EN
Egypte; il nous suffira d’insister sur celui qu’indiquele v. 16, . chap. x1r. Quel est le cadeau que le patriarche reçoit du Pha-
raon ? Des brebis, du gros bétail, des ânes, des chameaux. Or, la nature de ces cadeaux dit suffisamment que l'Egypte ne devait pas être gouvernée alors par des rois nationaux. Jamais de vrais Egyptiens n’auraient pu faire un don pareil; leur culte des animaux ne le permettait pas!. Toute la question est donc de savoir si le voyage d'Abraham tembe dans le temps où régnait en Egypte une dynastie étrangère. non imbue, par conséquent, des superstitions propres aux Egyptiens par rapport aux animaux.-Si ce point esl “Rues vérité historique du voyage d'Abraham l’est aussi.
Abraham est né en l'an 1947 de la création d’Adam, année qui correspond à l’an 1814 av. J.-Ch. Il sortit de Haran à l'âge de 75 ans?, et Hagar lui donna Ismaël, lorsqu'il était âgé de 86 ans°, après avoir habité Le pays de Canaan depuis 10 ans“. Donc le voyage d’Abraham se place danslannée 1738 av. J.-Ch., c'est-à-dire en la 76° année du patriarche. Cela est conforme au texte où nous voyons qu’Abraham ne fait d’abord que traverser le pays, et que c’est dans cette course de reconnaissance qu’il est surpris par la famine. Or, en 1758 av. J.-Ch., une partie de l'Egypte, la Basse-Egypie, était au pouvoir des Hycsos ou Pasteurs, dont la première conquête de ce pays eut lieu en 2100 av. notre ère6, et qui n’en furent définitivement expulsés eu’après un règne de plus 5 siècles. De la part des Pasteurs, — sunt qui Arabas illos exstitisse dicunt, tuvèc dE Aéyouoiv adtods "Apafoc Eva, dit Manéhon ?, et ailleurs, ct à adehoo! Dotvrxes 5, de la part des Pasieurs, dis-je, on comprend le cadeau qu'ils firent à un Pallou. et ainsi l'authenticité de notre texte est vengée encore une fois. FA
1 Herod., 11, 65 seqq., Diodore Sicilien, trad. p. Jacques Amyot, 1, p. 531. 2 Gen., X1, 4.
3 1b., XVI, 16.
Six, 6-10.
6 Lepsius, Die Chronol. der Ægypter, p. 338, 511.
7? Josephus, Contra Apio., 1. 1, €. 14.
8 Dans Chron. d'Eusèbe, part. 1; Pat. grecq., t. XIX, p. 188.
DÉFENDUE CONTRE LE RATIONALISME ALLEMAND. 49 Chapitre IlIï.
. Une autre objection aussi malheureuse que les précédentes dont Vater {, Hartmann ?, Staehelin ® nous gratifient au sujet
. du chap. x, c’est celle qu’ils élèvent par rapport au v. 48, où il est question de la ville d’'Hébron. Le Pentateuque, disent ces critiques ingénieux, doit être d’une origine bien postérieure à celle qu’on lui donne, puisque la ville d’Hébron n’a reçu ce nom que postérieurement à l’auteur présumé du
.Pentateuque, ainsi que cela résulte clairement de ce passage de Josué : « Le nom d'Hébron fut auparavant (0%2°) Kiriath- » Arba #»et de celui des Juges 1,10, qui lui est identique ; puis, de la Genèse même qui dit, chap. xx, 2 : « Sara mourut à »Kiriath-Arba qui est Hébron.»Si Hébron était le nom le plus ancien, il faudrait qu’il y eût : « Hébron qui est Kiriath- »Arba.» Enfin, pour nous amener à abonder dans leur sens, ils disent hardiment que c’est Caleb qui a donné à la ville le nom d’'Hébron *. Cette dernière assertion, quelle que soit l'assurance avec laquelle on la produise, ne mérite pas que nous y fassions attention, car c’est une pure invention; quant aux autres raisons, voici de quoi les réduire à leur juste valeur.
+ D'abord, il est souverainement illogique de vouloir conclure de ce queKiriath-Arba est nommé en premier lieu, quece nom soit aussi le plus ancien. Nous ne voyons pas la plus petite
raison qui puisse être alléguée en faveur de cette hypothèse ;
aussi nos critiques n’en produisent-ils aucune. Nous, au contraire, nous pouvons en donner une qui renverse leur hypothèse
de fond en comble, et c’est celle que nous fournit le texte 6, où
. Mamré, qui est un autre nom d’Hébron, est mis en premier
lieu. Or le nom de Mamré est postérieur à celui d’Hébron, parce
1 Ouv. cit., 631.
? Ouv. c., 691.
