‹ Démonstration de l'authenticité de la GenèseChapitre 23 sur 43 · XXXIV · texte numérisé non relu

XXXIV

$ xXXIV, 80.

S XIXV, 8, 5.

sée, en lisant les v. 1, 3,7, ne se reporte-t-elle pas instantanément à la seconde moitié du ch. xxvin1?

Maisle v. 8? N’est-il pas jeté là isolément? N'est-ce pas un fragment des mieux caractérisés? N’indique-t-il pas une lacune? — Non, vraiment. La nourrice de Rebecca se trouvant sans sa maîtresse auprès de Jacob, c’est comme si l'auteur nous avait dit que Rebecca était morte. Dans lantiquité, la nourrice, comme on sait, restait toute sa vie auprès de la personne qui avait été son nourrisson. Rébecca étant morte, il était naturel que Débora se transportât au devant du fils que Rébecca avait tant aimé et qui l'avait payée de retour. La mort de celte fidèle compagne arrivant à Bethel, l’auteur le constate dans l’ordre du récit, et voilà la raison du v. 8. — Mais pourquoi, puisqu'il constate la mort de Débora, n’avaitil rien dit de son arrivée? Probablement parce que sa mort arriva en un lieu aussi mémorable que Bethel, et que le moment de son arrivée ne se rattachait à aucun souvenir historique.

Le second fragment de Vater va du v. 9 au v. 22. C'est une pure illusion. Qui ne voit que le.v. 9 se rattache à merveille au v. 7. Lisons : &« Haélohim lui avait apparu lors de sa fuite » devant son frère.—Elohim apparut encore, “y, à Jacob, lors » de son retour de Padan-Aram. » IL est manifeste que cet encore se rapporte aussi au même lieu; du reste, le v. 45 le dit. Ainsi, aux versets 7 et 8, Jacob est à Bethel; il y est encore aux versets 9 et suivants ; où est le fragment? Mais, dit le critique, il ya ici une incohérence visible, puisque Dieu dit à Jacob que son nom sera Israël, et que Jacob appelle l'endroit Bethel, toutcomme si ces noms apparaissaient pour la première fois. —C'est ce qui vous trompe. L'auteur n'avait pas oublié ce qu'il avait dit au ch. xxxit, 23, et dans ce chapitre même, aux versets 3, 6 et 7. Il avait dit : « Jacob arriva à Bethel, il y bâtit un autel et appela l’endroit El Bethel; car là Haélohim lui avait apparu, lors de sa fuite devant son frère. » Voilà donc le vœu que Jacob avait fait au v. 22 du ch. xxvus accompli. Get acte de piété esl suivi d’une seconde apparition de Dieu, qui, comme lui, a le caractère de l’accomplissement. A l'acte solennel de la piété de Jacob correspond la proclama-

tion solennelle du nom d'Israël. « Tu seras Israël» avait dit le ch. xxxir. GEtil l'appela Israël, » dit le ch. xxxv. On le voit, le rapport de succession est évident : le premier passage à un Caractère préparatoire, le second, un caractère définitif. Le même rapport existe pour le nom de Bethel. La voyage de Bethel à Bethel est achevé; Jacob y revient avec une piété inaltérable. Aussi l’autel sur lequel Dieu confirme à Jacob le nom d'Israël reçoil de Jacob la confirmation du sien. Tout est dans l’ordre, dans un ordre qui, chose singulière, déconcerte et mel en désarroi lesprit de nos savants critiques.

Le troisième fragment de Vater comprend les v. 23 à 29. Cela est insoutenable. Le v. 22 se termine : «Les fils de Jacob » étaient au nombre de douze, » et le v. 23 commence leur énumération. — Cela n’est déjà pas si fragmentaire. Mais comment concilier le v. 26 : « Voilà les fils de Jacob qui lui » naquirent à Padan-Aram » avec les v. 46-18, où l’on voit que Benjamin naquit près de Bethlehem ?—C’est une véritable chicane; car enfin, l’auteur venant de dire que Benjamin naquit à Bethlehem, pouvait bien, en parlant de Ja naissance des onze autres patriarches, supposer qu’on n'avait pas oublié le fait récent de la naissance de Benjamin, el qu'on appliquerait tout seul la restriction qu’il commande à l'expression précitée du v. 26. Et puis, à considérer la chose au point de vue élevé - qui est évidemment celui de lPauteur, et que, à cause de cela, il n’est pas permis d'ignorer et dont il faut tenir compte, . quand il s’agit de lexégèse du Pentateuque, Benjamin était né à Padan-Aram aussi bien que ses frères. Que lisons-nous aux v. 23 et 24 du ch. xxx? « (Rachel) enfanta un fils... elle » Pappela Joseph, en disant : Jehovah me donnera encore un » fils.» Cette ferme espérance de Rachel ne fut pas déçue; Dieu, comme le prouve la naissance de Benjamin, la confirma au moment même où elle se manifesta, de sorte que nous sommes autorisés à dire que Benjamin naquit avant de naître, qu’il naquit à Padan-Aram avant de naître à Bethlehem.

