MOUVEMENT CATHOLIQUE AU SEIN DE L'ËGLÎSE ANGLICANE
péchés de nos ancêtres, nous a imposé, comme une chaîne qu'il faut hien porter jusqu'à ce que nous soyons dignes d'en être délivrés. Vous sentirez, monsieur, toute l'importance de ces opinions, et d'autant plus que ce ne sont pas les opinions d'un théologien isolé. Je puis vous assurer que tandis qu'une opposition s'élevait de la part des membres les plus âgés de l'université (comme on pouvait bien s'y attendre, puisqu'ils ont vécu sous le système du dix-huitième siècle), cette même opposition me donna lieu d'observer que même les plus modérés du parti catholique, à Oxford, étaient prêts à soutenir l'auteur du traité. Vous voyez donc, monsieur, que l'humilité, la première condition de toute réforme saine, ne nous manque pas; nous sommes peu satisfaits de notre position, nous gémissons des péchés que commirent nos ancêtres en se séparant du monde catholique, nous éprouvons un désir brûlant de nous réunir à nos frères, nous aimons d'un amour sans feinte le siège apostolique, que nous reconnaissons être le chef de la chrétienté, et d'autant plus que l'Eglise de Rome est notre mère, qui envoya de son sein le bienheureux saint Augustin nous apporter sa foi inébranlable. Nous reconnaissons encore que ce ne sont pas nos formulaires, ni même le concile de Trente qui nous empêchent de nous y réunir. Après toutes ces concessions, vous pouvez bien me demander : Pourquoi donc ne venez-vous pas nous rejoindre? qu'est-ce qui vous en empêcherait? Vos formulaires? mais, à ce que vous prétendez, vous ne les regardez pas d'un œil trop favorable. Les nôtres? mais, selon vous, ils ne contiennent aucune erreur. Ma réponse à cette question va vous développer encore plus clairement notre position présente. Premièrement, monsieur , tandis que M. Newman s'exprime ainsi nettement sur la pureté des formulaires autorisés par l'Eglise de Rome, il distingue toujours , entre le système du concile de Trente et un autre système qui existe dans cette Eglise. Tandis qu'il rend grâces à Dieu de ce qu'il a préservé le concile de toute erreur formelle en matière de foi, en même temps il soutient qu'en matière de pratique il y a des corruptions dans l'Eglise, contre lesquelles le concile même élève la voix, mais qui néanmoins y existent encore , et qui réclament hautement une réforme. Je pourrai, à quelque époque future, vous donner un extrait tiré des écrits de ce savant théologien, qui vous mettra plus à même de vous former une idée précise de ses opinions, Kn attendant, je traduirai quelques-unes de ses expressions, qui serviront à éclaircir ce que j'ai dit. D'un côté il avance que, malgré toutes les erreurs de son système pratique, il n'y a que l'Eglise de Home qui ait donné libre mars aux émotions d'adoration, de mystère, de tendresse, de révérence, de dévotion, et aux outres sentiments de ce genre, qu'on peut appeler si entièrement catholiques. Cet homme, d'ailleurs, n'a pas beaucoup l'air d'un protestant. Mais, dans le même ouvrage, il dit quo, malgré cet épanchement de cœur, cet
amour catholique qu'on y trouve, il y a cependant un élément non catholique qui y existe en matière de pratique , un système traditionnel qui tend à substituer à l'Evangile du Christ un autre Evangile qui ne lui appartient pas. Il soutient toujours que la théorie de l'Eglise est pure ; cependant, d'après certains livres de dévotion trop généralement répandus , d'après les récits de plusieurs voyageurs éclairés et tout à fait affranchis du protestantisme vulgaire, il craint qu'il n'y ait un système autorisé, qui, en matière de pratique, au lieu de présenter à l'âme du pécheur la sainte Trinité, le ciel et l'enfer, y substitue la sainte Vierge, les saints et le purgatoire. 11 est vrai que tout ceci ne forme pas une partie essentielle de la foi de l'Eglise; cependant il avoue que le système réclame si hautement une réforme, qu'il serait impossible à l'Eglise anglicane de se jeter encore entre les bras de celle de Rome.
