‹ Démonstration de l'authenticité de la GenèseChapitre 29 sur 43 · XLb 46, 53, 54; LV. 6, Fe · texte numérisé non relu

XLb 46, 53, 54; LV. 6, Fe

3 XLvII, 9. ; à # XXXVIT, 2.

5 xXXV, 28.

tion. Est-ce que le texte avait dit qu'ils n’avaient pas l’intention de le tuer ? — Non. — Que signifie donc votre objection? C’est bien une querelle d’Allemand que vous nous faites ici. Du reste, les frères de Ruben ne s’engagent point à ne pas tuer Joseph, et on peut mourir dans une fosse aussi bien que sous le couteau. Juda le sait, il connaît l'intention de ses frères, et c’est pour éviter à Joseph la mort de la faim ou celle

que causent les morsures des bêles venimeuses ‘, qu’il con-

scille à son entourage de ne pas tuer le Songeur, mais de le vendre. | :

Ensuite, dit de Wette, on s'étonne que Ruben n’objecte rien contre cette proposition, et plus encore que Ruben, lorsqu'il retourne à la fosse et qu’il n’y voit plus Joseph, est saisi de désespoir. Pour s'expliquer cela, on est forcé — genôthigt — de supposer que Ruben était absent lorsque Juda fit sa proposition et lorsqu’on l’exécuta. — Si on est forcé, remarque spiriluellement Ranke?, de supposer telle circonstance pour

mettre de l’ensemble dans un récit, rien ne s’oppose à ce que

cette circonstance y soit passée sous silence. En effet, l'écrivain qui écrit de manière à ce que son récit explique par ce qu'il dit ce qu’il ne dit pas, n’écrit pas si mal, ce me semble. D’ailleurs, est-il nécessaire de supposer lPabsence de Ruben au moment où ses frères entendent et exécutent la proposition de Juda? Nullement. Il pouvait avoir assisté à tout cela en témoin muet et impuissant, et son désespoir qui éclate, quand il revient à la fosse, s’explique suffisamment par ce que l’auteur dit de lui au v. 22.

Après ce spécimen de la critique de de Wette, voyons les remarques de Bohlen et de Hartmann; elles concernent la vérité historique du ch. xxxvIr.

Rachel était morte; comment donc Jacob pouvait-il dire à Joseph : « Viendrais--je avec ta mère et tes frères pour nous » prosterner devant toi ? » C’est une inexactitude chronologique qui porte atteinte à la vérité historique du récit. C'est

‘ D’après la tradition judaïque, en effet, il y avait dans la citerne des serpents et des scorpions. Voy. dans le Thalmud au seder Moed le traité Schabbath, fol. 22.

? Untersuch, ü. d, Pent., 1, 259.

DÉFÉNDUE CONTRE LE RATICNALISME ALLEMAND. 129

Bohlen ‘ qui dit cela, mais non pas le lecteur qui réfléchit que Jacob exprime par ces paroles limpossibilité que le rêve > de Jacob puisse se réaliser.

La conduite de Joseph, rapportant à son père les mauvais propos de ses frères, est inconciliable avec le noble et pieux caractère de Joseph, dit Hartmann ?. Ce n’est-pas là le souci de l'historien. Ge qui lui importe, c’est de rester fidèle à l’histoire. La FÉNTERTIE de Hartmann sent le romancier idéaliste à une lieue ; elle n’a aucune valeurcritique. Du reste, Hartmann sait-il bien ce qu’il veut? N’attaque-t-il pas immédiatement après la vérité historique du texte, parce que !e caractère de Joseph est trop idéal; de même que quelques pages plus haut ?. il avait traité de mythe toute l’histoire de Jacob « die ganze Geschichte Jacobs? » À voir cette exagération sans pareille, je me persuade que le seul critérium du professeur de Rostock dans l’examen du Pentateuque à été l'intolérance contre les Juifs qui distingue la ville où il à écrit son livre, intolérance qui leur défend d’y mettre le pied, si ce n’est une fois l'an, au temps de la foire de la Pentecôte. La vue d’un Juif, je me le rappelle, y causait autant de sensation qu’à Paris celle d’un Japonais. Il a fallu Sadowa pour changer cet étatdechoses.

