LETTRE D'UN MEMBRE DE L'UNIVERSITÉ D'OXFORD
C'est avec un sentiment inexprimable de bonheur et de reconnaissance envers Dieu que nous recevons et que nous transmettons à nos lecteurs en ces jours de joie et de résurrection, la lettre suivante d'un des membres les plus distingués de l'université d'Oxford. Cette lettre prouve la vérité de tout ce que nos amis d'Angleterre nous ont déjà dit du mouvement de retour vers l'unité que la toute-puissance de la grâce semble imprimer en ce moment au cœur même de l'Eglise anglicane. Cette lettre nous indique aussi les causes qui retiennent encore, hélas! à la porte du bercail, hors duquel il n'y a point de salut, les chefs de cette antique et malbeureuse Eglise. Parmi ces causes, nous en remarquons trois principales : 1" la fausse persuasion où certains livres de dévotion, certains récits de voyageurs, ont mis les théo-
(1) Nous lirons cette lettre, ainsi qui; les réflexions qui l'accompagnent, de Y Univers du 13 avril 1841. M.
DÉMOSST. ÉVANG. XVI.
logiens d'Oxford, qu'en matière de pratique, il y a au sein de l'Eglise romaine un système traditionnel et autorisé qui, au lieu de présenter à l'âme du pécheur la sainte Trinité, le ciel et Venfer, y substitue la sainte Vierge, les saints et le purgatoire. Le jour viendra où, sur ce point, l'Église anglicane trouvera plus raisonnable d'en croire l'Eglise romaine ellemême, que des voyageurs trompés par de vaines apparences, que des livres ou incomplets ou mal compris. Et comment parler du purgatoire, intermédiaire entre le ciel et l'enfer, sans parler du ciel et de l'enfer? Comment parler des saints sans parler de la sainte Trinité, que les saints prient pour nous? Comment parler de la glorieuse Vierge Marie sans parler de la sainte Trinité, du Père dont Marie est la fille, du Fils dont Marie est la mère, du Saint-Esprit dont Marie est l'épouse? 2" Le second obstacle, et le plus fort peut- (Vingt et une.)
HF.MONSTÏIATION
être, croyons-nous, est dans le mouvement politique auquel un certain nombre d< tholiques anglais, cl l'Irlande tout enl bous la direction d'O'Connell, semblent socier; ce n'est ici ni le temps ni le lieu de justifier l'Irlande el son Illustre chef; qu'il nous suffise de dire qu'à nos yeux, rien ne ressemble moins à l'anarchie, à la démagogie, à la sedUùjn, que ces grands mouvements de tout m peuple qui respecte toujours les bornes légales, qui marche et agit comme nu seul homme, obéissant à une seule \oiv. Mais, quoi qu'il en soit de notre apprécialion, de, pareilles causes, variable^ et changeantes de leur nature, cesseront un jour avec les circonstances particulières qui les produisent, el elles ne peuvent, ce nous semble, arrêter longtemps des hommes accoutumés à juger de*> doctrines religieuses plutôt par leur propre fonds que par la conduite que tient , dans l'ordre purement politique , une partie de ceux qui les professent.
3° La troisième des raisons principales qui paraissent retenir encore les docteurs d'Oxford, est leur désir ardent de ramener avec eux l'Eglise anglicane tout entière. Dieu, nous l'espérons fermement, bénira ce pieux et saint désir; mais, en attendant que sa miséricorde le réalise, Dieu bénira également les efforts de ceux, prêtres, moines ou autres, qui, par la prière, le jeûne, la souffrance, et aussi par la double prédication de l'action et de la parole, glanent péniblement, et une à une, des âmes dans le champ désolé où d'autres recueilleront plus tard une si riche moisson.
Nous ne voulons rien dire de cette distinction un peu subtile, entre la vie et la chaleur de VEglxse, par laquelle nos frères croient justifier leurs retards ; si loin et si peu instruits de leurs coutumes, du sens réel et de la portée qu'ils attachent à leurs formules, ce n'est point à nous à entamer avec eux une de ces pacifiques controverses par lesquelles des chrétiens de bonne foi cherchent mutuellement à s'éclairer. Nous aimons bien mieux nous rendre à l'invitation qu'ils nous adressent , de mêler nos prières à leurs
rières, pour que la' grâce d'en haut, achève
œuvre divine, déjà si visiblement et si miraculeusement commencée, de ce qu'ils apf (client leur guérison, de ce que nous appelons, nous, qu'ils nous permettent cette parole, leur résurrection.