En second lieu, nous avons un devoir sacré à remplir envers les membres de notre Eglise. Nous ne pouvons pas encore nous résoudre à croire que cette chère Angleterre est dans la position où se trouvent les hérétiques qui se glorifient du nom de Calvin et de Luther. Eh 1 monsieur, l'ordre épiscopal ne vaudrait-il pas encore quelque chose? Un roi sacrilège a bien pu enlever des autels de Cantorbéry les ossements sacrés de saint Thomas; mais croyez-vous qu'il ait eu le pouvoir d'en chasser celte grande âme, qui, du haut de son trône, dans le ciel, veille toujours sur ce siège qu'il a illustré par sa vie et consacré par son sang? A Dieu ne plaise que la lignée auguste de Lanfranc et d'Anselme soit à jamais terminée. Si nous ne l'avons pas conservée, elle n'est plus : car, certes, vous ne direz pas que c'est vous qui en avez gardé la succession. Il n'y a pas d'archevêque inpartibus de Cantorbéry oud'Yorck, comme il y en a de Cambysopolis ou de Siga. Ou bien direz-vous qu'au moment où l'archevêque a cessé d'être en communion avec Rome, il a aussi cessé d'exister? Mais permettezmoi de faire ici un peu le scolastique, et d'emprunter les termes dont se fût servi l'école, afin de donner plus de précision à nos idées. L,a papauté, selon nous, est plutôt la forme accidentelle que la forme essentielle de l'Eglise, c'est-à-dire, elle ressemble plutôt à la chaleur qu'à la vie de l'Eglise. L'absence delà chaleur est une marque de maladie; sans elle, les membres sans vigueur se traînent tristement, les fonctions de la vie languissent; cependant la vie peut y exister encore. Ainsi l'union avec le pape est un résultat nécessaire de la santé parfaite d'une Eglise; le retranchement de cette union est une preuve que tout n'y va pas bien ; c'est un symptôme de la présence de quelque maladie, qui en ronge les entrailles ; le sacerdoce y est souvent privé de quelqu'une de ses fonctions, et comme hélas I ce n'est quo trop certainement le cas parmi nous, l'épiscopat y est assujetti aux puissances de ce monde. Cependant, la vie, c'est-à-dire l'essence de l'Eglise n'y est pas encore éteinte.
DÉMONSTRATION l \ tNGELIQI 1
Noua avons donc encore un devoir envers nos frères. Il j 1, en ce moment-ci, dans I i glise anglicane une foule de personnes qui balancent entre le protestantisme el le catholicisme, el qui néanmoins repousseraient avec horreur I idée même d'une réunion arec Rome. Les préjugés protestants, qui ont pendant l'espace de 300 ans infecté notre Eglise, y -"ut malheureusement trop profondément enracinés poni an être extirpés sans beaucoup de ménagement. 11 faut donc offrir à
Dieu en sacrilire ce désir ardent qui nous dévore de revoir l'unité parfaite de l'Eglise du Christ. Il faut supporter encore le vide terrible que met dans nos cœurs l'isolement de notre Eglise, et rester tranquilles jusqu'à ce qu'il plaise à Dieu de convertir les cœurs de nos confrères anglicans, surtout de nos saints pères, le- évéques. Nous sommes destine-, j'en suis persuadé, à ramener plusieurs des brebis errantes à la connaissance de la vérité, lin effet le progrès des opinions catholiques en Angleterre, pendant les Bept dernières années, est si inconcevable, que nulle espérance ne doit paraître extravagante. Tenons- nous donc en repos pour quelques années, jusqu'à ce que (Dieu le veuille ainsi 1) les oreilles des Anglais soient accoutumées à entendre prononcer avec révérence le nom de Rome ; au bout de ce ternie vous verrez bien le fruit de notre patiente.