D'ailleurs, qui ne voit que ce prétendu fragment est ici parfaitement à sa place, par la raison seule que l’auteur, dans

1 Hengtenberg. Beitrage ete, 11, 280.

le passage précédent, nous a fait connaître la naissance du dernier fils de Jacob? Le nombre des douze patriarches étant ainsi complet, la récapitulation des v. 23-26 s’ensuit tout naturellement. Ne pouvant être omise, à cause de l'extrême importance de ces douze noms, en quel endroit l’Auteur auraitil pu la placer plus à propos? L’Auteur, avec cette perfection de l’art qu’on ne se lasse pas d'admirer, parce qu’il y atteint avec la plus grande simplicité, et, on dirait sans qu'il y songe, met ainsi sous les veux du penseur un tableau vraiment merveilleux : Jacob revenant, après une longue absence, auprès de son vieux père avec un cortége de douze fils, dont l'aspect procure au vieillard la suprême consolation de voir que le Dieu d'Abraham a réalisé la bénédiction qu’il donna au départ à son fils fugitif, n’ayant que son bâton de voyage, en Jui disant : « Que le Tout-Puissant te bénisse; qu’il te fasse » croître et qu’il te multiplie, afin que tu deviennes une assem- » blée de peuples... ? » | | On le voit ; le prétendu fragment a des rapports mulüpliés et les rapports les plus intimes avec tout ce qui précède, et cela devient encore visible par les versets 28, 29, qui terminent le chapitre. En effet, leur caractère, qui est chronolo- gique, les rattache d’abord, par la transition si parfaite du Y. 27, à la généalogie que contiennent les v. 23-26; puis, aux données chronologiques et généalogiques des v. 19, 20, 26 du ch. xxv, qu'ils complètent. En relatant l’âge et la mort d'Isaac, ils ferment le 21° anneau de la grande chaine de chronologie généalogique qui commence avec Adam, et ils le ferment de la même manière que cela a eu lieu pour. Abraham et pour ses ascendants 5. Puisque donc ce morceau fait partie intégrante du ch. xxxv en même temps que de. l’ensemble de la uenèse, comment serait-il isolé, comment serait-il un fragment? On peut dire que la critique de Vater est, sinon une œuvre de mauvaise foi, au moins un chefd'œuvre de distraction.

\ Gen. xxx, 10.

2 xxVIII, 3. 3 Cf. xx, 7, 8.

Soit, nous dira Hitzig !; mais si le ch. xxxv n’est pas un composé de fragments, une juxtaposition de morceaux distinctement séparés entre eux et écrit par des auteurs différents, comme le prétend Vater ?, on ne saurait disconvenir du moins que le passage contenant les v. 9:13 ne soit Vinterpolation d’un glossateur, et du même qui a interpolé les v. 15-18 dans Le ch. xxur, et les v. 2-5, dans le ch. xxvr. — Nous savons déjà à quoi nous en tenir sur ces deux prétendues interpolations; nous avons clairement démontré que les preuves de Hilzig ne tiennent pas contre l'évidence de lunité des chapitres qu’il attaque. Nous allons voir qu’il en est de même ici.

De quoi s'agit-il dans ce passage, v. 9-15? De la promesse faite à Jacob d’une postérité nombreuse et de la possession du pays de Canaan. Est-ce que celte promesse se trouve là pour la première fois? Non, elle est la confirmation et la conséquence d’une promesse antérieure, celle que Jacob reçoit au Ch. xxvuH, v. 13-15, et dont il se souvient fort bien, comme on le voit au chap. xxxir, 9-12. Eh bien, puisqu'il en est ainsi, puisque le passage en litige a le rapport d’une conséquence à ‘une prémisse, il n’est pas interpolé, car qui dit interpolation dit insertion d’un texte particulier dans un texte continu. — Mais la continuité du ch. xxxv est-elle réelle et constitutive ? Ne pourrait-on pas ôter du texte les v. 9-15 sans porter alteinte à son économie? — Non, on ne le pourrait pas, car on détruirait du même coup l’économie du chapitre xLvIm, dont une partie, les versets 3 et 4, se rapporte directement, pour le sens et pour les termes, aux versets 6, 11 et 12 du ch. xxxv. Direz-vuus que les v. 3 et 4 du ch. xzvur sont, eux aussi, une interpolation? — Oui. — À la bonne heure! une interpolation entraînant l’autre, voilà l’unité de la Genèse ‘établie par linterpolation 3. Nos criliques ne-croyaient pas si bien faire. :

Mais enfin, dit Hilzig, comment le v. 14 ne serait-il pas interpolé, puisqu'on ne comprend pas pourquoi Jacob érige

! Begriff der Kritik, S. 171 8q.

