‹ Démonstration de l'authenticité de la GenèseChapitre 9 sur 43 · Chapitre VII · texte numérisé non relu

Chapitre VII

La critique fait de fortes objections contre Punité et lauthenticité du chap. xx. C’est d’abord l’enlèvement de Sara par l’Abimélech philistin, histoire qui ressemble beaucoup à celle du chap. x. Mais si elle ne fait que lui ressembler beaucoup, elle n’est donc pas la même? L’aveu nous suffit. D'ailleurs estil donc si étrange que dans des circonstances semblables on éprouve des choses semblables? Ou prétendez-vous nier qu’il puisse exister dans la vie d’un homme des positions tellement analogues qu’elles en paraissent presque identiques ? Ce serait nier l’expérience, et c’est à elle que je vous renvoie. Puis, comme dans la chap. xx, c’est le nom d’Elohim qui est employé et que dans l’autre, c’est le nom de Jehovah, Vater ‘ en conclut qu'il est vraisemblable que ces deux chapitres sont de la main d’auteurs différents. Vraisemblable ! Mais nous ne voulons pas le vraisemblable, nous voulons le vrai. Si vous ne pouvez pas renverser l’authenticité du Pentateuque avec la vérité, laissez-nous tranquilles avec votre vraisemblance. D'ailleurs votre vraisemblable manque de vraisemblance, quoique vous y poussiez de toutes vos forces en pratiquant, dites-vous, l’impartialité jusqu’au scrupule ?. Le nom de Jeho-

! Commentar über den Pent. 11, 430.

? C’est M. Kuenen qui dit cela dans son « Histoire critique des Livres de l’Ancien Testament, p. 24. Il est possible que le prof. hollandais croie cela réel-

vah se trouve dans le chap. xx, tout comme il se trouve dans le chap. xn, et si l’on veut se donner la peine de comparer les deux passages de ces deux chapitres, où apparaît le nom de Jehovah et méditer leur contenu, on verra qu’il y a là identité de rapport, laquelle identité prouve l'identité de l’auteur. C'est absolument le même ordre d’idées. Lisez le chap. x1r depuis le verset 10 jusqu’au verset 17 : « Jehovah affligea en- » suite Pharaon et sa maison de grandes plaies, à cause de » Sarai, femme d’Abram ; » puis lisez le chap. xx jusqu’au verset 18 : « Jehovah avait frappé de stérilité toute la maison » d’Abimélech, à cause de Sara, femme d'Abraham. »

Si l’on veut raisonner ici, comme le fait Vater, par la supposition d’une interpolation, on tombe dans le plus criant arbitraire, et l’on rend le récit inintelligible. En effet, on ne saurait comprendre le v. 17 sans le v. 18, et si on retranche aussi le v. 17, cette histoire n’est plus qu’un fragment d'histoire ; elle est tronquée. Le v. 17 est, on peut le dire, annoncé dans le v. 7; il est, pour m’exprimer ainsi, la moralité du morceau. Nos critiques qui procèdent brutalement, la hache à la main, ne voient que ce qui les gêne et le nom de Jehovah les gêne beaucoup. Ils s’accommodent volontiers de celui d’Elohim, car comme la science linguistique n’est pas encore parvenue à le définir neltement, ils se croient libres d’en faire le dieu de leur fantaisie. Pour Jehovah cela n’est pas possible; tout le monde sait positivement que c’est Celui qui Est.

Quant à l'emploi du nom d’Elohim dans tout le reste du récit, il est amplement justifié. Abimélech ne connaît pas Dieu comme Jehovah, et l’auteur rapporte les faits non à son point de vue, mais tels qu’ils se sont passés. Là où c’est lui qui parle, il met Jehovah, v. 18, mais là où c'est Abimélech qui agit, il met Elohim. Rien de plus conforme à la vérité historique. — Mais Abraham! Abraham ne dit-il pas aussi Elohim? — Saus doute, et c'est ce qu’il fautadmirer. La charité d'Abraham nous est déjà connue par son intervention auprès

lement. ; mais son livre que M. Renan nous a tant vanté, nous l’avons lu et nous y avons vu reproduite, condensée et augmentée, toute la critique à courte vue, queïque très-érudite d’ailleurs, des écrivains que nous combattons.

