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| xx, 9, donne les fils du frère de Jacob, « qui lui naquirent » au pays de Canaan (v. 5),» et qu’elle finit en disant : « Esaü » demeura sur la montagne de Séir, Esaü est Edom (v, 8).» En conséquence de cette déclaration, l'auteur, dans la seconde généalogie, v. 9-14, nous donne les descendants d’Esaü « sur » la montagne de Séir (v. 9).» La. troisième, enfin, qui va du v. 15 au v. 19, nous présente les fils et les petils-fils d’Esaü en leur qualité de chefs de tribus, allouphim. De sorte que, depuis le v. 1 jusqu’au v. 19, le chapitre va dans un ordre parfait
des fils d'Esaü qui est Edom, ON Ni WY (v, 8), à ses pelits-
fils, et termine -par les tribus qui constituent le, peuple d’'Edom — EX NN, voilà Edom (v. 19). — Quoi de plus net ? Où y a-t-il là trace d’une composition fragmentaire ? — Mais ‘les répétitions? — Si vous voyez double, comme, par exemple, pour les paroles qui terminent les v. 8et 19, que vous prétendez être les mêmes, ce n’est pas la faute de l’auteur. D'ailleurs, il y a répétition et répétition, des répétitions utiles et des répétitions inutiles, et il me semble que la nature de votre critique m’amène à en faire une qui est inutile pour tout le monde, excepté pour vous. Vous prenez pour une ré- pétition oiseuse, la répétition des noms des enfants d’Aholi- bama, au v. 14. Mais vous êtes grandement dans l'erreur, puisque le but de ce second tableau est de préparer le troisième, dont le contenu uous fait connaître les descendants d'Esaü, qui devinrent des chefs de tribus en Edom. Alors, comme nous voyons par le, v. 18 que ces allouphim, quant à Ja descendance d’Esaü par Aholibama, furent les fils de celle-ci et non ses petits-fils, comme pour les deux autres épouses, il fallait bien, pour rester dans l’ordre, nommer encore une fois les fils d’Aholibama, et les nommer là où ils sont nommés, à la suite des fils de leurs frères. C’est l’ordre généalogique. — Soit, me direz-vous, maisil ÿ a évidemment répétilion pour le nom de Korach dans la liste des allouphim, v. 46-et v, 18. — El je vous. dis qu’il n’y en a pas; ces deux Korach ne sont pas la même personne. Le texle dit expressément que le Korach du v. 16 est un allouph de la famille d’Eliphas, et il dit non moins expressément que le Korach du v. 18 est un allouph d’Aholibama. — Mais le texte n’a pas
nommé le premier Korach parmi les fils d’Eliphas qu’il énumère au v. 11.— Qu'importe, puisque le v. 16 le range parmi les enfants d’Adà, la mère d’Eliphas. Et puis, il n’est pas nccessaire que Korach soit le fils d’Eliphas; il pouvait être son pelit-fils. Le texte semble même indiquer cette filiation de Korach ; en mettaut ce nom immédiatement après Kenas ct avant ceux des deux autres fils d’'Elipbas, il donne à entendre que Korach est fils de Kenas. C'est une solution acceptable de la difficulté, et qui nest suggérée par le v. 20, où Ana est nommé immédiatement après Tsibon, sans qu’il soit indiqué autrement que Tsibon est son père. Nous le savons par d’auires passages f. |
Voilà pour les trois premiers fragments de Vater. — Il en signale trois autres avec le même bonheur. Le quatrième serait le morceau qui comprend les v. 20 à 30. Qu'est-ce que ce passage ? C’est la généalogie de Séir, qui habitait la montagne portant son nom avant l'immigration au même endroit de la famille d’Esaü, et qui, du genre de sa demeure, est appelé le Chorien, habitant de caverne, Towyhodtns. Sa généalogie se trouve tout naturellement ici, après celle d’Esaü, parce que les deux familles étaient étroitement alliées, Esaü ayant épousé une arrière-petite-fille de Séir, savoir Aholibama, fille d’Ana, fils de Tsibon (v. 2, 20, 25), et Eliphas, Thimna, la sœur de Lotan, autre descendant de Séir (v. 12, 22). :
A part ces alliances, l’auteur avait sans doute encore un autre molif pour introduire ici cet aperça sur le peuple Chorien, et ce motif nous est révélé par le dernier verset du chapitre, le v.43,où ilest dit que Séir ou Edom était la possession des descendants d'Esaü. 1! fallait nous montrer daus ses famil-
les principales et dans sa constitution ‘politique le peuple auquel la race d’Esaü était parvenue à $e substituer de forceet en peu de temps, il n’v a pas de doute, puisqu’un des fils d’Esaü avait déjà pour concubine la sœur d’un allouph chorien ?; il fallait nous montrer cela, afin que nous vissions la vérité du la prophétie d'Isaac sur Esaü : « Tu vivras de ton glaive 3, »
