‹ Démonstrations évangéliques (volume 2)Chapitre 104 sur 167 · C.VJ · texte numérisé non relu

C.VJ

Le manque d'union est le vice de notre étal actuel; quand imis lei éléments de II Force et de la dignité nationale tendent vers un seul et même bnt, et entraînent sur une même ligne le peuple el Bes chefs : quand hclergé , la noblesse el les classés industrielles •le tonl rang agissent sous l'influence des mêmes relies de conduite,, se jugent mutuellement par lés mêmes principes, voient d'on

moitié point dé vue leurs prérogativ es cl leurs

droits respectifs , comprennent également, et d'après une notion co nmune à tous, l'importance et la nécessitédes sacrifices mutuels; en un mol, quand tous travaillent sous la même loi et pour la même fin, alors la majesté et la puissance d'une nation brillent dans toute leur splendeur. .Mais nous, où en sommes-nous? Chaque classe \it isolée , appelant la prospérité des autres sa ruine, leur avantage sa perte. L'esprit d'antagonisme et de dissolution s'est emparé des diverses parties dece grand empire : au lieu d'harmonie, nous avons les cris delà discorde; en place d'union, des conflits d'intérêt. Entre l'aristocratie et les classes pauvres existe, depuis longtemps , une réserve et un > froideur inconnues dans les temps anciens, je veux dire dans les temps catholiques ; et les frénésies du charlisme et du socialisme s'efforcent d'y substituer l'inimitié et la haine. Le clergé de l'Eglise-Elablie est loin de posséder auprès du peuple la considération et l'influence nécessaires pour contenir les passions de la multitude , lui commander la patience dans la détresse , et la guider vers des circonstances plus heureuses. Dans les grandes villes , des masses immenses se sont soustraites à la sollicitude du clergé, ayant ou abandonné toute religion, ou embrassé la dissidence. Parmi les adhérents des sectes diverses , les hommes de rétablissement , bien loin d'être traités avec respect , comme ministres reconnus de Dieu , ne sont qu'un objet de mépris et souvent de haine ; et ceuxci, de leur côté, considèrent naturellement les chefs des congrégations dissidentes comme des intrus, et leurs disciples comme d'aveugles schismaliques ; entre eux se tiennent nos frères refusant de reconnaître les prétentions des uns et des aulrcs, mais unis par le saint-siége dans une même foi et une même communion avec la grande Eglise catholique. De plus, si nous examinons les éléments de la prospérité temporelle du pays , là aussi nous retrouvons division d'opinion. Les intérêts agricoles et manufacturiers sont en état de rivalité. Ce que l'on fait pour l'un , l'autre le regarde avec jalousie et crainte comme une mesure qui lui est hostile. Au lieu de deux puissances agissant ensemble sur le même point du levier, on dirait deux bassins suspendus aux extrémités opposées

du fléau, et contre-balancés arec tant d exactitude que l'un ne peut s'élever sans que l'autre ne s'abaisse : le moindre poids jelé dans celui-ci semble on poids enlevé à celuilà, et l'un ne peut Be mouvoir en un I Q8 qu'aussitôt son rival ne se meuve dans la direction opposée. Do temps à. amrc se ma-

infeste un conflit semblable entre la propriété t< rritoriale et la propriété finance .m moindre soupçon d'une charge Itnpoï a celle-ci Qu'ai-je besoin d'ajouter que cet « -prit de désunion éclate d'une manière plus déplorable encore entre les pins guides portions de notre empire ; l'injustice et la dureté de l'Angleterre nous ont aliéné lei affections de I Irlande; et plusieurs de mis colonies ont montré des signes non éqofvèques de leur précaire attachement a la mèrepatrie.

On dira peut-être que, malgré toutes nos divisions, nous avons prospéré et prospéi encore. Ainsi prospéra aussi la république romaine, en dépit des querelles entre patriciens et les plébéYens d'abord, puis entre les Romains et les allies. .Mais vint la fin, et (Ile vint sj effroyable, que les plus ^

Ct les plus hommes de bien crurent l'unité du gouvernement, bien qu'ach tée a un prix terrible, préférable aux maux enfin engendrés par la désunion. Nous n sommes pis encore, grâces à Dieu, arrives à cette crise; mais il estél ident qu'une pensée de desordre commence a travailler bien des cœurs. N'est* il donc pas temps de chercher remède à une situation qui chaque jour laisse voir en conséquences une réalité plus fatale? (In peut dire encore : Si dans cet état de désunion et de mutuel éloignement nous avons prospéré jusqu'à aujourd'hui, jusqu'à dernières années , quelle n'eût pas été noire prospérité si nous eussions tous été d'accord ? si le résultat de nos forces divisées a ete -i grand , quel n'eût pas été celui de nos forces réunies.

