LETTRE A LORD SHREWSBURY
les sacrements et les rites liturgiques tombés dans l'oubli; l'extinction des vocations monastiques et le mépris des observances de la vie ascétique; l'absence de crainte, de mystère, de tendresse, de respect, de dévotion et de tous ces sentiments qu'on peut appeler plus spécialement catholiques ; enfin le sentiment pénible de leur solitude et de leur séparation, voilà une partie des griefs contre lesquels nous lisons des plaintes à toutes les pages de leurs livres, et dont le redressement entraînerait un changement si complet dans la condition essentielle de l'Eglise anglicane, qu'il est impossible que ces écrivains ne voient pas qu'elle se trouverait alors placée dans la sphère de l'attraction irrésistible de l'unité, et qu'avant peu rien ne pourrait l'empêcher de s'unir au centre dans un étroit embrassement.
Que si nous voulons une déclaration expresse qu'ils prévoient ce grand événement comme une conséquence nécessaire de la purification qu'ils invoquent, nous la trouverons suffisante, je pense, dans ce passage, par où M. Ward conclut sa seconde brochure :
Ceux qui ont une opinion prononcée sur la corruption et la dégradation de notre Eglise, quelque douleur qu'ils puissent causer aux autres en en faisant Vaveu, quelque douleur qu'ils éprouvent eux-mêmes au bourdonnement des louanges qu'on lui prodigue, et au milieu desquelles les mots pure et apostolique résonnent si clairement et si distinctement ; ceux-là du moins ont une grande consolation, dont les autres ne peuvent jouir avec la même plénitude, dans leur amour et leur sympathie pour ceux qui sont dehors. Plus nous déplorons Vétat intérieur des choses, plus nous confessons humblement que le sceau du royaume de Jésus-Christ, qui ne peut jamais être entièrement effacé d'aucune portion de son héritage, est obscurci, et qu'il n'en reste plus qu'une trace légère au front de l'Eglise anglaise, plus aussi nous sommes disposés à accorder une indulgence plus étendue à ceux qui n'ont pas su l'y discerner. Quand on voit la sainteté extérieur e fleurir endehors de l'Eglise, ou dans l'Eglise, mais parmi ceux qui ont perdu l'esprit de l'Eglise, il n'y a que deux solutions possibles au disciple de l'Eglise, savoir : que la sainteté n'est qu'extérieure, ou que l'Eglise n'est pas ce qu'elle devrait être. Paissions-nous, dans les cas où une sainteté semblable se manifeste, non pas en paroles, mais dans toute la suite d'une vie de vertu et de sacrifice, avoir toujours le bonheur de choisir la dernière alternative 1 Puissions-nous considérer ces fruits de grâce, si abondants parmi les protestants, comme une accusation portée contre nous, pour n'avoir jusqu'ici offert qu'un tableau si imparfait d'une vie vraiment évangélique l Puissions-nous, catholiques de l'Eglise anglaise , embrasser avec amour les exemples de piété, de pureté et de renoncement, de quelque part qu'ils nous soient présentés ! Ce n'est qu'ainsi que nous pourrons donner à l'édifice de notre Eglise une forme vraiment catholique (je veux dire, accommo-
dée à tous les hommes, quelle que soit la diversité de leurs goûts et de leurs caractères ) , veillant scrupuleusement sur le dépôt de la vérité , et gardant précieusement l'esprit de charité. C'est ainsi qu'après avoir réuni dans son sein tous ceux qui, parmi nous, sont vrais serviteurs de Dieu, notre Eglise peut espérer que son influence réagira à l'avantage de ses sœurs, dans les autres contrées, après une séparation si longue et si fatale. Et enfin, quand par une puissance naturelle et comme spontanée d'attraction, elle sera rentrée en communion active avec le reste de la chrétienté, alors, si Dieu le permet, l'Eglise catholique-unie continuera encore avec une fermeté courageuse sa guerre d'agression contre le monde (p. 90,91).