de Dieu en faveur de Sodome ‘ et par ce passage du chap. xrx, où il est dit qu’il se rendit de bon malin à l’endroit où il avait intercédé pour la ville qui ne comptait pas dix justes dans som sein, et qu’il regarda vers Sodome el Gomorrhe ?, avec l’espoir sans doute, que Dieu aurait fait grâce aux villes pécheresses. Elr bien, ici devant Abimélech, le patriarche obéit à um

sentiment analogue. Il se sert du nom d'Elohim pour s’accommoder au point de vue religieux du Phikistin, qui, comme le dit fort bien Hengstenberg, n’aurait rien compris au nom de Jehovab. Cetle concession n’était ri une faiblesse ni une faute, car Abimélech, plusieurs passages du chapitre en font foi, n'élait pas plus un païen proprement dit que Melebisédeck. La notion de Dieu comme Elohim était la base de sa religion, comme elle était celle de la religion d’Abraham, seulement Abraham avait fait des progrès dans la science de Dieu qui l’élevaient bien au-dessus du point de vue religieux de la généralilé des autres croyants. Sa charité consistait donc à ne pas se prévaloir de son privilége devant Abimélech, mais à se: placer avec lui sur le terrain qui leur était commun, et où ik était sûr de ne pas l’humilier et d’être compris par lui.

On le voit ; les partisans de la composition par documents ou par fragments, les Jehovistes et les Élohistes, ne sortent pas d’une position qui commence, ce me semble, à être désespérée ?. Le sol se dérobe sous leurs pieds, et c’est en vain que leurs mains s’étendent pour saisir un appui qui puisse les retenir au-dessus de l’abime. À chaque essai qu’ils font pour dérober au Pentateuque la gloire de son authenticité, le Aivre divin les couvre de confusion en kes convainquant d’aveuglement. Ils se sontacerochés à l’âge de Sara, pour trouver invraisemblablequ'Abiméleeb ait pu songer à enlever sa femme à Abraham. Quelle objection futile! Pour la même raison il faudrait done alors aussi biffer l’histoire du chap. x1r; car à la cour du Pharaon, Saraétait déjà sexagénaire. Mais qu’y a-t-il donc de si in-

1 Genèse, XVHI, 23-32.

2? Genèse, xIX, 27, 28.

3 Kuenen prétend que cela est vrai à l'égard de ceux qui défendent l’authenticité du Pentateuque (Ouvr. cit., p. 12), mais les résultats qu’il obtient par ses procédés critiques démontrent qu'il se fait illusion.

DÉFENDUE CONTRE LE RATIONALISME ALLEMAND. Si

vraisemblable, M. Kuenen, qu’une femme conserve sa beauté etses grâces « malgré son âge fort respectable » et jusque dans âge le plus avancé? L'histoire, et l’histoire de France toute la première, nous en montre plus d’un exemple. Cherchez bien et vous les trouverez.

Une autre objection qu’on veut faire valoir contre lPauthenticilé de ce chapitre, c’est le titre de Nabi N1, attribué à Abraham au verset 7. Ils ignorent ou feignent d’ignorer que ce mot, qui désigne uu homme qui a reçu et répand la révélalion de Dieu, est de La plus haute antiquité ‘, et que par là son emploi prouve ici précisément le contraire de ce que la critique rationaliste veut qu’il prouve. Quand la fonction d’en- . seignement religieux perpétuel, qui constitue l'attribution propre au nabi ou interprète, déchut du rang qu'elle avait occupé autrefois, parce que «la parole de Jehovah était rare en » Israël» et que « les prophéties n’étaient pas répandues ?, » le nom qui désignait cette fonction tomba en désuétude et fut remplacé par N° roé, voyant, qui ne désigne qu’une vocation accidentelle. Le grand restaurateur et réformateur de la vie religieuse en fsraël, Samuel, reconstitua pour les voyants les fonctions de nabi, et fit revivre le mot ?.

C'en est assez sur le chap. xx; passons au chapitre suivant.

Le chap. xxr, selon de Welte #, est une amplification poëtique et en outre un fragment, Bruchstück. Et pourquoi? Parce qu’il donne du nom d’Isaac une dérivation qui est inconciliable avec celle que donnent les chap. xvir et xvnr. L’assertion manque de justesse. Le passage incriminé du chap. xxi est en tout point l’accomplissement de ce que nous lisons dans le chap. xvir. On s’en convaincra, si l’on veutcomparer xxr, à avec xvit, 17,etxx1, 3 avec Xvit, 19. Ilen est de même des paroles de Sara, v. 6; on n’en comprendrait pas aisément le sens, si l’on ne se réportait à ces paroles du chap. xvir: « Abraham rit. » Dieu dit: Sara l’enfantera un fils, Lu le nommeras Zsaac. »

1 Hævernick, Hist. krit. Einl., 1, 1, s. 56.

2 I Reg., 111, 1.

3 [ Reg., 1x, 9.

{ Beiträge z. Einl., u, 87 scqq.

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