, parce que la
41" vision de Jacob n’est pas analogue à celle du v. 24, mais
bien à celle des v. 2-5.
D'ailleurs, pourquoi la révélation des v. 2-8 serait-elle inter-
polée, parce que Dieu se désigne au v. 24 comme le Dieu d'Abraham ? Est-ce qu'il ne le fait pas aussi au v. 3? Ou pourquoi la vision du v. 24 doit-elle primer celle des v. 2-3, parce que Dieu y dit en toutes lettres : Je suis le Dieu de on père Abraham ? Remarquez donc que ces deux visions ont chacune
un caractère spécial, et qu’étant indépendante l’une de
l’autre, c’est aussi avec raison qu’elles occupent une place distincte. Ce qui domine dans la vision 2-5, c’est le rapport national; ce qui est prépondérant dans celle du v. 24, c’est le
rapport personnel ?. Cette distinction reconnue, et il est facile
de la reconnaître, relisez le chapitre, et dites si la marche historique des événements qui y sont racontés n’assigne pas à chacune de ces révélations la place qui lui convient. Si done
la première révélation est à sa place, elle n’est pas interpolée.
C’est clair, — Oui, répond la critique, mais...
5, Ce passage contient un gros anachronisme, car il y a : « Abraham... a maintenu mes observances, lois, règlements » et doctrines. » — Et c’est là ce que vous appelez un gros anachronisme? En vérité! voilà qui est nouveau. Il n’y avait donc pas des lois, des règlements, des observances, des doctrines avant Moïse? Pourquoi ces termes ne peuvent-ils s’entendre que de la législation mosaique? Qu'est-ce donc que l'institution du jour du repos ? En vertu de quoi Dieu punissait-il le péché *? En vertu de quoi les hommes invo-
1 Gen., xu, 1, T3 XU1, 14-17.
£ RANK. ouh 1,222:
Gen, 11, 2,8:
#:1b., 11, 16, 17 ; Li, 9, 11, 14 Seqq. — 1V, 7 seqq.
quaient-ils le nom de Jehovah 1? En vertu de quoi Noé fut-il un homine droit et intègre et se conduisit avec Dieu 2? Qu’estce que c’est que l’alliance que Dieu établit avec Noë 5? En vertu de quoi la terre était-elle corrompue devant Dieu 1? Que veut dire le déluge? Que signifient ces paroles: «Je réclamerai » de la part de chaque homme la vie de l'homme son frère 5? » Qu'est-ce que cette transaction que Dieu établit entre lui et Les créatures, à perpétuité 6? El la circoncision 7 ? Est-ce que tout cela ne suppose pas des lois, des observances, des règlements, des doctrines? Pouvez-vous croire que Dieu ait créé l’homme, et puis qu’il lui ait tourné le dos? Et s’il ne l'a pas fait, comment ne pas reconnaïire que de tout temps Dieu s’est révélé à l’homme pour l’élever à lui? Or, l’expression de la révélation, qu'est-ce, sinon des lois, règlements, observances et doctrines? Et de qui notre texte pouvait-il dire avec plus de vérité que d’Abrabam, qu’il avait maintenu ces observances, lois, règlements et doctrines? De personne, apparemment ; donc, voire anachronisme est un non-sens.
6. Enfin, dit-on, le passage 2-5 est une interpolalion, parce que le contenu en est identique avec ch. xxu, 15-18, qui est une interpolation. Nous savons déjà que penser de cette prétendue interpolation du chap. xxu, et quant à Pidentité du contenu des deux passages, notre critique y arrive par des zZig-zags si prononcés, que ce qu’on y voit de plus clair, c’est que celte identité est très-obscure.
Après l'argument d’interpolation qui a réussi de la manière qu'on vient de le voir, la critique nous présente, par la bouche de Bohlen , un argument de contradiction qu’elle puise dans le v. 34. Ce verset nomme les deux femmes d'Esaü, l'une Judith, fille de Beeri, l’autre Basmath, fille d'Elon, tandis que le v. 2 du ch. xxxvi les*nomme, l’une Aholibama,
1 Gen., 1v,.16, 26.
AIDenNE 9.
$ 1b., vi, 18.