De plus Votre Seigneurie a ouï parler sans doute des prières à dire le jeudi matin pour l'unité, qui ont paru à Oxford, et pour lesquelles on a fait choix des psaumes et des versets déjà choisis pour le petit recueil de prières publié à Londres, il y a deux ans. De même, le révérend M. F. Wackerbath a rédigé et fait imprimer à Lichfield, en latin et en anglais, une autre prière pour l'unité de la sainte Eglise. Enfin la belle lettre d'un jeune membre de l'université d'Oxford, qui parut il y a quelque temps dans l'Univers, déclarait, au nom de plusieurs, que cet ardent et profond désir faisait l'objet de leurs prières et de leurs jeûnes durant la saison la plus solennelle de l'année. Voilà quelques-unes des manifestations publigues, qui attestent de la part d'hommes influents dans l'Eglise d'Angleterre, une disposition sincère à revenir à l'unité catholique. Or, je n'ai pas besoin de vous demander avec quels sentiments nous devons les accueillir, sinon ceux de la sympathie et de la charité, sinon avec les efforts d'une cordiale coopération ? Quoi ! tandis que de semblables regrets sont exprimés autour de nous, resterons-nous froidement assis, au lieu de nous lever en criant à nos frères désolés : Ayez bon espoir I Arsis dans les splendeurs de la lumière, pourrions-nous les voir essayant de s'ouvrir, en tâtonnant, un chemin vers nous à travers la nuit qui les entoure, trébuchant faute d'une main amie qui les soutienne, ou s'écartant du sentier, faute d'une voix qui les dirige, et rester tranquilles et demeurer muets, prenant un cruel plaisir au spectacle de leurs pénibles efforts, ou, de temps en temps peut-être, insultant à leur détresse, en laissant arriver jusqu'à eux l'insolence d'un ricanement à demi étouffé? A Dieu ne plaise I Mais si l'on devait se tromper; si, ne fût-ce que pour payer tribut à l'humanité, l'on devait absolument faire un faux pas, la chute serait plus douce, tombant sous l'inspiration de deux des vertus théologales, que tombant sur le stérile et glacial terrain de la prudence humaine. Si donc j'ai été trop hardi dans mes espérances , et trop charitable dans mes procédés, eh bien 1 je me résigne à subir les sourires que ma simplicité fera naître, et sur la terre et dans le ciel. Là haut du moins ils n'expriment jamais le dédain
Il,
6(i7 DEMONSTRATION EN \M.l.l Inl i.
Que lei sentiments exprimés en faveur du îretour de 11 . - 1 i -- . anglicane à l'unité -. répandent de plus eu plus el acquièrent chaque jour une nouvelle force . personne n'en douterai parmi ceux qui ont le» moyens d'en juger des sentiments trouvent un écho silencieux dans les s\ mpathies de bien des cœurs; et ceuxqui les embrassent comme une opinion chérie ne lardent pas à communiquer îçurs propres pensées à ceux de leurs amis sur lesquels ils peuvent avoir de l'influence: et, ainsi, il s'esl formé sur les alTaires religieuses une opinion beaucoup plus générale
qu'elle ne le paraît au premier coup d'œil. II
ne manque pas de preuves (mais la discrétion ne permet pas d'en publier le détail) que, des paroisses entières ont reçu le levain et qu'il y fermente : tandis que d'autres, que l'on est bien loin de soupçonner assurément, semblent l'avoir reçu par des \oies plus secrètes et plus mystérieuses.
Tel étant l'état des choses, on se demande naturellement quels sont les devoirs qui en découlent. Et d'abord, quant à ceux, qui, en général, sont le moins habitués à considérer les choses sous un point de vue religieux ; quel est le devoir politique des chefs de i T.lat? 11 semble qu'il y ait là à peine l'objet d'une question. Tout adhérent sincère des principes anglicans ne peut que reconnaître qu'il devrait y avoir, autant que possible, union entre les chrétiens , et que l'Eglise est dans un état violent, quand ses enfants sont divisés et séparés entre eux. Il n'est personne qui ne doive regretter que ces circonstances aient jamais conduit à un semblable étatdedivision ; personnequi ne doive désirer que le temps vienne enfin, où, ces circonstances ayant cessé, on puisse changer la condition des choses, et rétablir l'unité religieuse des anciens temps. Voici, sous un point de vue pratique, comment la question se présente. — Tant que l'Eglise établie a gardé le silence sur ce sujet, tant qu'aucune voix ne s'est élevée pour déclarer qu'il était temps d'essayer un retour à l'unité religieuse, l'homme d'Etal n'avait point à s'occuper de la question. Personne alors ne se plaignait de la nature des lois du pays sur cette matière, personne, excepté nous ; et nos plaintes étaient trop insignifiantes pour attirer l'attention. Mais quand la question s'élève dans l'Eglise elle-même : quand elle excite l'intérêt des plus vertueux de ses membres et de personnages considérables ; quand elle commence à émouvoir et à ébranler les peuples; quand on s'aperçoit (et ce sera bientôt le cas) que l'autorité ecclésiastique est impuissante
« .mine l'Eglise de Dieu . ne lui Impote point l'obligation solennelle de de< harger sa < onsciem e du crime de pla< er des j ,-,u-
d« \ .tut de li io< iété, qui aspire I l'union entre
ttionale et II ithotique.