3 Krit. Untersuch. über die Gen., 108.
4 Jos. x1v, 15.
® V. Haevernick, Handbuch etc., !, 11, 306.
Fe Gen. xxxvV, 27.
qu’il lui venait d'un bocage situé dans son enceinte à, lequel bocage avait reçu son nom de Mamré PAmoréen, un des alliés d'Abraham, c’est-à-dire son contemporain ?. Secondement, on ne peut pas conclure de ce que la ville s’appelait Kiriath-Arba (ville d’Arba) au temps où les Israélites entrèrent en possession du Canaan, que ce fut là son nom le plus ancien. On voit, au contraire, parfaitement que les Israélites connaissaient le nom d'Hébron pour être l’ancien nom de la ville, puisqu'il est dit, Josué, x1v, 13 : « On donna Hébron à Caleb. » Si l’on veut que ce fut alors qu'on lui attribue ce nom, il faudrait qu’on eût Vobligeance de nous faire voir la raison de ce procédé. Comme tous les noms propres de ces anciens temps sont significatifs et que celui d'Hébron veut dire : lieu d’alliance 2n de an colligavit, il faudrait nous faire voir le motif qu'eurent les Hébreux, lors de la distribution de Canaan, d’appeler cette ville « lieu d’alliance, vet de lui attribuer la sainteté d’une ville de refuge 3. C’est inutile de chercher ce motif dans les événements de ce temps-là; il n’en offre pas trace, tandis que si on remonte au temps d'Abraham, au v. 13, chap. x1v de la Genèse, la raison historique de ce nom vous saute aux yeux, et dès lors il est clair que les Israélites ne firent que renouveler un nom qui, par la connaissance qu’ils avaient de l’histoire de leur patriarche, devait être présent à leur mémoire. Troisièmement, il est manifeste que le nom de Kiriath-Arba n’est venu à Hébron que postérieurement à Abraham, puisque Josué dit posilivement qu'elle tire son nom d’Arba qui est le père de l’Anak (ha anak) ou géant, dont les 3 fils vivaient encore au temps de Josué . Ainsi Kiriath-Arba ne s'appelait ainsi que depuis une centaine d’années environ, ou, si vous voulez, depuis trois générations, ce qui explique comment l’auteur du Pentateuque connaissait ce nomi, el comment, sans sortir de la vérité historique, Josué pouvait dire : « Le nom de
! Gen. x, 18:)11202 NN NIDD Dir Elone Mamre ascher be Hebron, le bocage de Mamri qui (est) dans Hebron. Cf. XXII, 19.
2 XIV, 13, 24; xx, 19.
A J08.xy, 135 XX; 7.
# Jos. xv, 13, 14; Num. xu1, 22 ; Judd. 1, 20.
. » Hébron fut auparavant Kiriath-Arba, » Auparavant n’est pas Synonyme de primitivement.
L’inanité de la critique qui veut fonder sur ce nom un argument contre l’authenticité de la composition de la Genése, est donc évidente, et voici encore quelques raisons qui aché- veront notre démonstration de la haute antiquité du nom d’Hébron. Que ce nom n’est nullement de l’époque de Josué, mais qu’il est le plus ancien de la ville en question, c’est ce qui résulte de ce que l’auteur, en parlant la première fois de cette ville ‘, la désigne purement et simplement par le nom d’Hébron; il faitentendre par là que c’est le nom primitif du lieu. Secondement, en désignant ensuite cette ville par ses deux noms de Mamré et de Kiriath-Arba, il a soin d’y ajouter qui est Hébron 29 NW2, comme pour dire que c’est là son véritable, son premier nom. Aussi lorsqu'il n’emploie qu’un -seul nom, c’est toujours Hébron qu’il dit, et non Mamré ou Kiriath-Arba, Troisièmement, nous voyons, par Nombres xux, 22, que l’auteur connaît parfaitement la ville dont il parle, puisqu'il sait l’année de sa fondation :« Hébron avait été » bâtie 7 ans avant Tsoan, » Sjani en égyptien 5, (Tanis 4) chez les Grecs, la métropole de l'Égypte ancienne, dit Jablonski 5 S’il en est ainsi, et on n’a pas l’ombre d’une raison pour contester cette donnée, la haute antiquité du nom est nettement établie par celle du lieu, et l’authenticité du chap. xu1 demeure entière.
