‹ Démonstration de l'authenticité de la GenèseChapitre 3 sur 43 · Chapitre II · texte numérisé non relu

Chapitre II

Nous entrons maintenant dans l’histoire du patriarche qui est déjà l’histoire spéciale du peuple d'Israël. Jusqu'ici, pour que le peuple élu connût celui au service exclusif duquél il devait être appelé, et qu’il comprit sa position spéciale par l'histoire du rapport général de la créature au Créateur, lauteur, dans une série de tableaux retracés avec cet art inimitable qui fait la grande manière historique, avail présenté à ce peuple Jéhovah identique avec le Créateur du monde et l'hornme créé dans un état parfait pour commander à ce monde en maître respecté; il lui avait montré l’origine toute religieuse de l'institution du jour du repos, pour qu’elle lui servit de confession perpétuelle de son état de dépéndance de Dieu seul ; il lui avait dit comment l’homme effaça en sa nature, et par suite dans toute la nature qu’il commandait, le cachet de perfection qui est le propre de toute œuvre divaie, et comment, en conséquence d’une action aussi coupable, il avait été condamné à manger son pain à Ja sueur de son front et à rentrer dans la poussière dont il avait été tiré; que Dieu, cependant, toujours miséricordieux lors même qu’il fait seit toute la rigueur de sa justice, avait donné à l'homme une espérance, el une espérance qui devait se réaliser par celle-là même qui avait failli la première, la femme : que ce serait Elle (mn 1psa) qui écraserait la tête du Serpent et le repousserait dans l’abjection avec la partie la plus infime de son corps, avec le talon; puis, en vertu de cette réparation à venir, l’auteur, dans le tableau de l’histoire de Caïn, avait montré Jéhovah disant aü coupable : le péché t’assiège à la porte, il veut l’atteindre; mais tu peux le maîtriser. Enfin, Ie même dessein de relever Fhumanité de son état d’infirmité, Dieu avait continué à le manifester dans le châtiment du déluge; dans ses conseils, cette peine infligée s'était changée en grâce: pour que tous ne périssent pas, Jéhovah avait sauvé Noé et fait une alliance avec lui et en lui avec ses descendants qu’il avait ensuite dispersés sur toule la terre, au moment où leur

perversité avait menacé d’égaler celle de la race que le déluge venait d’engloulir.

Tels étaient, en somme, les rapports généraux entre l’homme et Dieu que l'historien avait retracés avec une sûreté de méthode el une science de langage qu'aucun auteur avant ni après lui n’a dépassées, et maintenant c’est avec cette même supériorité de procédé historique et linguistique qu'il nous montre en Abraham le premier accomplissement des bénédictions que, par l’histoire de Noé, il nous avail préparés à voir s'étendre sur la race de Sem, et, par elle, sur la race de Japheth. La vocation d'Abraham, tel est le sujet général des 13 chapitres suivants, et ainsi s'explique comment des divers noms de Dieu, le nom de Jéhovah est celui qui prédo: mine ici. La grande manifestation de Dieu comme Jéhovah, la manifestation la plus importante, en ce qu'elle élève l'homme de la connaissance extérieure de Dieu à celle de son essence, à celle de son Étre (mn “N man), cette manifestation entre en voie de préparation directe avec l'ordre que reçoit Abraham d’aller dans la terre, qui, pour ses descendants et l'humanité entière, sera la terre du salut définitif, la terre de la rédemption.

Nous ne nous arrêtons pas à présenter l’histoire d’Abraham dans son ensemble. Cet äperçu général, nécessaire pour faire ressortir l'unité du récit, trouvera sa place à la fin de notre travail, dans Je tableau général que nous présenterons du Pentateuque entier. Ici, nous venons de suite aux objeclions de la critique moderne.

Cette critique veut bien reconnaître que le chap. x1r est en connexion avec le ch. xx, mais la manière dont elle le fait nous dispensé de lui en témoigner notre reconnaissance. Les deux chapitres se relient l’un avec l’autre, dit Vater !, parce qu’Abraham, ayant dressé sa tente entre Bethel et Aï, et après y avoir élévé un autel, descendit vers le midi?, et revint du midi jusqu’à l'endroit où était sa tente au commencement, entre Bethel et Aï, vers l’endroit où se trouvail l’autel qu'il y

..® ta Be

! Commentar ü. den Pent., 1, 1179, | MÉTENES 3 Gen., x11, 8, sq. à, À LANCE

avait fait précédemment !. Voilà pourquoi les deux chapitres forment un tout uni.