Mais de plus, monsieur, j'ose le dire, nous avons encore un devoir sacré à remplir envers Rome. Loin de nous soit ce protestantisme vulgaire qui ose ouvrir sa bouche profane et proférer des calomnies contre le siège de saint Pierre. Oui, si une fois on était parvenu à me persuader que l'Esprit de Dieu a quitté l'Eglise de Rome, je croirais en même temps que le christianisme va s'éteindre dans toute la terre. Cependant nous autres, Anglais, ne pouvons ouvrir les yeux sans voir autour de nous un système qui, au nom du catholicisme romain, s'unit à nos schismatiques, paraît partout en Irlande et en Angleterre comme le principe de la sédition, et tâche par des supercheries et des représentations équivoques de détacher de nous les membres de notre Eglise. Pardonnez-moi si, avec la plus vive douleur, j'ose encore, aussi tendrement que cela m'est possible, découvrir les plaies de ma mère et en gémir. 11 me semble qu on Angleterre les bons catholiques romains, eux-mêmes, ne peuvent être aveuglés sur l'état où se trouve maintenant leur Eglise, du moins dans les Iles Britanniques. Us ne peuvent que regretter cet esprit de politique mondaine qui unit les chefs de leur parti à un ministère qui tolère toutes les religions également, parce qu'il les hait toutes également, qui ne protège les catholiques romains que parce qu'il les regarde comme une de ces sectes qui travaillent à la destruction de l'Eglise» anglicane. C'est pitié de voir que \cé catholiques romains sont mis dans 1 i même catégorie» que les méthodistes, les quakers, les indépendants, et même que les BOCÎniens, et qu'en même temps ils ne rougissent pas de se servir des avantages que
leur présente cet arrangement impie. Mais
tandis qu'une partie des catholiques romains, m Angletei re, détestent ce »j itème funeste, je ne croi pas qui' les catholiques français le regardent avec toute l'horreur qu'il mi li faut avouer que ma surprise lut Lien grande de trouver dans les ouvrages d'un écrivain français, dont le nom ne doit jamais être pronom < par un catholique sans le plus grand respect, une comparaison entre le grand agitateur et saint Thomas de Cantor-
bèry. Ma surprise ne fut pas moindre, de trouver un éloge du même personnage dans les ouvrages d'un auteur dont la voix a trouvé un écho dans les cerurs de plusieurs de ces Anglais qui tournent déjà un ri d'amOW vers la religion de leurs pères. Béni soit à jamais celui qui nous a appris a connaître et a aimer la chère sainte Elisab* lli ; béni soit celui qui nous a montré une image fidèle de ces siècles de foi, image d'autant plus chère que cette foi si simple, cette foi d'enfant, s'est envolée au cul et ue nous a laisse que la foi des pénitents, qui se frappent la poitrine et regrettent les années qu'ils ont à jamais perdues. Si cet auteur connaissait le système d'iniquité qui désole 1 Irlande, certes il n'en aurait pas loué le chef dan traité sur le vandalisme et le catholicisme dans l'art. Je ne nie pas que l'Angleterre ait exercé une tyrannie affreuse contre l'Irlande ; mais, d'un autre côté, je suis bien sûr que si les auteurs dont j'ai parlé eussent considéré la foule de mécréants, de schismatiques et de séditieux à laquelle s'est allié un parti qui s'appelle catholique romain en Angleterre, ils effaceraient le nom du démagogue qui en est le chef de leurs pages, si remplies de pureté et de religion. Je le répète donc, nous avons un devoir sacré à remplir envers l'Eglise de Rome. 11 faut la désabuser de cet aveuglement funeste qui la mène à se