La défiance de Bohlen contre la crédibilité de la narration du ch. xxxvur est vivement éveillée par le passage qui va du v. 13 au v. 17, où il est dit qu ‘Israël envoie Joseph, son fils chéri, seul à plus de 40 lieues, über 20 meilen *, dit Bobhlen, à travers un pays où sans nul doute les habitants avaient gardé le souvenir de l'horrible exploit de Siméon et de Lévi raconté au ch. xxxiv. Puis, la rencontre de cetétranger qui remet Joseph dans le chemin pour yrejoindre ses frères, sans que Joseph se soit nonrmé à lui. — Toute cette objection qui à pour but de présenter le texte comme inexact et embrouillé, s’'évanouit bien vite devant quelques remarques fort simples. Israël pouvait envoyer son fils chéri de Hébron à Sichem et le laisser aller tout seul, sans rien craindre pour lui, car Israël avait le

! Die Genesis, 355.

2 Hist. krit. Forschung. s. 435.

3 Jbid, 429.

{ DrexGenesis, s. 351.

sentiment de sa force ; c'était un homme puissant et par conséquent respecté dans le pays. Pour s’en convaincre, il suffit

‘de relire xxxu, 40, 28, xxx, 14, XXXV, 5, xxx VI, 7. Si les hà-

bitants du pays s’élaient trouvés empêchés de se venger sur Jacob et les siens, lorsqu'ils étaient dans toute l’effervescence de l’indignation qu'avait excitée en eux le méfait de Siméon et

de Lévi, ils ne devaient pas paraître bien redoutables à Jacob

. alors qu’une dizaine d’annécs au moins s'était écoulée depuis: Enfin, le patriarche n’envoya pas Joseph à 40 lieues, comme

Bohlen, toujours élourdi, Pavance sans respect pour la géo

graphie, mais à 10 lieues environ, comme le dit le texte, la distance de Hébron à Sichem. Et il est de toute évidence que

dans ce rayon de distance, et bien plus loin encore, Jacob &

son fils devaient être connus, passez-moi l'expression, comme le loup gris. La merveille alors qu’un homme, rencontrant

Joseph, le reconnaisse au premier aspect, d'autant plus que

Joseph portait précisément ce jour-là sa {unique diversement

colorée, ce qui, dans l’Orient d'alors pauvre encore et peut

peuplé 1, était capable de rendre notoire un homme. x Mais il est invraisemblable, reprend Bohlen, que les frères

de Joseph, après avoir fait preuve d'un cœur dur et barbare,

en envoyant à leur père la robe lachetée de sang, viennent

ensuile pour le consoler. — Cette remarque honore le cœur de Bohlen, mais elle prouve que ses études psychologiques

ont été un peu négligées. Le procédé des fils de Jacob n'ett pas invraisemblable du tout; ces gens-là nétaient pas de petits

sains ; on s’en aperçoit assez à leurs autres actions. Celui qui peut commettre linceste ei massacrer tralireusement, peut. bien aussi verser des larmes feinles avec le malheureux dont

il a causé le malheur. C’est même la moindre des choses.

Pour que l'objection eût de la valeur, il faudrait que Bohlén nous prouvât que la conduite des fils de Jacob est impossible.

Enfin, un dernier argument de Bohlen contre la vérité his : torique du chapitre est Liré du v. 36, où il est dit que les mar-

chands vendirent Joseph à Putiphar, eunuque de Pharaon,

chef des exécuteurs. Notre critique pense qu'il n’y avait pas

1 Verset 22. ES

d’eunuques en Beyple +. !. IE n'a donc pas vu les monuments égyptiens ? Qu’il lise alors Rosellini ?, et il verra que Egypte connut les eunuques tout aussi bien que les connurent les pays de FAsie. La polygamie n’était pas inconnue aux Egypliens, comme nous le voyons par Diodore de Sicile 3; elle était moins fréquente chez eux qu’en Orient, voilà lout. D’ailleurs, les eunuques n'étaient pas exclusivement employés pour la garde des harems; ils étaient fréquemment revêtus d’autres Charges et arrivaient aux premières dignités de la cour, de sorte que le mot D" saris peut aussi se rendre par « seigneur de cour. » Mais son premier sens est eunuque, de DD racine inusitée, équivalente à ww déraciner.