Ainsi si par malheur Abraham n'était pas revenu au même endroit, c’en étail fait de l'unité des deux chapitres; on les aurait déclarés en élat de fragments tout comme les autres. N'allez pas nous dire maintenant que ces messieurs de la haute critique manquent de sagacité. On les dirait sans malice voyant qu’ils la supposent si peu dans les autres. Car enfin le compilateur de la Genèse, puisque compilateur il y a, suivant eux, pourrait bien s’être donné le plaisir d’avoir arrangé la concordance que signale Vater et qui lui paraît si décisive. Il faut avouer que la chose n’était pas bien difficile : prenez une partie du n° 1, et mettez-la dans le n° 2, ou une partie du n° 2, pour la mettre dans le n° 1, et le tour est fait.

Nous autres critiques sans parti pris, nous ne nous contentons pas de si peu, et nous constalons l’unité des deux chapitres précités comme de tous ceux qui les suivent, dans lhistoire qu’ils nous donnent de la réalisation successive des promesses divines que contiennent les quatre premiers versets du chap. xur.

En cffet, de même que par ces promesses le chap. xur se rattache, au moyen de la chaine généalogique, à la bénédiction que Noé, inspiré par Dieu, prononce sur son fils Sem, de même elles unissent, dans un ensemble indissoluble, par les - conséquences historiques quien découlent, non-seulement les parties qui traitent de lhistoire d'Abraham, puisque cette histoire seule n’en présente pas Re: entier et complet, mais aussi l'histoire d’Isaac et de Jacob, et celle du peuple d'Israël tout entière.

Mais, demandera-t-on, pourquoi cet ordre de Dieu à Abraham de quitter Haran ? N'est-ce pas là une de ces interventions directes de Dieu, dont parle Hartmann, et qui, si fréquentes dans la Genèse, constituent, selon lui des «miracles inutiles?, » L'auteur, il est vrai, ne dit rien de la raison qui motiva l’ordre divin que reçut Abraham de quitter Haran et la maison de son

t Gen., xlII, 8, 4.

2 Hist, krié. F'orsch., p. 358

père, mais nous l’apprenons ailleurs, et c’est par Josué que nous l’apprenons. Josué fait clairement connaître cette raison, quand il dit aux Israélites : « Aïnsi parle Jéhovah, dieu d'Israël : « Vos ancêtres ont demeuré au-delà du fleuve (Euphrate) dès » J’antiquité, Tharah, père d'Abraham et père de Nahor, et » ils servaient des dieux étrangers. Alors je pris votre père, de » l’autre côté du fleuve, et je le conduisis dans le pays de » Canaan !. » Voilà une raison qui est à coup sûr bien valable pour motiver la séparation d'Abraham d'avec son pays et sa famille. Mais, demanderont les critiques, est-elle bien historique cette raison ? Qui nous dif, si ce n’est le seul Josué témoin intéressé, qu’au temps d'Abraham l’idolâtrie régnait dans la Haute-Mésopotamie ? Est-il même bien vrai qu’Abraham soit un personnage historique plutôt qu’un nom symbolique, un nom significatif, un résumé d'événements historiques, ainsi que Bohlen et récemment Noeldeke? se sont ingéniés à le prouver tant pour Abraham que pour d’autres noms de la Genèse 5?

Beaucoup de nos lecteurs s’élonneront peut-être que ce dernier doute ait pu être émis, et qu'on puisse balancer un seul instant à reconnaître la réalité de la personne d'Abraham telle que nous la présente l’auteur de la Genèse. Il a pourtant été formulé, et non-seulement par les rationalistes, mais aussi, et cela est fait pour étonner, par un savant catholique. Voici, en effet, ce que dit M. Lenormant : « Je suis disposé à consi- » dérer le personnage d'Abraham comme à la fois symbolique » él individuel; symbolique, en ce sens qu’il représente au . » moins une puissante tribu, qu'à son nom se raltache un » ensemble de faits qui ne peut être circonscrit dans la vie d'un » seul*...L’exégèse a mis en doute, et, Je pense, avec juste » raison, le voyage d'Abraham en Egypte 5. » Cependant un avant comme lui ne devait pas ignorer que des historiens de antiquité, tels que Bérose, Hécatée d’Abdère, Alexandre Po-

! Jos., xx1v, 2, 8.