1 Versets 2, 24.
2 Versets 12, 22.
3 XXVII, 40e
Le quatrième fragment de Vater s’évanouit donc dans un ensemble bien coordonné comme les trois premiers; voyons le cinquième, qui va, dit-il, du v. 31 au v. 39. De quoi est-il question dans ce passage? Des rois qui ont régné au pays d'Edom !. Puisque l’auteur avait commencé par nous introduire dans la constitution d'Edom, en nous montrant les tribus de ce peuple gouvernées par des chefs héréditaires ou aliouphim, il ne pouvait rester à mi-chemin, il devait nous
monlrer la clef de voûte de ce système politique, et c’est ce qu'il fait dans ce morceau qui traite des melakim ou rois d’Edom. La royauté ne succéda pas, chez ce peuple, à l’autorité des chefs de tribus; elle Jui fut contemporaine, et la
preuve en est dans le sixième fragment de Vater, qui est aussi
le dernier, parce que le chapitre se terminant au v. 43, ce fertile critique s’est vu dans l'impossibilité , à son grand regret sans doute, de nous tailler encore un seplième suivi de plusieurs autres.
Ce sixième fragment donc, qui va du v. 40 à la fin du chapitre, achève de.nous initier à la constitution d’Edom, en ce que, nommant les allouphim d’après leurs résidences et les nommant après l’énumération des malakim, faite dans le . passage précédent, il nous dit clairement que les chefs de tribus gouvernaient Edom concurremment avec les rois. Sans cela le passage n’aurait aucune signification. Pourquoi nommer les demeures des allouphim après avoir parlé des rois et de leurs demeures, si l'institution des chefs de tribus n’avait plus existé au temps des rois ? D'ailleurs, la coexistence de ces deux autorités, l’une subordonnée à l’autre, l’une héréditaire, comme on le voit par la stabilité des noms; l’autre élective,
-. comme on le voit par le changement des noms et par la tra-
dition judaïque très-explicite sur ce point ?. La coexistence de ces deux autorités est confirmée ‘par d’autres passages de la Bible. Par exemple, dans les Nombres, xx, 14-21, le roi d’Edom d'alors apparaît comme un souverain; il redoute le passage d’Israël par son pays et le refuse. Peurqnoi? Parce que, comme nous le voyons par Exode xv, 15, les allouphim d’Edom
: Verset 31.
2 Voy. le Yaschar, loc. cit., 1238, 1240, 1246 ef alibi.
118 L'AÜTHENTICITÉ MOSAÏQUE DE LA GENÈSE avaient pris l’épouvanté én appréfant l'approche d'Israël. a Là conlemporanéité dé ces deux autorités étant démontrée, aucun doute ne peut réster sur l'enchaïnement de ces deux derniers morceaux etifre Eux, comme aussi sut leur connexion étroite avec tout ce qui, précède. Plaignons Vater. Ne sauver aucun de ses fragments! Mälheureux pére, dont tous les enfants bibliques sont morts-nés ! tite Cépendant nous n’en avons pas fini éncore avec ce chapitre. Nous venons de démontrer sori unité; mais Vatér, Gésénius, Bolilen, Sfaehelin, y découvrent dés anachronismes et d’autres contradictions. Voilà qui paraît grave. Bohlen veut ! qué le roi Hadad, le 4° roi d'Edom, soit un contemporain de Salomon ?, Il est patent, cependant, que le Hadad du temps de Salomon n’était pas roi et ne le fut jamais, L'histoire l'aurait dit, puisqu'elle ne manqué pas de le dire pour Reson ?, autre prétendant Contémporain. Non-seulement elle ne touche mot de la royale de Hadad, mais elle dit ensuite expressément qu’ Qil n’y avait pas de roi en Edom, » mais un gouvéfneur 4. Hadad passa sa vic à préléndre au trône d’Edom, car il était «de race royale, nn »%, tandis que le Hadad de notre chapitre fut roi pour tout de bün, et céla sans être fils de roi. J! était fils de Bedad, et d’üné autre tribu que le roi Chouscham, auquel il succéda par Voie d'élection, il n’y a pasde doute, puisqu'aucun dés huit rois qu'énumère notre chapitre n'est fils de son prédécesseur. D'ailleurs, le Hadad de notré chapitre bat lés Madianites Sur le territoire de Moab. Or, les Madianiles n’avaient plus bésoin d'être battus au lcinps de . Salomon, pour l'excellente raison que Gédéon s'en était chargé pour toujours ?; puis Mob, appartenant à Israël, né pouvait pas, au temps de Salomon, servir de chämp de bataille à Edo et à Madian. Enfin, comment Hadad peut-il être identique à son homonyme du Livré des Rois, puisqu'il ést lé 4° dans la liste des rois d’Edom, et qu’Edom, comme nous
1 Die Genesis, p. 342.
2 [II Reg., xt, 14.