J'ai fini avec les critiques allemands. Mais voici un savant français # qui dit qu’il y a une lacane dans ce chapitre, et non-seulement dans ce chapitre, mais aussi dans les cha- Pitres xxu, xxvat et xzvIu; enfin dans l’Exode. Examinons la question.

Il est impossible que des lacunes existent dans le Pentaleuque. Comment un auteur qui était parfaitement maître de son sujet et qui se servait des matériaux à sa disposition pour

un but nettement déterminé, comment cet auteur aurait-il pu faire un ouvrage avec des lacunes? Les lacunes dans un livre quelconque accusent, ou l’ignorance de Fauteur ou'sa distraction. Aucun auteur, je suppose, n’en fait volontairement; quelquefois, il est vrai, ilsemble que des lacunes existent daus des ouvrages d’ailleurs bien faits, mais ce n’est qu’en apparence : pour le lecteur intelligent elles n’existent pas, et il était bien permis à l’auteur de compter sur cette classe de lecteurs. Non, le silence sur tel ou tel fait dans un ouvrage, dès que le récit de ces faits n’est pas en rapport intime avec. le but de l’auteur, ne constitue nullement une lacune. .. Mais voyons les lacunes de M. Drach. La première,se trou- Dar entre le v. 19 du ch. xxur et le v. 2 du ch. xxur. Dans le

1! Die Genesis, 360.

2? Monumenti dell Egitto, vol. an, p. 132, seqq.; capit.1v,S 4, et FRA fg. 2: :. 8 Diodor. Sic.r, 85.

‘ M. Drach, dans l’avant-propos de sa trad. du Yaschar, dans EE dou des | Apocryphes 1, Col. 1078, sq., édit. Migne.

premier verset il est dit qu’Abraham s'établit à Beerséba, dre le second que Sara mourut à Hébron. Là dessus M. Drach pose cette question : Comment se failil que Sara meurc à huit lieues de son domicile? — Mais où donc est le texte qui

dit que Sara meurt à huit lieues de sou domicile? Pour que

nous fussions autorisés à dire que Sara ne mourut pas dans son domicile, il faudrait que le texte ne nous eût jamais dit qu’Abraham avait son domicile à Hébron. Or, il nous l'a dit en toutes letires, non pas une fois, mais deux fois. Lisez : « Abram . . s'établit dans le hocage de Mamré qui est à Hé:

» bron î. »—cAbram . . demeurait dans le bocage de Mamré?,

» qui est Hébron 5. ».

C’était tout nouvellement qu’Abraham s'était établi à Beer séba, c’est à savoir à son retour de Moria. Sans doute, il pou-

vait y avoir séjourné déjà antérieurement, cela est même fort

probable #, mais sa maison, son domicile fixe était toujours à Hébron, domicile qu’il avait choisi à son retour d'Égypte. Et.

la preuve qu'Hébron était toujours son domicile principal,

c’est aw’il y acheta une propriété sépulcrale 5, qu'il y revint.

de Beerséba pour y passer le reste de sa viefel que c’est aussi là que demeurèrent son fils Isaac ? et son petit-fils Jacob 5. Ainsi Sara ne meurt pas à huit lieues de son domicile, mais

dans son domicile, — et la première lacune de M. brach |

n'existe pas.

- Ni la seconde, qui serait entre le v. 10, ch. xxx, où Jacob + dit qu’il a passé le Jourdain « sans autre bagage que sa per-. » sonne et son bâton, » et le v. 8, ch. xxxv, où «on n’est pas » peu surpris de voir à sa suite la nourrice de sa mère, qu'ik.

» n’avait . emmenée lors de sa fuite de la maison pater- » nelle. »

On n’en est pas surpris du tout. Jacob n’avail pas emmené.

1 Gen. , XII, 18.

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