? Noeldeke, Die Ungechichtlichkeît der Erzählung Gen., x1v. ? Bohlen, Genesis, 155.

4 Cours d’hist. anc., p. 219.

* Ibid., p. 218, note.

lyhistor et d’autres attestent, en se complétant, la personnalité du patriarche des Hébreux et l’ensemble dé sa vie telle que nous la donne l'auteur de la Genèse, y compris son voyage en Egvpte. « Dans la 40° génération qui suivit le » déluge, dit Bérose, il se trouva parmi les Chaldéens un » homme juste, qui était grand ét fort versé dans l’astronomie : » perd Tov xuTuxAucudv dexdrn yevéæ, nup% Xalduiots tic AV dixotos Svp D xut MÉyAs, XaÙ Ta oùpaviu Euretcos !, » Bérose ne nomime pas Abraham, mais il le désigne si clairement qu’on ne saurait s’y méprendre, et d’ailleurs Josèphe dit positivement que c’est d'Abraham que Bérose parle ici : Mymuovete.….. 'AGpauou Browcoos ?, Je sais bien qu'Ewald 8 conteste la validité de ce té- Mmoignage. Mais comme il ne donne aucune raison suffisante de sa dénégation, il est pérmis de passer outre,

Abraham, dit Nicolas de Damas, en nous rapportant la tradition locale, Abraham fut roi de Damas. C'était un étranger venu avec une grande troupe de la terre des Chaldéens qui est au-desssus de Babylone. Quelque temps après, ayant quitlé cette contrée avec tout son peuple, il s'établit dans la terre de Chanaan qui se nomie maintenant Judée, où sa postérité se multiplia d’une manière incroyable. Le nom d'Abraham est encore aujourd’hui fort célèbre eten grande vénéralion dans lé pays de Damas: on y montre un bourg nommé d’après lui : Demeure d'Abraham ’A6oduou étxnois (Josephe, 1bid.).

Nous ne pouvons pas tout citer, mais cependant noùs ne devons pas omettre de corrohorer le témoignage précité de Josué, par celui d’Eupolemos. Ce témoignage est d’une force d'autant plus grande qu’il est purement objectif, Comme lé serait une inscriplion contemporaine.

Q À la 10° génération (après le déluge), dit Eupolemos, dans » la ville Camariné (Kauapivn) de la Babylonie que quelques » auteurs nomment Ourienne, et qué les Grecs intérprétént » par Chaldéopolis, naquit Abraham, qui l'emportait sur tous » ses contemporains en noblesse el en science (sapientia)..….

! Berosi Chaldacorum hist. quæ supersunt, auct. Richter, p. 58. ? Josèphe, Antig. jud., 1, ce. 7, 2.

* Ewald, Gesch. d. Volkes Israel, 1, 384 sq.

» S’étant élevé à une haute piété, il fut agréable à Dieu. Ce » fut par ordre de Dieu qu'il alla avec les siens en Phé- » nicie, etc. {. »

