REMARQUES SUR LES ASSERTIONS DE LADY MORGAN
dent les désappointements, les murmures, les défections : plus d'une fois peut-être les tables seront jetées à terre et brisées, et récrites encore. Enfin on peut mourir au sommet du Nébo, déjà embrassant du regard, mais sans espoir de la posséder jamais , la terre de promission où coulent le lait et le miel. Grâces à Dieu , la manne ne nous fera point défaut, ni l'espoir et la confiance au Dieu Seigneur d'Israël. Nous porterons avec nos frères le poids du travail et de la fatigue; nous combattrons , nous prierons avec l'Eglise de Dieu, et nous laisserons entre ses Mains bénies le succès et la récompense. Notre voie , après tout, ne saurait être plus laborieuse, plus difficile que celle des apôtres, qui nous ont devancés ; ni notre sentier plus épineux que celui du Seigneur. Or le disciple n'est pas meilleur que le maître.
Que le retour de ce pays , c'est-à-dire de l'Eglise établie , à l'unité catholique , mît fin à la dissidence religieuse et aux discordes intérieures, je ne saurais en douter. La population serait formée à des mœurs plus pures par deux puissants moyens: dans les campagnes, par l'influence du clergé paroissial; dans les villes et les districts manufacturiers, par les ordres monastiques. L'expérience a aujourd'hui montré que les peuples des campagnes sont prêts à recevoir sans murmure et même avec plaisir les enseignements catholiques proposés par les théologiens d'Oxford, et même plus encore, pourvu qu'ils leur soient présentés par le canal régulier des instructions paroissiales. Ajoutez la splendeur et la majesté du rituel catholique, la variété sublime des différents services , les offices si touchants propres aux diverses saisons de l'année , cette sanctification de tous les instants de la vie domestique, et ces établissements sans nombre consacrés à la charité : et celle dissidence tomberait bientôt, réduite en poudre sous l'action paisible du
catholicisme ; et ses fragments ne tarderai™! pas à se réunir autour du principe tout-puissant d'attraction universelle. Puis envoyez des hommes d'une vie austère et de manières aimables, ceints de la corde d'un saint François, ou portant sur la poitrine le sceau de la passion du Christ, et dans leurs traits les signes de sa mortification (comme les disciples du vénérable Paul de la Croix), des hommes dont le vêlement ne se distingue de celui des pauvres qui les entourent , ni par la beauté du tissu, ni par une pauvreté affectée, mais dont le costume est à la fois majestueux et humble : pieds et têtes nus, tenant à la main l'emblème de la rédemption , qu'ils prêchent le jugement, la mort , les châtiments futurs , la pénitence, la justice et la chasteté , et on les écoutera avec crainte et respect ; et nous verrons des prodiges de réforme , et une foi pure engendrera des mœurs plus pures ; et la conversion du cœur entraînera la conversion de l'esprit.
Mais il est temps de conclure, et d'offrir à Votre Seigneurie mes sincères excuses pour la longueur de cette lettre et pour l'imperfection des renseignements qu'elle contient. La confiance me reste que personne , quelque éloigné qu'on puisse être de partager mes opinions, ne refusera de s'unir à moi dans l'offrande journalière de ferventes supplications au Dieu de paix, pour qu'il daigne diriger nos sentiments et nos actes vers l'accomplissement de ce grand et noble but. Intéressons l'Eglise entière en notre faveur. Le gage le plus certain que nous puissions avoir que Dieu veut accorder une grâce, c'est qu'il inspire à son Epouse de lui en faire la demande. Le sceptre d'or sera tendu vers elle, au moment où elle avancera, priant pour sa vie et celle de son peuple.
J'ai l'honneur d'être, etc. Nicolas, évéque de Mellipotamos. Collège de Sainte-Marie , fête de saint Matthieu, 1841.