dans I hypothèse OU cette union pourrait s.'
conclure, si ce n'étalent les obstacles que
l'hommed'Elatpeut, mais ne \< ut pas écarter,
la responsabilité de cette faute retomberait sur
Or il est certain, par exemple, qu'aussi
à calmer l'agitation qu'elle fait naître, alors l'homme politique doit prendre un parti. Il faut qu'il admette ouque Jésus-Chrisla fondé des Eglises isolées, qu il a défendu toute communion active entre ce qu'il appelle lui-même les branches d'un même arbre el les membres d'un même corps, et que l'Etat étant supérieur à l'Eglise, peut à volonté fouler aux pieds ses icinivs et anéantir ses décisions; OU bien il doit examiner si son devoir en\ ers Dieu et cuvors la société , qu'il considère
longtems qu'existera la loi odieuse du premunire, toute relation amicale est impossible
entre ceux que l'Etat r. connaît comme e\êques et le siège apostolique de Rom pourtant ce n'est que par Rome seulement que l'on peut espérei revenir à l'unité.
Mais on me dira sans doute que i s lois et statuts, d'un caractère purement politique, n'ont pour objet que des intérêts lempon ls . en d'autres termes, qu'ils ont été rentàot, en partie, avant la réformation . pour prévenir ou arrêter les empiétements des papes Mir les droits de la couronne et de la nation : el que c'est un devoir de conserver avec un soin jaloux celte sauvegarde constitutionnelle. Accordons cet argument : que s'ensuit-il ? tout au plus qu'il faut conserver de ces loi* ce que les desseins politiques supposés des papes peuvent en rendre nécessaire . et ri n de plus. Mais si ces loi- ont un double caractère, comme cela est évident ; si, d'une part, elles ont pour objet l'influence temporelle du saint-siége, et de l'autre les droits spirituels de la chaire apostolique de Pierre, la I lalure nationale peut, dans sa prudente prévoyance, conserver leur force à celles d lois qui s'appliquent au premier de ces objets; mais rien nepeut autoriser la continuation des statuts qui se rapportent an second Et encore l'Etat n'a-t-il pas droit de se constituer juge en ce point : car. s'il reconnaît l'existence d'une Eglise, il doit lui reconnaître le droit de décider ce qui est essentiel intérêts spirituels. Or si, de tous côtés, i convient que l'union entre toutes les Eglises chrétiennes, dans le cas où elle serait sible, est la chose la plus désirable, pour ne rien dire de plus, le devoir évident de est de laisser à l'Eglise une liberté sans limite dans ses efforts pour effectuer l'union, tandis que le magistrat veillera aux dangers politiques, réels ou imaginaires, ne quid détriment! respublica copiât. Oue l'on puisse ne point confondre ces deux points . et qu'une communion active puisse exister avec les Bg ises étrangères, sans le moindre dangerpour le pouvoir civil, la France et l'Allem une sont là qui le prouvent. On m" s'aperçoit pas dans ces deux pays qu'une parfaite unité religieuse expose au plus léger péril ou les droits constitutionnels du peuple, on les nrérogatiuneraines du monarque. Mais si le parlement alléguait que ce furent, non pa9 des raisons politiques, mais des motifs religieux qui firent interdire toute communication entre son Eglise el le* chefs de la notre, alors il faut hardiment poser relie grande question : l.e parlement a-t-il aucun droit, sauf celui de lu force aveugle el de la tyran
LETTRE A LORD SUKEWSBUKY.
CTO
nie, de résoudre une question de cette importance et de prononcer sans appel que l'Eglise de ce pays ne devra jamais être en communion avec l'Eglise universelle, orbis terrarum? Que si le pouvoir civil est compétent pour décider sur ce point , c'est lui, et non l'Eglise, qui est le juge ecclésiastique suprême : que l'Eglise, en ce cas, prenne garde à sa position. Si l'Etat n'a point celte autorité, il l'usurpe donc de facto ; et, alors, que l'Eglise veille à ses droits.