3 Comment. III, 475.

% Ranke, Untersuch, 1, 243.

de nouveau une pierre et répand de Vhuile sur elle; c’est évidemment une répétition sans motif du v.18 cb. xxvur. — Une répétition, si vous voulez, mais non sans motif. Pourquoi Jacob érigea-t-il la première pierre? En mémoire de l'apparition qu’il avait eue. Quelle est la raison de l'érection de cette seconde pierre? Parce que « Dieu apparut de nouveau » à Jacob.» Ce n’est donc pas une répétition oiseuse, mais une répétition bien motivée; le verset est par conséquent à sa place, et votre interpolation n’y est jamais. |

Cependant le changement de nom de Jacob n'’est- il pas

raconté ici une seconde fois, parce qu’il a semblé nécessaire de le rappeler à cause du v. 21, où l'emploi du nouveau nom se trouve pour la première fois ?— Nous avons déjà constaté la raison de ce-second récit; elle est infiniment au-dessus de celle que Hitzig lui attribue, et que par surcroît il lui attribue faussement, même à son point de vue, puisque le premier

usage historique du nom d'Israël se trouve, non au v. 21 de

ce chapitre-ci, mais au v. 20 du ch. xxxu1 : « Dieu, le Dieu » d'Israël. »

Mais l’interpolateur se manifeste, parce que dans ce second récit il n’est point donné de motif pour le changement du nom de Jacob. — Le motif de ce changement de nom avait été marqué là où il le fallait, au v. 28 du ch. xxx Si on l'avait donné ici encore une fois, c’est alors qu’il y aurait eu une répétition oiseuse, et partant une interpolation.

Mais le style du morceau n'est-il pas faible et languissant, et n'est-ce pas là un signe caractéristique que le passage est l’œuvre d’une main étrangère à l’ensemble du texte? Pourquoi, par exemple, répéter trois fois de suite, dans les v. 14, 15 : « À l'endroit où il ui avait parlé?» — Le style peut paraître faible et languissant, si l’on fait du morceau une interpolation et qu’on le prive ainsi de la vie et du mouvement qu'il reçoit de l’ensemble du texte; un membre arraché de son corps est un membre mort. Quant à la répétition du \TN "277%N Do qui a lieu, non dans les deux v. 14, 45, mais dans les trois v. 43, 14, 145, elle esl évidemment nécessaire, et qu’elle se fasse dans les mêmes termes, cela est con-

lt Gen, xxXY, 9. |

forme à l’usage linguistique non-seulement du Pentateuque, mais encore de toute la littérature de la haute antiquité. Lisez . Valmiki et Homère. .

Je viens de dire que cetie répétition est nécessaire, c’est dire que l’auteur a eu ses raisons pour la faire ainsi coup sur coup. En effet, n'est-ce pas à Bethel que naît Israël'? C'était un fait immense, et, accompagné comme il l'était de circonstances extraordinaires, il était certes bien propre pour consacrer ce lieu d’une sainteté exceptionnelle. L’auteur ne pouvait assez le faire sentir ; il était donc nécessaire que, selon l'usage linguistique de son temps, il répétât les expressions qui pouvaient servir à atteindre son but. On conçoit que le goût littéraire de Hilzig s’en trouve offensé, mais on conçoit aussi que l’auteur de la Genèse n’était pas tenu à s'arrêter à celte considération. :

L’inanuité de la critique, dont Vater peut être considéré comme le chef de file, et dont le livre de Kuenen est, sous une forme modifiée, le dernier résultat, se découvre dès qu’on souffle dessus. En voici encore quelques autres preuves. On trouve le dernier verset de notre chapitre en contradiction avec Je v. 31 du ch. xzix. Pourquoi? Parce que, dans le premier passage, il est dit qu'Esau et Jacob ensevelirent leur père Isaac, tandis que dans le second, Jacob dit : « Là ils ent » enterré Isaac el Rébecca. » Donc, dit Ia crilique, Pauteurde ce dernier passage ne savait pas que Jacob avait enterré son père, ou bien celui du premier n’a pas été bien informé. — Mais comment Jacob pouvaïit-il parler autrement? Est-ce qu'il pouvait dire : Là j'ai enterré Isaac et Rébecca? Non, puisqu'il n’avait pas enterré Rébecca, morte avant son retour de la Mésopoiamie. Pouvait-il dire : Là nous avons enterré Isaac et Rébecca? Non, puisque Jacob et Esaü n’ont pas plus enterré Rébecca à eux deux, que Jacob ne l'a fait à lui seul. Comment fallait-il donc dire? Regardons bien le passage du ch. xuix ; de quoi s'agit-il? Il s’agit pour Jacob d’être enterré « dans la caverne qui est au champ de Machpéla » que « Abra- » ham avait acquis d'Ephron le Héthéen.»C’est pourquoi il dit à ses fils que ses ancêtres y reposent, et pour le dire, l'expres- 1 Gen. xxxII, 28; XXXV, 10.