Si nous passons maintenant au chapitre suivant, nous . constatons d’abord que la critique veut en faire un fragment élohiste, “ue doute, parce que Dieu y est nommé le Dieu suprême j? y N El Elion, Créateur du ciel et de la terre. Le nom Wd’Elohim n’y paraît pas. Pourquoi alors dire que c'est un | Hrament élohiste, puisque d’ailleurs le nom de
! Gen. xl, 18.
FAID SEEN 27.
# Champollion, l'Egypte sous les Pharaons, u, 108.
‘ Tanis, grande ville dans la Basse-Égypte, comme l’attestent ses ruines et Strabon au liv. XVII, était la résidence d’une dynastie des Pharaons au temps de Moise (Bochart, Geogr. sacra, col. 341. — Hengstenberg, die Bücher Moses und Ægypten, s. 41 sq.
* Opuscula, t. 1, p. 339. Cf. Psalm. Lxxvur, 12, 43, Esa. x1x, 11.
Jéhovah y est en toutes lettres? Que Melchisédek ne se serve. pas du nom de Jéhovah, cela ne saurait étonner; c’est au con traire une preuve singulièrement concluante de la vérité historique du récit. C’est à Abraham seulement que Dieu s’est révélé d’une manière spéciale : « Jéhovah apparut à Abram t, » et c’est pourquoi lui seul peut en parler dignement. L'auteur nous l’apprend d’une manière à ne pas s'y méprendre; et cela en rapportant les paroles de Melchisédek et d'Abraham. Ces paroles sont de véritables confessions religieuses, et l'exactitude avec laquelle l’auteur les rapporte est trop évidente pour qu’on puisse songer à la mettre en suspicion. Si donc le nom de Jéhovah ne se trouve pas dans la bouche de Melchisédek, s’il se trouve seulement dans la bouche d’Abraham, c’est parce qu’Abraham en sait davantage. Melchisédek dit : « Qu’Abram soit béni du Dieu suprême, Z1 Elion, » Créateur du ciel et de la terre ?. » À ces mots, Abraham sait qu’il est en face d’un serviteur du Dieu unique, et il lur offre ses dons. Cependant tout en se servant ensuite, dans la réponse qu’il adresse au roi de Sodome, de la formule de foi de Melchisédek comme exprimant sa propre foi, il Fa fait précéder du nom de Jéhovah, et cela avec tant de solennité et d’intention, que la profondeur de son initiation religieuse en apparaît évidemment supérieure à celle de Melchisédek, roi chamite. Tout cela est si simple et si historique, qu’on ne conçoit pas comment on s’obstine à voir ici la main d’un pseudo-auteur qui aurait mis par anticipation le nom de Jéhovah dans la bouche d'Abraham, parce qu’il est dit Exode VI, 3: «Japparus à Abraham, à Isaac et à Jacob, comme E! v Schaddaï, mais sous mon nom Jéhovah, je ne leur ai pas » été connu. » F Ces paroles signifient clairement que ce qui n’était pas connu aux patriarches c’était la valeur, la qualité de Jéhovah telle que dans la succession des événements historiques elle fut révélée enfin à Moïse par la définition essentielle Æhejé ascher Ehejé*, sum qui sum. Il ne s’agit donc pas simplement 1 Gen. XII, 7.
8 Exod. 1, 14. — V. Eichhorn, Eint. in das A.-T. 111, 146.
ici de la connaissance du nom divin, mais de sa perception idéale {. Nous commes ici sur le terrain de l’ontologie pure ?. Et voilà qui n’était pas connu aux pairiarches, et ne pouvait pas l'être, parce que la manifestation de la vérité religieuse suit une marche rigoureusement historique et ne se fait dès lors que par voie successive. Mais si la plénitude du sens du nom de Jéhovah leur était fermée encore, ils connaissaient cependant Jéhovah. En effet, il faut distinguer, comme le dit Hengstenberg *, la révélation de Dieu comme Jéhovah de la promulgation du nom de Jéhovah. Quand la promulgation du nom de Jéhovah s’est-elle faite? Nous ne savons.