Quel est donc le devoir de ceux qui ont entrepris la cause de celte Eglise? et d'abord quelles sont leurs intentions? M. Newmana
et la communion catholique, dont la nation est privée aujourd'hui par les dispositionsoppressives et tyranniques d'une loi rendue dans un siècle de persécution. — Que si cette démarche n'obtient aucun résultat, qui dira alors qu'il ne reste pas à remplir un devoir plus rigoureux? Il y a des temps (et l'on peut en écrire la prophétie aussi bien que l'histoire) où les hommes sont obligés dédire aux puissances de la terre: Est-il juste, devant Dieu, de vous obéir plutôt qu'à Dieu, prononcez vous-mêmes (art . IV, 19)? où ils ont à distinguer avec une attention plus qu'ordinaire les choses de César d'avec les choses de
écrit ces mots : Si elle (Rome) se ré forme Dieu, et à se montrer jalouxde n'attribuer jamais à l'un ce qui appartient à l'autre. Le sceptre et la tiare peuvent n'être pas toujours d'accord, et l'on peut choisir entre les deux, non pour déposséder le premier d'aucun de ses droits légitimes, mais pour veillera la défense de l'autre contre tout empiétement. Or , le meilleur moyen d'éviter ces difficiles circonstances, c'est d'être prêta les affronter.
4° Envers l'Eglise anglicane. — S'ils l'aiment , comme ils le disent, ils ne doivent point cesser de faire tous leurs efforts pour la rendre telle qu'ils la désirent. C'est pour eux un devoir de presser leurs supérieurs avec imporlunité et résolution, les conjurant démettre la main à l'œuvre ou de laisser agir les autres. Science, conseils, prudence , ils devront tout employer pour influencer en ce sens les cœurs de leurs frères; et, dans leurs efforts , il ne doit y avoir ni délai ni faiblesse.
Permettoz-moi de revenir sur un sujet que j'ai déjà touché en passant, et dont il faut nécessairement tenir compte en examinant les devoirs que nous impose, à nous catholiques anglais, la situation présente. Je veux parler des violentes accusations contre Rome, telle qu'elle est de nos jours, que nous trouvons si souvent répétées dans les écrivains d'Oxford ; et, pour ne point multiplier les exemples, je me contente de rappeler ici la dernière citation que j'ai faite plus haut du British Critic, et les paroles qui précédent celles que j'ai rapportées : Tant qu'elle (Rome) sera ce quelle est dans la pratique, l'union est impossible entre elle et V Angleterre; mais si elle se réforme Ceci , au premier abord, semble la morl de toute espérance , non-seulement pour le présent, mais jusqu'à un certain point pour l'avenir même. Cependant, que Votre Seigneurie veuille bien se rappeler que j'attribuais un sens plus doux à ces mots : je vais justifier mon interprélalion.
Ce désir répété si souvent que Rome puisse êlre autre que ce qu'elle est peut s'accomplir en différentes manières! et quoique exprimé en un sens, on y peut répondre en un aulre. Une comparaison nie fera comprendre. Les taches observées sur un objet peuvent quelquefois en être enlevées simplement en essuyant le milieu au Iravers duquel on le regarde, et qui projette sur lui ses propres définis. Ainsi Rome peul êlre bien diffèrenlo de ce qu'elle apparaît auv veux d'un observateur même sincère, qui la regarde dans des
alors il sera du devoir de notre Eglise d'entrer en communion avec tes Eglises continentales, quoi que puissent dire nos hommes d'Etat, et quoi que puisse faire le pouvoir civil (British criïick, janv. 1840, p. 8). Quant à la condition que posent les premiers mots de cette proposition, permettez-moi de la traduire ainsi : Quand le temps sera venu où nous nous croirons obligés...., et peut-être montrerai-je plus tard que tel en est le vrai sens. En tous cas, nous lisons en ce passage la détermination clairement énoncée de ne point se laisser effrayer par les décrets et les mesures gouvernementales , et d'embrasser la communion catholique aussitôt que les difficultés religieuses du moment, réelles ou apparentes, auront été surmontées. Or, quel est le devoir de ceux qui professent hautement de semblables intentions ? Quant à moi, il me semble que :
1° Envers l'Eglise de Jésus-Christ, leur premier et plus saint devoir est de faire cesser le déplorable schisme actuel; qu'ils ne se laissent point décourager par le mauvais succès des précédentes tentatives, ni par les difficultés actuelles, ni par les dangers à venir, mais qu'ils commencent résolument et qu'ils persévèrent avec énergie dans les mesures qui tendent directement à l'œuvre de la réunion religieuse; qu'on ne dise pas que le temps n'est pas venu encore, mais qu'on s'efforce de hâter les moments, et de seconder la Providence jours d'épreuve.
2" Envers le peuple. — Leurs prédécesseurs dans le ministère ont fait beaucoup pour tromper le peuple de ce pays au sujet de la religion, particulièrement touchant le vrai caractère de l'Eglise romaine et la nature de ses différends avec l'Eglise anglicane. De là, une foule de préjugés qui se sont opposés et s'opposent encore à toute réconciliation. C'estdonc ledevoir de ceux qui exercent aujourd'hui le même ministère, de réparer le mal et de ramener les peuples par tous les moyens en leur pouvoir à des idées plus charitables, plus justes et plus vraies.