» Ib., 23-25.
4 Ib., xxu, 48.
> Jud., Vu, vil, 28.
l'avons déjà vu, avait des rois au temps du séjour d'Israël dans le désert? Chacun de ces rois aurait donc ÉTUYeUns un siècle au moins?
Voilà un échantillon des anachronismes découverts par Bohlen, quin’en fait pas d’autres. Gésénius, il faut le dire, n’est pas resté en arrière. 1 prétend ! qu’Amalek, étant d après notre chapitre 2 l'ancêtre du peuple des Amalékites, ce cha- …pitre est en contradiction d’anachronisme avec xiv, 7, où l’on voit que les Amalékites existaient déjà au temps d’ Abraham. JLest étonnant qu'un hébraïsant comme Gésénius ait pu commeltre une pareille bévue. Car enfin en lisant avec un peu d'attention le v. 7, ch. xiv, on voit qu'il n’y s'agit pas du . peuple d'Amalek, mais du champ d’Amalck, "P?0ÿn n1à 3, Est-ce la même chose? Les rois confédérés pouvaient ravager le champ d’Amalek, parce que l’ auteur pouvait attribuer ce nom par anticipation à un pays où de son temps demeuraient les Amalékites. — Cependant, dit-on, les Ama- lékifes ne pouvaient-ils pas déjà exister au temps d’ Abraham? Ne sont-ils pas nommés le commencement des nations {! Le commencement, sans doute, mais cela ne prouve rien pour leur ancienneté. De quel commencement est-il question dans la prophétiede Balaam fils de Béor ? Du commencement des hostilités des païens contre Israël, et Amalek fut, en effet, la première nation païenne qui attaqua ouvertement le peuple éluf. | C’est dans ce sens que le passage précité est entendu par tous les anciens interprètes 6. Supposons cependant, pour un moment, qu’il faille lentendre au sens propre, à la lettre, il n'en résulterait pas encore que notre chapitre soit en con- tradiction avec xiv, 7; il y aurait eu deux Amaleks. Nous avons déjà résolu la difficr''é que plusieurs voient dans ce passage du v. 31 «avant qu’un roi régnât sur les en-
1 Encyclopædie von Ersch und Gruber, 111, 801. 2.112,16; 3 Hengstenberg, Beiträge ete., 111, 305.
4 Num. xxIV, 20.
5 Exod.,xvu, 8 seqq.
6 Hengst., loc. cit, 304.
» fanis d'Israël. » Staehelin ! le regarde comme une bonne
preuve de la rédaction de la Genèse à l’époque des rois ; mais celui qui sait que les promesses de Dieu, loin d’être des paroles vides de sens pour l’auteur du Pentateuque, étaient au contraire pour lui des choses réelles et positives, des faits historiques dans le sensle plus élevé et partant le plus vrai du mot”; celui-là pense que le passage en question, précisément parce qu'il s'appuie sur une promesse divin e,est une des garanties
les plus fortes de l'authenticité du ch xxxvi.
Cette authenticité, nous l'avons démontré à l'occasion 4 ch. xxvi, n’est pas non plus ébranlée par lobjection qu'on tire des divers noms des épouses d’Esaü. Ici nous allons achevér la démonstration. En effet, on pourrait demander comment il se fait, la coutume du changement de nom reconnue comme un trait des mœurs de l’Orient, que Judith qui quitte en se mariant son nom pour celui d’Aholibama, soit comme Judith la fille de Beeri, le Héthéen, et comn.e Aholibama, la fille d'Anä, fils de Tsibon, le Hévien #. Comment accorder avec le changement de nom de la femme, le changement du nom de son père, el, de plus, celui dela nationalité de ce père? Beeri est-il identique à Ana ? Un Héthéen est-il la même chose qu'un Hévien ? -— Voilà ce qu'on pourrait demander, puisqu’on l’a fait déjà et que Vatcr 4 est mêmeallé jusqu’à en faire un argument péremptoire contre l'identité de l'auteur de la Genèse.
Voici donc la solution de cette difficulté.
L'identité de Beeri et d’Anà n'est pas si difficile de constater avec le secours d’un savant comme Hengstenberg 5, elle résulte du verset 24, qui dit : « EL voici les enfants de Tsibon : Aià et » Anâ. » C’est cet Ana qui trouva les sources chaudes, po, au désert lorsqu'il fit paître les ânes de Tsibon, son père. Cette découverte nous explique le nom de Beeri, “N2, 5 qui veut
1 Krit. Untersuch. üb, d. Genesis, s. 109.
2 xxxv, 11.