L'autorité de ce témoignage réside dans le mot Xamarine qui, comme il est évident par l’hébreu, O3 Kemarin? prétres, veut dire ville des prêtres, ce qui rapproché du nom de la ville qui est appelée Our x 5, c’est-à-dire feu ou flamme, nous montre en cet endroit un centre de la religion Sidérale ou Pyrolatrie, appelée aussi Magisme, mais qu’il ne faut pas confondre avec le Zoroastrisme de la race aryenne ou irânienne, Le magisme des Chaldéens, religion chamite ou kouschite, était un pur Naturalisme, tandis que la religion bactrienne ou iranienne était infiniment plus relevée, en ce qu’elle avait conservé le culle des croyances primitives de Punité et de la spiritualité de Dieu, le Souverain-Maître (Akouramazda, Ormouzd) de toutes choses. Plus tard, ces deux religions se sont mélangées; mais ce mélange, comme il est assez évident par le massacre des Mages “ (WMagophonie), ne s'était pas encore opéré d’une manière complète au temps de Darius, fils d’'Hystaspe, 521 avant notre ère. Mais laissons cela et revenons à la ville de Âamariné qui, d’après le rapprochement que nous venons de faire, élait évidemment la même que l’Our des Chaldéens. Or, Haran (Carrhae) était peu éloigné d’Our, et il est tout naturel de penser que le culte pyro- Jâtre qui régnait à Our devait dominer aussi à Haran. Du reste, ce n’est pas une simple hypothèse, car, d’après la tradition de l'Orient, c’est de Haran que l’idolâtrie sidérale s’est répandue dans le monde.

Et chose remarquable, elle a toujours conservé ce caractère paien primitif. On dirait que ç’a été par uñe permission spéciale de la Providence, afin qu’elle servit ainsi, pour de longs

! Eupol. ap. Euseb. Præp. Evang., lib. 1x, c. 17.

? Zephan., 1, 4, et al.

3 On interprète aussi ce nom par un mot iranien, et Our kasdim serait synonyme de Esopotamie, le pays de deux fleuves. C’est possible; la race japhétique pouvait avoir laissé ce nom au pays où la race chamite devint ou resta cependant dominante et sa religion avec elle.

* Heroë, 1, 79.

siècles, de justification éclatante à la vocation d'Abraham et par suite aussi à la vérité historique des textes précités de la Genèse et de Josué. Haran élait la ville païenne par excellence et on la désignait ainsi en Orientt, Aussi Julien l'Apostat avait-il une grande sympathie pour Haran et alla--il lui rendre visite. Sans doute qu’il y adora Schemal, le « grand » seigneur » ou dieu du soleii, el la divinité androgyne de la lune, et Beltis, et Thammouz, et les autres divinités sidérales.….

Après avoir suffisamment consiaié, ce me semble, la vérité historique de la vocation d'Abraham que relate le v. 4 du chap. xt, suivons le serviteur de Dieu dans ie pays qu’occupaient déjà alors les descendants du fils de Cham. Cette indication : « Le Cananéen était alors dans le pays ?,» n’est pas inutile, car il nous fait comprendre la raison de l'itinéraire d'Abraham, le soin qu'il prend d’éviter les plaines, afin de couvrir sa marche et d’être à l’abri des coups de main de celte race, dont l'hostilité remonte aux événements que l’auteur a retracés à la fin du chap. 1x.

Mais ce n’est pas tout. L'auteur, en faisant cette remarque, a évidemment un autre dessein encore. Les rationaïistes n’ont pas voulu le comprendre, et afin que nous autres ne le comprissions pas non plus, ils se sont permis unc petite falsification.

Pourquoi non ?

C’est si peu de chose que d’ajouter au texte le petit mot encore. C’est en effet ce mot qu’ils y ont ajouté, pour lire : « Le » Cananéen était alors encore dans le pays.» On fail dire ainsi à l’auteur une absurdité historique, et on triomphe. Cependant la vérité est, qu'il y a «le Cananéen était alors dans le » pays, VIN N 3229, » et ces paroles, suivies comme elles le sont de celles de la promesse de Dieu :« Je donnerai ce pays à » {a postérité, » présente à notre esprit, avec une précision et une netteté incomparable, lout le contraste qu’il y a entre la

1 Charras enim, seu tlaran Syri appellare solent Paganorum urbem, quod ab ea idolorum culius initium duxerit (Asseman, Biblioth. orient., 1, 201).

3 Genèse, x11, 6.

? De Wette, Ent, in das Alie-T,, p.636; Hartmann, Hist. crit. Forsch., p. 695.

position actuelle d'Abraham, si incertaine et si périlleuse, et celle pleine de grandeur et d’éclat que lui réserve lavenir dans sa descendance. — Voilà de ces traits de pinceaux qui sont d’un maître historien‘!