fi. r a un bras de chair, à s'appuyer sur un roseau quivapliersouselleetenfinlui percerla main. Permettez-moi de vous offrir en conclusjnn une ou deu.x remarques. Permettez-moi de vous indiquer un moyen sûr de réunir l'Angleterre à l'Eglise de Rome,, moyen que j'ose appeler irrésistible. Que les catholiques romains en Angleterre travaillent a se réformer eux-mêmes ; qu'ils rompent les liens de politique mondaine qui les unissent à nos schismatiques ; qu'ils cessent de favoriser la sédition e't la trahison. Ce ne sont pas les armes de l'Eglise: non, elle a vaincu le monde par les souffrances, par les jeùne-s, par les prières. On nous apprend que deui ordres de moines s'en viennent s'établir en Angleterre pour travailler à notre conversion. En bien ! monsieur, qu'ils laissent à Dieu le soin de toucher mis ceeurs ; qu'ils s'abstiennent de ces efforts malheureux qui oui été faits contre la pais de nos tnuipcaux : qu'ils se gardent bien de tacher de gagner les individus. C'est un ouvrage bien long, celui de ramasser une nation brin par brin, atemie1 par atome. Je prétends leur montrer un moyen
de moissonner le royaume entier, et d'en en-
tassiT les fruits dans les greniers de l'Eglise,
LETTRE A LORD SIIREWSBURY.
Qu'ils travaillent parmi les catholiques romains ; qu'ils nous présentent ce que nous n'avons pas parmi nous : l'image d'une Eglise parfaite en discipline et en mœurs; qu'elle soit chaste et belle comme le doit être l'épouse divine de Jésus-Christ, qu'elle chante nuit et jour les louanges de son Sauveur, et que même ses vêtements extérieurs soient éclatants, afin que le spectateur soit frappé d'admiration et se jette à ses pieds, voyant clairement en elle la bien-aimée du Roi du ciel. Qu'ils aillent dans nos grandes villes prêcher l'Evangile à cette populace à demipaïenne; qu'ils marchent nu-pieds ; qu'ils se ceignent du sac; qu'ils portent la mortification écrite sur leur front; enfin qu'il se trouve parmi eux un saint tel que le Séraphin d'Assise, et le cœur de l'Angleterre est déjà gagné-
Et ce grand cœur, jadis si catholique, ce pauvre cœur si longtemps déchiré par la vigueur de sa propre vie, épuisée en vains efforts pour combler le vide affreux qui y règne, ne mérilc-t-il pas quelques sacrifices de votre part, afin qu'il soit soulagé et guéri? Oh 1 qu'il nous fut doux d'apprendre que nos frères catholiques priaient pour nous. L'ar-
mée triomphante dans le ciel prie aussi pour nous. Elle a prié, j'en suis sûr, depuis le commencement de ces trois siècles de schisme et d'hérésie. Pourquoi les prières de saint Grégoire, de saint Augustin, de saint Thomas ne sont-elles pas exaucées? C'est à cause de nos péchés, des péchés non-seulement de l'Angleterre, mais aussi de Rome. Allons, faisons pénitence ensemble, et nous serons exaucés. Pendant ce saint temps où l'Eglise se retire au fond de la solitude de son âme, suivant les pieds sanglants de son divin Maître , poussé par r esprit dans le désert, sachez que plusieurs d'entre nous tendent les mains nuit et jour vers le Seigneur, et lui demandent, avec sanglots, de les réunir à leurs frères catholiques. Français ! ne manquez pas de nous assister en ce saint exercice, et je suis persuadé qu'il ne se passera pas beaucoup de carêmes avant que nous chantions ensemble nos hymnes pascales, dans ces accents sublimes dont s'est servi pendant tant de siècles l'Epouse divine du Christ.
Agréez, etc.,
Un jeune membre de l'université d'Oxford. {Univers du 13 avril 1841).
LETTRE DE Msr WISEMAN
A L©RB SHREWSBBRY,