Depuis longtemps la France prie avec ardeur, avec amour, pour sa noble sœur l'Angleterre; l'appel que cette sœur fait aujourd'hui à sa charité, par l'organe d'un de ses enfants les plus dévoués, sera entendu; la prière des deux nations montera ù la fois plus fervente, plus forte encore que jamais, vers le trône du Christ; les anges et les apôtres glorieux des deux peuples l'offriront de concert au Sauveur, et les jours de colère seront abrégés, et notre charité recevra aussi sa récompense, et, pour la France comme pour L'Angleterre, le jour de la miséricorde apparaîtra.
BVANGÉLIQUE. 05i
AI l'.l l>\< TF.T'R DE L'UNIVERS (1).
U»l'ircJ, le- dimanche delà TkïiiWi, \Hi\
Momu i ■ ,
La charité que vous avez toujours montrée envers l'Eglise anglicane me fait croire que vous ne refuserei pas de donner placé dans votre journal catholique A la lettré d'un des cniants de cette Eglise affligée, qui a bu jusqu'à la lie cette < oupe amère qui est maintenant le partage de, tontes les Eglises du Christ Les yeux de toute la chrétienté sont en ce moment tournes \ < rs l' Angleterre, si longtemps séparé.- du reste de l'Europe catholique; partout s'est éle\é un pressentiment (iue l'heure de la réunion est arri-. et que cette île, jadis si fertile en saints. \a encore pousser de nouveaux fruits digm des martyrs qui l'ont arrosée de leur s.n Et vraiment ce pressentiment n'est pas sans raison, comme je vais vous le prouver par le récit de ce qui se passe en ce moment à l'université d'Oxford. Ce récit est d'autant plus important, que cette université est vraiment le cœur de l'Eglise anglicane, dont les palpitations font tressaillir les membres les plus reculés de ce grand corps. Le but unique que je me propose est de vous donner une idée juste de la position où se trouve maintenant l'Eglise anglicane, afin que les catholiques fiançais puissent prendre part aux émotions de nos âmes. Et je ne crois pas qu'il soit possible de vous en donner une idée approfondie autrement que par le moyen d'une exposition d'un petit traité qui a paru dernièrement. Je ne me flatte pas que vous allez approuver toutes les opinions que je vais vous exposer, et je ne prétends pas les défendre ; je n'en suis que l'historien et non pas l'auteur.
Un de nos théologiens , M. Newman , a publié, il y a peu de jours, le numéro 90 des Traités pour les temps présents, dans lequel il prétend démontrer que l'Eglise de Home n'est tombée en aucune erreur formelle au concile de Trente, que les invocations des saints (par exemple, l'ord pro nobis), le purgatoire et la primauté du saint-siége de Rome ne sont nullement contraires aux traditions catholiques, ni même à nos formulaires autorisés; enfin que le dogme de la transsubstantiation ne doit pas être un obstacle à U réunion des Eglises, parce que, sur cet article, il n'y a qu'une différence verbale. En même temps il n'est que peu satisfait de nos 3i) articles, quoiqu'il soutienne partout que la providence de Dieu a empêché les reformateurs d'y insérer ouvertement les dogl protestants auxquels ils n'étaient que trop attachés. Et, bien que selon lui ces articles soient susceptibles d'une interprétation catholique, cependant il les regarde comme un fardeau que Dieu, dans sa colère, pour les
(1) Dos raisons que l'on devine aisément font nue non» ne' pouvons pas douer ici le nom du membre le reaiter* silé «l'Oxi'Til qui Min bien uns adresser cette lettre; mais nous en g - raulheuticilé. L'auteur l'.iy.nii
écrite en français . telle que nous la publions, on n'a pu U craindre l'involontaire inudélité d'une traduction. ( Noie .tu Rédai i de l'Umeer*.)