« 3° Envers l'Etat. — Tirer une ligne distincte dedémarcation entre les droits de l'Etal et ceux de l'Eglise, demander hardiment à l'autorité civile le rappel de toute loi qui gène la vraie liberté religieuse, c'est-à-dire la faculté de jouir de ions P-s privilèges du système chreUcu, l'unité, la charité universelle
pour abréger les
Hf.MONSTIiVTION E^ ANGELIQUE.
représentation! faussée, ou qui la juge <i i près îles descriptions trop fortement coloi en certaini points, ou enfin son! l'impression d'nne errenr encore plus légère. On tableau peut nous paraître sombre et désagréable , non à cause de la disposition tics conteurs,
mais parce qu'il ne reçoit qu'une lumière in-
rafflsante. Ainsi bien des choses nous paraissent tristei et repoussantes , non qu'elles le soient en effet, mais parce qu'on ne les a point
exposées à la pure lumière d'une explication raisonnable. Enfin le défaut peut venir entièrement de la position du spectateur. Un homme aussi pieux qu'instruit me faisait observer, l'autre jour, que nos dévolions envers les saints peuvent se comparer à ces magnifiques tableaux peints aux fenêtres de nos vieilles églises. Vues de dehors, ces représentations n'offrent qu'une surface grisâtre et un assemblage bizarre de lignes informes ; mais, vues de l'intérieur de l'église, ce sont des figures pleines de grâce et de majesté, toutes brillantes de la pure et riche lumière du ciel. Je ne me sens donc ni effrayé ni découragé en voyant avec quelle force on insiste si souvent sur cette condition de réforme ; car je sais qu'elle a son origine dans la manière d'envisager les choses beaucoup plus que dans les choses elles-mêmes ; et Votre Seigneurie et moi-même avons connu bon nombre de personnes qui nourrissaient les plus violents préjugés contre Rome, et qui les ont vus se dissiper dans Home et par Rome.
Mais je pourrai revenir sur ce point : quant à présent, je veux traiter de nos devoirs, et c'est dans cette vue, que j'ai touché ce sujet. Faut-il donc accueillir ceux qui viennent à nous dans leurs plaintes contre les pratiques de dévotion permises ou tolérées , dans les pays catholiques, même contre celles que nous ne serions pas personnellement disposés à conseiller au pauvre et à l'ignorant? Je pose cette question, parce que, d'après tout ce qui a été écrit, je serais porté à conclure que l'on voudrait, nous voir plus disposés que nous ne le sommes, à blâmer nos frères du continent. Je puis même, sans amour-propre, dire que j'ai été particulièrement exposé à la censure sur ce sujet; et le regret m'a été exprimé, et publiquement et d'une manière confidentielle, de ce que j'ai cru devoir, par exemple, essayer de défendre et de justifier certaines expressions ou phrases usitées dans les dévotions populaires. A ceci je réponds, qu'en justifiant ces expressions, je me suis borné à établir que, quelque fortes qu'elles paraissent, elles sont susceptibles d'un sens pieux, orthodoxe et vraiment catholique. Je n'ai jamais, que je sache , dit un mot de la propriété ou de la convenance de ces expressions, particulièrement quant à l'impression qu'elles peuvent faire sur les autres; et ceci n'est point une inconséquence. Je puis soutenir que l'on n'est point idolâtre, parce que l'on accomplit certains ailes de piété devant une image, et désirer en même temps que l'on s'abstienne de ces actes en des circonstance! données , comme quand il peut s'ensuivre quelque malentendu. Et pour
ic> expressions, i eus qui adoptent ouvertement le prim ipe que, dans l'interprétation de i suri article! , ils sont obligés d abord de les expliquer en nn sens conforme à la doctrine
Cltboli ;ue, puis de torturer 1rs mots jusqu'à I i v iolence, pour en faire ressortir cette i "iiformilé, ceux \à ne peuvent nous refusai le droit de mettre nos formulaire! de dévotion en harmonie avec nos formulaires de croyance, et d'expliquer, par exemple, lei i t\ sions d'une encyclique du pape par les décisions du saint-siége.