Au temps de Seth déjà on invoquait par le nom de Jéhovah “; c’est nous dire qu’elle est contemporaine de la création de l’homme. Aussi les païens même connaissaient ce nom, et c’est une grande erreur que de penser que Jéhovah était un Dieu national, c’est-à-dire que l’auteur du Pentateuque et les prophètes aient jamais voulu le représenter ainsi ÿ, « Toute » la terre est à moi, yxn72 %,» dit Jéhovah dans l’Exode xix, 5, et aux Nombres x1v, 12, Moïse nous présente Jéhovah sur le point de rejeter Israël et de choisir une autre nation pour gardienne de la promesse. La nationalité de Jéhovah est une chimère née dans le cerveau de ceux qui font composer le Pentateuque dans un âge plus rapproché de notre ère, par je ne sais quel compilateur et dans je ne sais quel but exclusif de politique religieuse. C’est une pensée étroite et vraiment pharisaïque. S’il en était ainsi, l’auteur aurait-il montré Jéhovah, le Dieu national, créant l'humanité entière, la gouvernant et la bénissant? Nous l’aurait-il fait voir, agissant au milieu des nations étrangères? Lui aurait-il fait dire : « La gloire de
1 Cf. Ranke, Unters. über den Pent., 11, 11.
… ? Moise est un philosophe dans la vraie et grande acception du mot; on l'a appelé le Platon hébreu, sans doute parce que Numénius avait dit : tt yae êott IlAdtuwv à Muÿoñs érrixtwv. Mais si Moise avait parlé la langue attique comme Platon, ce n’est certes pas au nom de Platon qu’on aurait jamais songé à accoler l’épithète de Divin.
$ Beiträge zur Eïinl. ins A.-T., 11, 288.
! Gen. 1v, 26.
5 Cf. Sachar. x1v, 9.
» Jehovah remplit toute la terre (col haarets !). » Auraït-il mis ce nom dans la bouche des païens? En aurait-il fait leur Dieu? C’est ainsi cependant que procède l’auteur du Pentateuque : Laban, Jéthro, Pharaon, Hiramn, la reine de Saba, Balaarn parlent de Jéhovah et Le redoutent, et c’est «envers Jéhovah que » les habitants de Sodome étaient de très-grands pécheurs ?, » longtemps avant qu'il ne soit question des outrages qu’ils prodiguent au neveu d'Abraham, et qui ne furent point la cause efficiente de la punition de la Pentapole. Le Dieu national n’a donc rien à faire ici, et l'emploi du nom de Jéhovah daus le Pentateuque ne saurait être invoqué contre Pauthenticité de la thorah, pas plus que l'entrée en matière du chapitre dont nous traitons ne saurait conslituer une preuve contre l’unité du texte. Le chap. xiv se rattache au chap. x comme se rattachent entre eux deux chapitres d'une même histoire, qui passent d’un sujet à un autre.
Ce qui constitue l’unité de notre texte, c’est la grande figure d’Abraharn que nous quittons au chap. x à Mamré, appliqué au soin du culte de Dieu, et que nous retrouvons au. chap. xiv, où? à Mamré. C’est là qu’on vient lui dire que des ennemis ont enlevé son neveu. |
« Aussitôt qu'Abraham apprit que son parent avait été fait » prisonuicr, il arma les plus exercés de ceux qui étaient nés » dans sa maison, au nombre de 318, et les poursuivit (les » rois) jusqu'à Dan... Il ramena tout le butin, ainsi que son. » parent Lot avec son bien, les femmes et le peuple 5, »
Voilà donc Abraham qui nous est montré comme guerrier et comme guerrier habile et victorieux. Nous ne le connaissions encore que comme pasteur. Est-ce que tout ce qui sert à nous peindre au complet le caractère du héros qui fait le sujet d’une histoire, ne fait pas partie intégrante de cette histoire? La réponse n’est pas douteuse et dès lors il n’est pas douteux non plus que notre chapitre ne se rattache essentiellement au chapitre qui le précède. Mais, nous objecte-t-on, ce chapitre ne peut être authentique, puisqu’il y est dit qu’A-
1 Num. xIv, 21. -
? Gen. xmI, 13.
bram poursuivit l'ennemi jusqu’à Dan et que Dan n'existait pas encore au temps d'Abraham. — Et pourquoi voulez-vous qu’il n’existât pas au temps d'Abraham? — Parce qu'il est dit dans les livres de Josué et des Juges { : « Les fils de Dan » montèrent et combattirent contre Leschem, s’y établirent et » donnèrent à Leschem le nom de Dan, du nom de Dan leur » père. » — Très-bien; voilà donc un Dan Leschem. Est-il dit qu’il ne doive y avoir que ce seul Dan? Non. N'y en a-t-il pas un autre? Oui; car je lis, Il Rois xxiv, 6 : « et ils vinrent à » Dan Jaan. » — Nous attendrons longtemps avant qu'on nous prouve que ce n’esi pas là une preuve décisive.