Cependant, de Wette, dans sa préoccupation de la rédaction apocryphe du Pentateuque, ne voit? dans l'indication de cet itinéraire que Le dessein du compilateur de rattacher l’origine de sainteté des lieux que vénéraient les Hébreux au séjour qu'y aurait fait leur patriarche ; c’est pour cela, dit-il,que sont nommés ici des lieux conme Sichem et Bethel. Notre critique ne fait pas preuve ici de sagacité, car, comme le remarque Haevernick, si Sichem et Bethel jouissaient d’une grande célébrité religieuse chez les Hébreux, il n’en a jamais été de même pour Moré et Aï. Et cependant Jéhovah apparaît à Abraham dans le bocage de Moré! Voilà done le rédacteur supposé de de Wetle qui écrit sans rime ni raison, puisque c'est dans un endroit parfaitement ignoré qu’il place la grande merveille de la promesse que Dieu fait à Abraham de donner à sa postérité le pays de Canaan. C'était le cas ou jamais, puisqu’il s'agissait de rehausser l’éclat des lieux consacrés, de rattacher l’apparilion de Dieu que relate le v. 7, à un lieu autre que l’obscure colline de Moré, dont l’histoire des Hébreux n'a gardé aucun souvenir religieuxÿ.

Nos doctes critiques ne voient pas que le texle denotre chapitre fournit les preuves Les plus fortes possibles de la rédaction authentique de la Genèse et du Pentateuque. L’emploi du mot Pharaon ne vous dit donc rien? Jamais dans le Pentateuque on ne trouve nommés les rois d'Egypte par leur nom, c'est toujours par leur titre commun de Pharaon ou ot. Ceci est d’une extrême importance, car il prouve d’une manière singulièrement frappante que, puisque l’auteur nomme les princes d'Égypte comme les désignaient leurs sujets, par leur seul titre, cet auteur est né et a vécu longtemps en Egypte.

t Hengstenberg, Beitraege etc., 111, 185,

? Einleit. in das A.-T., 84 sq.

3 Le nom de Moré n’est plus mentionné que deux fois, Deuf. x1, 50; Judd., vi, Î,

Remarquez, en effet, que partout ailleurs que dans Île Pentateuque, lorsqu'on parle des rois d'Egypte, on les nomme par leurs noms, en y ajoutant « roi d'Egypte, melek Mitsraim t,» ou bien par pléonasme : Pharaon, roi d'Egypte?. On voit d'ici de quelle importance est cet argument, et d’autres qui s’y rattachent, pour la démonstration de l'identité de l’auteur du Pentateuque avec Moïse. Aussi vais-je y revenir en s0b lieu, et je passe maintenant à faire voir avec combien peu de raison Vater, Bohlen, Staehelin et M. Lenormant à leur suite, ont émis des doutes sur le voyage d'Abraham en Egypte. Voici comment la critique sceptique parle par la bouche de M. Lenormant :

« L'exégèse a mis en doute et, je perise, avec juste raison, le » voyage d'Abraham en Egypte. Ce qui, suivant la Genèse (e. xu) arrive à Abraham en Egypte, se reproduit identiquement (ce. xx) pendant le séjour, beaucoup plus vraisemblable d'Abraham à Gérare, pelit royaume limitrophe da grand empire des Pharaons. Une chose étrange, c’est qu’il en arrive encore autant à Isaac (ec. xxvi), dans cette même ville de Gérare et de la part d’un roi, nommé Abimelech, comme celui qui enlève Sara à Abraham *. »

On ne saurait être plus malheureux en critique. D'abord, il est plus qu’étrange que lon veuille contester le séjour d’Abraham en Egyple, parce que l'aventure qui lui y arrive avec sa ferme lui arrive une seconde fois ailleurs. Est-ce que vraiment vous croyez impossible que le même événement arrive deux fois à la même personne?

« Pour pouvoir admettre cette règle de critique, dit Hane- » berg f, il faudrait que la proposition suivante fut d’abord bien » établie : certains faits ne peuvent arriver qu'une fois, ou ce » qui est arrivé une fois sous une forme ne peut plus arriver » sous la même forme. » Lee

Est-cequ’on n'entend jamais dire à quelqu’un : la même aventure nr'arriva encore une autre fois? D'ailleurs, le langage du

Page 1