Sur ce prim ipe, je réponds qu'on ne peut s'attendre à ce que nous condamnions des pratiques (j'entends des pratiques autoril que nous croyons parfaitement compatibles avec la saine doctrine. Tout au plus devonsnous les expliquer, comparer entre elles les diverses parties du système, insister sur l'interprétation la plus favorable, et juger du sens qu'on leur donne par les actes et les sentiments. Or je suis certain, et tout catholique doit l'être également, que parmi les pratiques clairement approuvées ou permises par l'Eglise, il n'en est pas une seule qui ne puisse être ainsi expliquée en un sens orthodoxe. Dans les cas particuliers de dévotions abusives et superstitieuses, comme en tout ce qui résulte de la faiblesse ou de la dépravation humaine, montrons-nous préb a reconnaître que nous ayons des motifs de douleur et de honte; mais que ce ne soit point dans un esprit de récrimination. La communion des saints sur la terre doit être une communion de ebagrin, d'humilité et de componction, aussi bien que de joie et d'allégresse. Portons mutuellement le fardeau les uns des autres , mais sans mesurer avec un jaloux orgueil combien peut peser celui de nos frères.
Quand nous refusons de prononcer contre Rome une condamnation même partielle, ce n'est pas que nous croyions que l'enceinte de la cité sacrée soit à l'abri des tentations humaines, à l'abri du péché ou du crime. Nous avons. Votre Seigneurie et moi, trop souvent entendu les nobles orateurs romains tonner du haut de la chaire contre les vices de la société ou des individus, pour que nous puissions entretenir une illusion semblable. Mais pourquoi nous ferions-nous les accusateurs et les juges d'une mère si chère à nos cœurs, et qui a tant de droits à notre gratitude? Ali! plutôt, laissant à Dieu le soin de jugerles meebants qui la deshonorent, pourquoi ne pas reporter nos pensées vers les nombreux exemples d'abnégation . de zèle . de charité , de haute piôtô , qui , nulle part , ne brillent d'un éclat plus pur? Selon moi. chacun doit prononcer contre soi-même une condamnation sévère . et n'avoir pour autrui que charité et affection. Catholique! anglais, pleurons notre lenteur à accomplir le! o'iivres du devoir, notre froideur à embrasser les inspirations du zèle. Prêtres anglais , déplorons l'absence de ton et d'espril ecclésiastique qui, sur le continent, donnent au ministère sacerdotal une régularité si tulle, et dirigent toutes les habitudes et les actions les plus ordiuai-
LETTRE A LORD SllREWSBURY.
res du prêtre. Quant à nos irères séparés , qu'ils jugent eux-mêmes les maux de leur situation, dans l'Eglise et l'Etat. Nous ne voulons point intervenir dans ce jugement. Mais aussi qu'ils s'abstiennent et qu'ils nous permettent de nous abstenir de la tâche présomptueuse de juger et de censurer l'Eglise apostolique. Quand la divine Providence nous aura tous réunis, il sera temps alors de confondre nos larmes et nos douleurs; nous aurons plus d'une occasion de verser des pleurs. On se dira des secrets domestiques qui causeront un sentiment général de peine ; et des faiblesses peut-être seront révélées, qui engendreront une sympathie catholique. Quand , après une querelle, des frères et des sœurs se donnent mutuellement le baiser de paix et de réconciliation, chacun cherche à s'attribuer le plus de tort possible et à décharger les autres de tout blâme. Au moins serons-nous heureux alors d'oublier avec nos querelles la cause de nos divisions.
Je viens d'indiquer indirectement ce qui me semble être notre devoir : offrir avec joie et simplicité toute explication en notre pouvoir, et signaler les points où nos vraies doctrines sont mal comprises, ceux où on les confond avec ce qui n'est que simplement permis, et ceux où elles peuvent être sujettes à abus. Pour le bien général de la cause, on ne saurait en venir trop tôt, par écrit ou par conférences personnelles , à des termes clairs et précis sur toutes ces matières. Je sais qu'aujourd'hui des hommes sérieux et graves sont tombés en une pénible méprise par rapport à ce nouveau mouvement, et je ne doute pas que des relations plus directes et plus amicales, conduites dans ce but, ne détruisissent bientôt leur erreur. J'avais d'abord l'intention d'éclaircirmapensée par quelques exemples ; mais je m'aperçois que ce serait m'éloigner du sujet de celte lettre et m'engager dans une discussion compliquée qu'il n'est pas encore temps d'aborder.