Ce chapitre xiv contient encore un grand nombre d’autres signes d’une authenticité incontestable, bien qu'ils soient contestés par Bohlen. Ce critique porte tant d’étourderie dans ses négations que le plus souvent on est empêché de le prendre au sérieux. IL dit des choses incroyables, par exemple, par rapport à cette expédition des quatre rois assyriens ? contre les cinq rois de la Pentapole, dont la narration est si évidemment authentique pour le fond comme pour la forme. Pour le fond, parce que l’événement est tout à fait dans les mœurs des populations de l’Orient; pour la forme, parce que dès les premières paroles: «Il arriva dans le temps d'Amraphel, etc., » on voit que pour déterminer la chronologie de événement, il suffit à l’auteur de nommer les rois qui y jouent le rôle principal. IL y a là une bonne foi historique que la critique même de Noeldeke #, ne parviendra pas à rendre suspecte, bien qu'il la croie et dise « rigoureusement scientifique, streng » wissenschafilich.» La narration est suspecte à Bohlen #, parce qu'il n’est pas croyable que «les puissants dominateurs de » l’Asie supérieure » aient réuni leurs forces et fait la guerre en personne à des rebelles dont le pays n’occupait qu’une superficie de quelques lieues. Bohlen n'étant plus de ce monde, je prie M. Noeldeke, qui soutient la même thèse, de me dire où il y a dans le texte que les rois Amraphel, Arioch, Kedor-
! Jos. x1x, 47; Judd. xvin, 29.
? Josèphe, Ant. jud., 1, 9.
* Voir la 3° partie des Untersuchungen zur Kritik des Alten Testaments, 1869. * Genesis, p. 168 seqq.
laômer et Tidal furent des puissants dominateurs de Asie supérieure : die machtigen Herrscher Ober-Asiens. Bohlen qui . prend la Genése pour une légende, ne craint pas de s’inspirer d’une légende, quand cela lui est commode. Le Yaschar qui est une légende et n’a d'autorité que comme telle, dit en effet que es quatre rois alliés mirent en campagne une armée de 800,000 hommes ‘. L’exagération est visible. C’est sans doute une faute de copiste, car, ailleurs, cette même légende, nous montre deux de ces rois se combattant et ne pouvant réunir chacun que quelques milliers d’hommes?. Je crains donc que ces puissants dominateurs ne se réduisent tout bonnement à des chefs de tribus tant Chaldéennes qu’Aryennes. Il est étonnant que cette réflexion ne soit pas venue au savant Noeldeke. En effet, on ne saurait inférer l’importance de ces méléks du titre de l’un d’entre eux, appelé « roi des nations D n70 »melek goïm.sLes titres orientaux ne tirent pas à conséquence ; V’hyperbole en a toujours été le plus bel ornement. C’est connu. Quelque puissants qu’ils aient été d’ailleurs, Abraham pouvait les batire avec le peu de monde qu’il avait. Est-ce que Kléber ne battit pas, dans ces mêmes parages, avec 1,500 franais une armée de 50,000 hommes dont plus de moitié de cavalerie? On pourrait citer bien d’autres exemples tout aussi oncluants pour la vérité historique de notre texte. Demandez notre armée d'Afrique.
Puis, 1l n'est pas vrai que ces rois ne venaient que pour hâtier de leur défection les rois de la vallée de Siddim. Ils avaient d’autres visées encore, et de ce que leur course S’éendit jusqu’à la péninsule du Sinaï *, nous sommes peut-être n droit de conclure qu’ils voulaient marcher sur les traces des peuples ou hordes qui antérieurement déjà avaient entrepris d’envahir l’Égyple. Le nom du chef de l’expédition, Kedorlaômer peut prêter à cette supposilion. Quoiqu'il en soit, sans entrer à ce sujet dans une discussion pour laquelle les éléments nous seront peut-être offerts quelque jour par la fortune qui préside aux fouilles, mais qui, pour le moment,
! Le Yaschar, trad. p. M. Drach, iction. des Apocryph., u, col. 1124, ? Jb., col. 1119.