On est en général porté à se défier d'un remède vanté comme une panacée universelle. Néanmoins, si toute la maladie n'a qu'un principe, et tous les symptômes qu'un caractère, sûrement on ne nous traitera pas de visionnaire pour ne proposer qu'un remède. Et si les considérations les plus hautes et les plus nobles démontrent la nécessité de ce remède; si. outre son utilité reconnue, il se recommande à nous par une excellence propre el indépendante de nos besoins ; si enfin chaque jour nous en lait mieux apprécier l'importance, la justice et la vérité; sûrement alors nous ne saurions hésiter à réfléchir du moins à la possibilité d'en faire usage. Il n'y a point d'influence qui puisse, aussi aisément que la religion, arriver jusqu'aux causes secrètes du mal, el les neutraliser aussi efficacement; il n'y a donc rien qui puisse, aussi sûrement que l'unité religieuse , pénétrer jusqu'aux principes de nos divisions, el les guérir en réunissant les parties séparées. Elle exercé une action égale sur les discussions du noble ct du plébéien. et sur les querelles du prêtre et du laïque; sur les haines de province à province cl sur les différends d'homme à homme; et quand elle aura absorbe ce qui est mauvais, elle y substituera bientôt ce qui esl bon el salutaire. L'unité religieuJ enlacée avec les affections qui nous unissent el comme cires souoau cl cumino membre*

LETTKE A LORD SHREWSBURY.

d'un même Etat , l'unité religieuse , l'humanité et le patriotisme formeraient celte triple corde dont il est dit, qu'il est difficile de la rompre [Eccles., chap. IV, 12).

Votre Seigneurie comprendra qu'en recommandant l'unité religieuse comme un grand bienfait moral et social, mon intention n'est point de laisser dans l'ombre les motifs plus grands et plus nobles de nous efforcer d'y atteindre , qui découlent de la religion même, c'est-à-dire de l'unité absolue de la vérité, et de ce principe évident : que toutes les opinions diverses sont, à l'exception d'une seule, erronées, et que par conséquent c'est notre devoir à tous d'écarter ces opi nions, ou plutôt de les fondre toutes dats celle qui est une et vraie. Mais comme malheureusement il ne manque pas de gens qui examinent ces graves questions sous le point de vue de l'utilité mondaine plutôt qu'à la pure et simple lumière de l'évidence religieuse , il n'était peut-être pas inutile de démontrer même à ces hommes que de grands avantages publics seraient le résultat du rétablissement de l'unité religieuse. Quant à ceux qui , par des motifs plus élevés , déplorent la funeste séparation de l'ancienne Eglise d'Angleterre , leur coopération nous est assurée, sans qu'ils aient besoin des réflexions auxquelles je viens de me livrer.

Mais l'idée de l'Angleterre redevenue Une en religion est incompatible avec sa persistance dans son état présent d'isolement ecclésiastique et religieux, sous le nom d'Eglise nationale (dans le sens restreint et odieux du mot) , c'est-à-dire séparée de la communion religieuse du reste du monde. Catholiques, nous devons nécessairement déplorer celle séparation comme une profonde plaie morale et comme un schisme dont rien ne peut justifier la continuation. Parmi les membres de l'Eglise anglicane, plusieurs, partiellement d'accord avec nous, considèrent la séparation sous le même point de vue et l'appellent un fléau funeste, tout en excusant leur position individuelle dans le schisme comme un malheur inévitable. Aussi presque tous sommes-nous d'accord en ceci: qu'on ne saurait trop se hâter de mettre un terme à la douloureuse position de l'Eglise anglicane, et que nous pouvons compter sur une coopération empressée, capable el pleine de zèle, dans tous les efforts que nous pourrons tenter pour la replacer dans sa position légitime, dans l'unité catholique avecle saintsiége et les Eglises de son obédience , en d'autres termes, en communion avec l'Eglise univcrsclle. Est-ce là une1 idée de visionnaire? N'est-ce rien , sinon l'expression de mes ardents désirs? Ce sera, je le sais, la pensée de plusieurs; et si je ne consultais que l'intérêt de mon repos, peut-être, ne me hasarderaisje pas à publier ces lignes. Mais je veux , dans la simplicité de mon cœur, m'attache!à l'< spérance que font naître en mon âme tant de flatteuses apparences.