Un second devoir nous est encore suggéré par les réflexions précédentes : celui de travailler à notre perfection , et , s'il est nécessaire, à notre réfôrmalion. Cette simple allusion doit suffire , je pense. Je laisse donc à d'autres, mieux qualifiés que moi, à désigner les points particuliers qui doivent attirer no- .tre attention. Que chacun se juge par comparaison avec les modèles que nous offrent des temps plus heureux, et il aura assez à faire, s'il travaille à en retracer le tableau dans sa vie. Toujours est-il certain que, pour inspirer à nos compatriotes l'amour de notre religion, il faut la leur présenter ici, puisque ce n'est qu'en ce pays que lé grand nombre la peut voir, embellie de tous ses charmes divins, majestueuse dans le temple, fervente à l'autel , pure et sublime dans la chaire , maltresse des mœurs et de la discipline au séminaire, chrétienne et pieuse à l'école, aus 1ère et mortifiée dans le cloître, édifiante dans les confréries ; chez le noble , généreuse et zélée, exemplaire chez l'homme du monde, résignée et humble chez le pauvre, libérale
dans l'opulence, contente et régulière dans la détresse; chez le jeune homme, chaste et aimable, vénérable et sainte chez le vieillard : partout relevant les institutions catholiques, semant sous ses pas le contentement et la paix , bénissant et bénie pour le bonheur, pour les consolations qu'elle répand autour d'elle. Or en ceci , il y a assurément à faire pour tous : pour le prêtre et pour le laïque , pour le riche et pour le pauvre.
De plus, ce n'est point être présomptueux que d'inculquer à ceux qui travaillent à l'avancement de cette œuvre grande et glorieuse, que la violence, bien que parée du manteau du zèle, n'aura point part aux bénédictions promises à la douceur et à la charité. Des paroles dures, le sarcasme et l'amertume, ne sauraient ni convaincre les esprits, ni gagner les cœurs. D'un autre côté, la confiance en la sincérité des autres et en la pureté da leurs motifs , l'espérance au succès de nos efforts, quoique souvent trompés, la patience au milieu des désappointements répétés, une charité et une douceur qu'aucun mauvais accueil ne saurait rebuter, un zèle qui ne perd rien de sa chaleur, malgré l'indifférence de ceux avec qui il traite, enfin l'esprit de Jésus-Christ et de son Eglise, ne manqueront pas, tôt ou tard, de vaincre les obstacles qui aujourd'hui semblent insurmontables , et d'obtenir les succès qui paraissent les plus désespérés.
Ya-t-il dans l'état présent des choses, plus qu'aux époques antérieures et surtout plus qu'au temps des archevêques Laudou Wake, des raisons d'espérer que l'on amènera à bien la grande entreprise de la réunion do l'Angleterre à l'Eglise catholique? Selon moi il y en a beaucoup.
1° Auparavant les esprits étaient tournés contre et non pas vers la vérité catholique. On s'éloignait graduellement de l'Eglise de Jésus-Christ plutôt qu'on ne s'approchait d'elle. Le dégoût de la règle était à son croissant et non sur son déclin. Le flot de la réfôrmalion s'avançait furieux au lieu de reculer paisiblement pour rendre à l'Eglise les rivages envahis. — Ceux qui essayaient en cesens quelques tentatives, n'avaientpoint l'appui de l'opinion publique ; la force de la nation au lien d'être avec eux était contre eux. Aujourd'hui les choses ont grandement changé. La licence religieuse a parcouru toutes ses phases, et l'on commence à chercher une lumière fixe et un havre sûr. Pendant un temps on trouva du charme à la nudité et à la solitude du culte. Ce temps est passé. On sent le besoin de trouver dans la religion encouragement et direction , une source de consolation aussi bien qu'une règle de nos devoirs, le baume du cœur et l'aiguillon de la conscience. Bien des âmes envient ces tendresses spirituelles, cette douce contemplation, que l'Eglise catholique seule peut inspirer. Il leur faut ses consolations journalières , ses souvenirs de tous les moments pour désattrister le sentier pénible de la vie.
2°A d'autres époques, la protection accablante de l'Etat comprimait et étouffait, au,
lieu i!«i la seconder , l'énergie de i '!
établie. On a\;iil peine a Comprendre alors que l'Eglise put agir indépendamment du pouvoir en il. On regardait i Klat comme l'ami et l'allie le hlnv mu de i Bglise. l ous deux semblaient unit par des liens indissolubles. Aujourd'hui celle amitié est refroidie j Une séparation ou un divoree se poorrait aisément faire, comme dans le cas, par exemple, où le nommes politiques s'opposeraient aux mesures nécessaires au bien-être religieux du paj s.