à XIV, 6.
serait intempestive (considération qui n’est pas venue entraver M. Noeldeke dans sa critique négative), je reviens à Bohlen qui, pour prouver que l'histoire de l’expédition des quatre rois est imaginaire, assure hardiment que : «le pays que ces rois voulaient conquérir, n'existait pas, war gar nicht vorhanden, car les villes abimées n’existent absolument que dans la légende, durchaus nur in der sage, et la mer Morte a de tout temps été connue des Hébreux comme telle.»
Avions-nous raison de dire que Bohlen vous empêche de le prendre au sérieux? Où donc est-il dit que la mer Morte a de tout temps existé pour les Hébreux? Ne résulte-t-il pas au contraire des paroles du texte : «Tous ceux-ci se joignirent dans » la vallée de Siddim qui est la mer salée ‘, » que l’auteur et par conséquent les Hébreux aussi savaient que la vallée de Siddim n’a pas toujours été la mer salée, mais qu’elle l’est devenue postérieurement à l’histoire dont il est question dans ce chapitre? Et puis de ce que la mer Morte a toujours existé, (il pouvait y avoir de tout temps un petit lac dans la vallée de
Siddim, cela est probable ?), vous concluez tout de travers que
la Pentapole n’a jamais existé. Est-ce que la Pentapole ne peut avoir occupé un autre emplacement que celui de la mer Morte? Mais il me semble, et Reland à l’a déjà solidement dé- . montré, que cela résulte fort clairement du texte précité, puis de ce que jamais la mer Morte, longtemps d’un niveau trèsélevé, nous dit la géologie, n’est indiquée par une expression quelconque, ni par la plus légère allusion, quand les écrivains sacrés parlent de la destruction de la Pentapole. Voyez entre autres Deut. xxix, 2 éphan. nu, 9; Luc. xvu, 29; Il, Ep. de S. Pierre, 1, 6. C’est toujours de feu, de soufre, de selet de cendres qu’il est question; jamais d’eau. D'ailleurs l’historien, par cela même qu’il dit : (Tous ceux- » Ci (c'est-à-dire les rois de Sodome, d’Amara, d’Adma, de lbs a | ‘2 Je dis, cela est probable, mais cela n’est pas certain, et on ne peut pas l’'établir par la configuration actuelle de la contrée. Les phénomènes volcaniques peuvent avoir donné à ce pays un tout autre relief que celui qu’il eut d’abord, de sorte que le Jourdain a fort bien pu se jeter dans la mer Rouge.
* Relandi Palæstina ex momumentis veteribus illust., p. 187 eqq. Norimbergae, 1716.
» Tseboïm, de Tsoar, v. 2), s’assemblèrent dans la vallée de » Siddim qui est la mer salée, » ne nous autorise pas à conclure que la Pentapole était située dans la vallée de Siddim. Si la Pentapole était dans la vallée de Siddiñw, il me serait malaisé de comprendre comment l’auteur qui connaît si bien la contrée, ainsi qu’il résulte du chap. xur, 10-149, ait pu dire une chose qui revient à ceci : Les rois de la Pentapole, qui est située dans la vallée de Siddim, s'assemblèrent dans la vallée de Siddim. 11 y a là quelque chose qui cloche, qu’on me passe l’expression, et il est bien plus naturel de penser qu’à la manière de l'Orient les 3 villes étaient situées sur le versant des hauteurs qui entouraient la vallée de Siddim. J’ai lu, il me semble, que cela a été en effet constaté par les récentes explorations de M. de Sauley, et on peut en outre très-bien lPinférer du verset 8 : « Alors le roi de Sodome et le roi d’A- »môra, le roi d’Adma, le roi de Tseboïm et le roi de Bela, qui »estTsoar, sortirent et se mirent en ordre de bataille contre eux »dans la vallée de Siddim. » Du reste, la nature du sol de cette vallée remplie de puits de bitume ou d’asphalte ! (beeroth hemar), ne permet pas de supposer qu’il ait pu servir d’assiette à cinq villes quelque petites qu’on les suppose; il ne fait pas bon respirer dans le voisinage de ces puits ?, dont la présence n’empêche cependant pas le sol d’être fertile. Mais c’en est assez, pour le moment, sur un sujet que le chap. xix ramenera sous notre plume. Notons seulement encore ici une remarque de Tacite qui corrobore le résultat des explorations de M. de Saulcy : « Non loin de là, dit-il, (du lac de bitume) sont » les campagnes qui, autrefois fertiles et peuplées de grandes » villes, dit-on, furent frappées par la foudre et entièrement » brülées 5, »