A une époque précédente, nous voyons un grand évêque, l'aigle de Meaux , regarder couiuio un devoir d'entamer avec Leib-

nitz une discussion sérieuse sur la possibilité de réunir l'Allemagne à l'Eglise romaine. Et cependant rien alors qui pût encourager ou promettre le succès, sinon le désir des princes et le zèle éclairé , il est vrai , mais solitaire, de Molanus ; de la part de l'Eglise séparée elle-même, ni prières ardentes , ni sentiment de ses besoins; et de la part des docteurs de cette Eglise, point de soupirs pour l'unité, ni de vénération pour l'Eglisemère. Or, si cette condescendance de Bossuet, si renommé par son immense pénétration et sa prudence consommée, n'a point été considérée comme une faute , il semble qu'on ne devrait point déverser un blâme sévère sur un homme si fort au-dessous de lui à tous égards , parce qu'il attache quelque importance aux rapprochements successifs de beaucoup de personnes qui aspirent au même but , et parce qu'il ne rejette pas tout d'abord et absolument leurs vœux, aujourd'hui clairement exprimés, de voir leur Eglise rendue à la communion catholique. De plus , Bossuet était un évêque étranger , n'ayant en Allemagne ni intérêt ni responsabilité : et cependant, au lieu de repousser les avances du parti opposé , il crut de son devoir d'accorder une attention sérieuse à la moindre proposition pour le rétablissement de l'unité, de l'accueillir avec zèle et bonté, et de consacrer ses talents à la féconder et à lui faire porter du fruit. On ne saurait donc accuser d'un zèle inconsidéré celui qui , ayant un intérêt profond et éternel en ce royaume, étant chargé d'une responsabilité personnelle et sérieuse dans la contrée même qui forme le centre et le foyer du nouveau mouvement, croit devoir donner quelqu'altention à des déclarations du même genre, bien plus frappantes et bien plus positives, et consacrer ses faibles talents à la recherche des meilleurs moyens de répondre au désir qu'elles expriment. J'ose donc offrir à la pieuse considération de Votre Seigneurie quelques points qui me paraissent dignes d'une sérieuse attention. Toutefois ce ne sont que des esquisses et des aperçus de ce qui peut-être deviendra avant peu le sujet d'une exposition plus finie et plus détaillée.

Il peut paraître nécessaire que j'explique ici, à ceux qui, comme vous, ont depuis quelque temps vécu hors de l'Angleterre, les raisons qui font que je vois, ou, ainsi qu'il plaira à d'autres de s'exprimer, que j'imagine voir un rapprochement non pas seulement vers quelques points particuliers de la doctrine et des pratiques du catholicisme, mais encore vers ïymité catholique. 11 est souvent difficile de donner la forme spécifiquede l'argumentation à une preuve, qui est le résultat d'une grande combinaison d'inductions diverses, dont la force convergente opère la conviction. Néanmoins il me semble impossible de lire les ouvrages des théologiens d'Oxford, et particulièrement d'en suivre l'enchaînement chronologique, sans découvrir dans les doctrines et les sentiments affectueux qu'ils professent un rapprochement journalier vers noire sainte Eylisc. l'eu à peu

en V'CTot ils se sont pris .1 aimer m^ saint* et boa papes ; nos nies, nos cérémonies; nos offices et nos rubriques mêmes leur inspirent un respect que plusieurs d'entre nous, hélas ! ne paraissent pas éprouver au même degré : nos institutions monastiques, nos élablisseoents d'éducation et de charité sont devenus tes objets préférés <le leurs études. Enfin tout ce qui concerne noire religion excite profondément leur attention et leur intérêt. '>n dira, je lésais, qu'après toul cet intérêt n'est pas désintéressé; qu'ils veulent prendre chez nous tout ce qui peut donner de la consistance à leur Eglise, niais qu'ils n'ont ni la pensée, ni le désir de faire un pas de plus et de s'unir à nous. Or, ce soupçon, je le crois injuste et sans hase réelle : il ne peut reposer que sur l'ignorance du caractère et des sentiments réels de ces écrivains. Leur admiration de nos institutions et de nos pratiques, et leurs regrets d'en être privés, émanent évidemment de la haute estime qu'ils éprouvent pour tout ce qui est catholique : supposer qu'ils aiment les diverses parties u"un système, et qu'ils veulent se les approprier, tout en ayant l'intention d'en rejeter le principe, s>'ul point d'appui qui soutienne s parties diverses; supposer enfin que leur isein arrêté est de repousser le système lui-même , après l'avoir démembré et exploité à leur profit, c'est les accuser de duplicité sans qu'ils nous en aient donné le droit, c'est, à mes yeux , une contradiction révoltante. Mais ce n'est pas tout : lisez , milord, le passage suivant, publié il y a deux ans :