.i Mais, pour en venir à un point plus intimement lie à la question, il nie .semble que le. avances aujourd'hui faites sonl moins entachées qu'à loute autre époque antérieui de toute considération mondaine, de l'esprit
(li'/miir/iniii, pour me servir d'une expression (dus douce, d'une trop grande ardeur à s'assurer des conditions avantageuses. D'un
COté, on ne peut plus, par la promesse d'un adoucissement à la persécution des catholiques en ce pays, essayer d'obtenir de l'Eglise romaine des concessions peu d'accord avec sa dignité; et de l'autre, l'Eglise anglicane ne se trouve point en un étal de violente oppre9sion temporelle, qui puisse engager ses membres à chercher, sous le prétexte d'unité religieuse, l'appui d'une alliance politique avec 1 étranger contre ses ennemis domestiques. Les besoins de l'Eglise anglaise, besoins si profondément sentis par les partisans de l'unité , sont d'une nature toute spirituelle : c'est surtout le besoin de cette unité ellemême et des consolations dont elle est le principe. Ainsi suis-je intimement convaincu que l'on déploiera aujourd'hui [dus de zèle et d'ardeur qu'on ne l'avait jamais fait pour en obtenir le bienfait.
k° Je crois trouver une autre garantie contre les anciennes chances de mauvais succès dans la forme même que le désir de l'unité a revêtue. C'est dans un esprit d'humilité et de confession que les amis de l'unité expriment leurs vœux. Ils ne demandent point à traiter celte affaire comme offrant des avantages égaux aux deux partis. Ils ont la conscience; que leur position est déplorable , qu'ils ont fait des pertes immenses, qui seraient réparées par nous; que, dans le fait même de leur séparation, il y a de fortes apparences contre eux, et que le rétablissement de l'union avec le saint-siége redonnera une vigueur et une énergie nouvelles à une existence maladive et languissante. De tels hommes doivent être disposés à ne reculer devant aucun des sacrifices de sentiments personnels qui peuvent être nécessaires pour assurer le succès de leur sainte entreprise. Et ici encore je suis obligé de m 'abstenir de produire des preuves et des exemples qu'il n'est pas encore temps de publier.
5*11 est une autre circonstance qui me paraît promettre davantage encore :\ otre Seigneurie la trouvera dans le plan du mémorable traité, n° UU; plan convenu et concerte avec messieurs Warde et Oaklay, et avec le docteur Puscy lui-même : je veux parler de la méthode adoptée de mettre, par voie d'expli-
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Iholiques fussent i onsen celte confession, il fallait profiler de cette heureuse circonstance, ■ t demander, non pus dei i ■ h m tati m . ma - d s c\\ lii ations qui fissent concorder celte confession avec les doctrines catholiques. Eh bien : la voie a été préparée à l'adoption de celle méthode, quand on a démontré que li s articles les plus difficil - sont susceptibles d'une interprél qui leur 6te tout caractère de contradi avec les décrets du concile de Trente. On p ot suivre la même méthode en d'autres points ; et ainsi l'on épargnerait aux individus de graves inquiétudes , et a l'Eglise de grandes
il lliles.
Je voudrais ne rien dire, en cel i difficultés qui peuvent, qui doivent i s'opposera l'exécution de cette grande œui re: mais si je les omets, j'ai lieu de craindre que l'on ne me Ira. te de visionnaire, d enthousiaste qui ferme les yeux pour ne pas \oir l'inanité de ces rêveries. — L'ennemi di bien ne laissera point se terminer nos divisions et nos querelles sans tenter de nombreux et puissants efforts pour les prolonger encore. Nos passions et no- vice» feront souvent échouer nos tentatives. 11 n'y a pas de doute que des considérations d'intérêt, d'un caractère plus mondain, traverseront nos efforts; quelques personnes aussi interviendront avec des vues moins élevées et moins pures : et le grand contradicteur de toute œuvre bonne et sainte, le monde, avec sa froideur et son indifférence , avec ses railleries et ses sarcasmes, ses maximes mauvaises et son faux amour de la liberté, avec son horreur de toute contrainte nouvelle el s.( haine de toute vertu austère, soulèvera contre nous un parti puissant el une armée d'ennemis. Ajoutez encore que nous aurons aussi à combattre des obstacles d'une nature plus sérieuse: scrupules sincères contre certaines pratiques, répugnances à renoncer à certaines formes, questions compliquées touchant les arrangements hiérarchiques . Um. haut les saints ordres et la discipline cléricale, et une foule d'autres, inutiles à prévoir ici j qu'elles se montreront assez lot d'ellesmêmes. .Mais en voilà assez pour proui er que ce n'est point avec les yeux d'un enthousiaste que je regarde l'avenir. — La route est triste et désolée. La terre promise est au delà du désert, désert d'âpres montagnes 1 1 de plaines sablonneuses , les unes et les autn s ég dément difficiles à franchir pour des raisons différentes; exigeant, celles-ci une pénible et infatigable persévérance, celles-là une énergie
à lOUte épreuve, là sont les serpents de feu et les ruses séducteurs, les prophètes de malédictions et les géants armés, les solitudes arides el les sources amères; là nous alleu,"*