sion générale : Là ils ont enterré, elc., suffisait pleinement. Mais notre chapitre, à entendre Bohlent, contiendrait des légendes qui réfléteraient le temps d’un écrivain postérieur. Quelles sont ces légendes ? Cilons-en deux; voici la première : «Ils remirent à Jacob tous les dieux étrangers qu’ils avaient » entre les mains, ainsi que les anneaux qu’ils avaient aux » oreilles ; Jacob les enterra sous un chêne qui était près de » Sichem(v.4).» Cette légende aurait servi à Josué pour justifier les exhoriations qu’il fit aux tribus d’fsraël réunies à Sichem, ét dont le but était de les porter à se défaire de leurs idoles ?. Voyez-vous la politique de Josué? — Non. — Vous la verriez si vous étiez Bohlen. Josué choisit Sichem, pour montrer la sagacité de la politique du compilateur du Pentateuque, àqui. il importait de faire voir aux Juifs de Juda que leur haine contre les Sichemites ou Samaritains était justifiée par Le culte que Sichem avait rendu aux idoles dès le temps le plus reculé. Qu'on cesse maintenant de me vanter l'habileté de Machiavel. Seulement, soit dit entre nous, il me semble que notre compilateur était passablement ignorant. Il devait savoir que les Samaritains de son temps, du temps du roi Josia (car c’est à cette époque que Bohlen place la composition du Pentateuque #) ne pouvaient être atteints par les coups de sa. légende, quelque acérés qu’ils fussent, attendu que les Sichemites d’alors étaient un peuple tout autre que les Sichemites primitifs et les Sichemites d’avant la dispersion des dix tribus “ : c’étaient des colons qu’Assarhaddon avait envoyés en Samarie de différentes parties de son empire et dont le séjour à Sichem ne datait par conséquent, au temps des auteurs de Bohlen, Hilkia, Saphan, Hulda et Le reste, que d’une cinquantaine d’années tout au plus. Il n’y avait vraiment pas de quoi se mettre en frais de légendes primitives contre ces gens-là; les Juifs les détestaient tout seuls, el cela pour, des motifs aussi récents que le peuple létait lui-même.

La seconde légende, que Bohlen a découverte dans le che pitre xxxv, est contenue dans les v. 21 et 22. Pourquoi est-ce 1 Die Genesis, etc. S. 332. — 2 Jos. xx1v, 1, 23, 26.

+ Ibid. Einleit, p. cLxiv. Cf. Kuenen, Ouw. cit., p. 297. 4 IV Reg. xvir, 24 sqq. — Esr. iv, 1 sqq.

e DÉFENDUE CONTRE LE RATIONALISME ALLEMAND. 113

une légende ? Parce que le nom de Migdal-Eder, tour des troupeaux, ne détermine aucun lieu précis. Que le nom de Migdal- Eder ne rappelle plus aucun lieu d’une valeur géographique quelconque, j’y consens ; mais est-ce une raison pour qu’il en fût ainsi au temps de Jacob et au temps du prophète Michée ? car le Moraschite aussi parle d’un Migdal-Eder !. Quant au second argument, qui consiste à dire que le méfait de Rouben est inventé ici pour motiver la malédiction de Jacob contre son premier-né, au ch. xL1x, 4, il est on ne peut plus . malheureux. Est-ce que Jacob aurait pu ôter à Rouben les honneurs et les droits qui revenaient à son aîné, s’il n’y avait eu pour cela une cause {rès-grave? Non, évidemment; donc il n’y a pas de légende. Et vous ne feriez que confirmer cette conclusion, lors même que vous parviendriez à prouver que Pauteur a remplacé par le crime d’inceste le crime qu’il n’a pas nommé. Car ce crime, quel qu’il fût, entraînant lui aussi la perte du droit d’aînesse, serait l’équivalent du crime d’inceste. L'histoire est donc vraie et véritable, et ainsi on s’explique pourquoi la part de Ia tribu de Rouben ne fut point dans les limites de la terre promise?.

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