L'Eglise anglaise, autrefois la gloire de la chrétienté, relie Eglise où liède enseigna, et qui produisit Boni face, est aujourd'hui solitaire au milieu des nations. Comme elle a souffert sous le coup des passions humaines! comme on l'a resserrée dans ses mers, cette reine des îles, qui jadis avait dans ses domaines un continent , et ses évéques pour hôtes et visiteurs ! Mais a (fuoi bon ces regards au passé? ce qui a été fait est, dit-on, matière historique, ce qui veut dire que nous pouvons avoir à cet égard notre opinion particulière. Le résultat est assez clair : la chrétienté a été bouleversée; et de ce bouleversement nous avons souffert non moins que les autres nations. Rome, la Grèce, l'Angleterre, ont souffert ; mais ici nous ne voulons parler que de nous-mêmes. Eh bien, donc, nous avons perdu la sympathie du monde: ceux qui nous en ont privés se so?it crus obligés de faire tout leur possible pour en réparer la perte. Le pouvoir civil </ui nous a séparés du reste delà chrétienté, a tout fait pour nous réconcilier avec notre dégradation. Il a maintenu, il est vrai, notre esclavage comme un des principes fondamentaux de la constitution; mais il n'a rien négligé pour nous empêcher de sentir nos chaînes. Si I' E~ glise /levait exister en Angleterre, c'était comme la loi des Mèdrs et des Perses; elle ne tient r.ristrr que pour l'Angleterre suite. Si on lui permettait de vitre tn ce pags. c'était

comme prisonnière. Mais ceci une fois admis , on lui accorda la plus honorable captivité :

PI HONSTRÀTK» BVANGI I UN 1 I 1

h in lui fut refusé, sinon Ut liberté. On fit pleuvoir tur elle pouvoir, richesses, UsÂuenct, honneurs et considération : on voulait lut 1 rét r un t nivrenu nt de f""v lt v instants : c'étaii Rosselas dans la Vallée heureuse, ou le té <l<ins les jardins <r irtnide. A quoi n'avait-on pas poun a ! Cependant il estait de noter premier père, ]ilaeé dans dt cin onstaw ces beaucoup plut heureuses . Quant à A'ium, il ne se trouva point un aide semblable <\ lui. — Aliquid desideravere oculi. — Et et besoin, la docilité des bétet et la beauté des oiseaux ne pouvaient le satisfaire : quelque chose lui manquait dans le paradis même. Ainsi noire pauvre Eglise d'Angleterre, qui certes n'est pas dans le paradis, a senti, en

dépit des princes ei des autres enfants 6

hommes, le mal affreux d'être seule: elle a vu qu'elle était parmi 1rs étrangers. Politiques , avocats et guerriers l'ont entourée d'attent, m ei d'hommages; des créatures, apprivoisées ou sauvages, ont tenu leur conseil autour d'elle; et malgré cela elle n'a trouvé personne et qui parler le langage de la confiance, perle qu'elle pût consulter et aimer. Aut l'Etat, si nous m jugeons par ses actes, a pensé que c'était bien raisonnable à elle de ne trouver pas qu'un lion et une licorne fussent des objets t!ir;n-s de toutes les affections. [British Critic, octob. 1839. p. 282. )

Je pourrais signaler à Votre Seigneurie un autre article sur la catholicité de l'Eglise anglaise, publié dans la même Revue, numéro de janvier de l'année dernière; article dont M. Newrnan est, je crois, l'auteur reconnu. Ce n'est pas que j'en puisse citer aucun passage donné, a\ec une satisfaction entière; mais personne ne le lira, je pense, qui n'acquière la conviction que la position isolée de l'Eglise anglaise et sa séparation du reste du monde ne soient une cause de regrets profonds, et que la moindre probabilité que le mal pourrait élre extirpé, suffirait pour qu'on n'épargnât ni travaux ni peines afin d'en assurer la guérison.

Mais voici un autre motif à l'appui de mes espérances : Dans les livres de ces écrivains on lit clairement exprimé un sentiment général de mécontentement contre le système de. l'Eglise anglicane. Ce n'est pas un blâme jeté sur tel ou tel article, ni une erreur condamnée en telle ou telle pratique; ici l'absence de la pensée catholique, et là quelque superlluité protestante. Mais c'est un dégoût absolu du tout, c'est l'accablement du bûcheron chargé de ramée ; il ne se plaint en particulier d'aucune des branches qui composent son fardeau : c'est le faix entier qui le fatigue et l'accable. La dépendance de lEglise VIS à vis de l'Etat, qui la tyrannise et l'opprime ; le clergé, sans une part convenable dans le choix des évéques ! les évéques dépouillés de l'autorité nécessaire pour gouverner réellement; l'impuissant ede l'Eglise à taire usage, des censures spirituelles; l'abolition de toute autorité canonique dans la hiérarchie; l'es prit protestant des articles en gênerai, et lenr insupportable opposition à la vérité catholique en certains points ; la discipline énervée.

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