‹ Démonstrations évangéliques (volume 2)Chapitre 108 sur 167 · RTIONS DE LADY MORGAN · texte numérisé non relu

RTIONS DE LADY MORGAN

faisait passer des bâtons, et ainsi la chaise était portée par des esclaves sur leurs épaules. A chaque côté de la chaire de saint Pierre il y a deux anneaux destinés évidemment à cet usage. Ainsi donc, tandis que la perfection du travail de cette vénérable relique en fait nécessairement remonter la date aux premiers temps de l'empire romain, cette particularité la fixe à une époque qui n'a pas dû précéder le règne de Claude, sous lequel saint Pierre est arrivé à Rome.

Tant il est vrai donc que cette chaire est précisément dans les conditions que peuvent exiger les antiquaires pour avoir le droit de revendiquer l'honneur d'avoir été le trône épiscopal du premier pontife de Rome. Cela seul suffirait pour renverser les assertions calomniatrices de lady Morgan ; et la réfutation en sera plus complète encore lorsque nous exposerons les motifs de probabilité morale que nous avons de croire que la chaire dont il s'agit est précisément celle qui fut employée à cet usage.

C'était incontestablement la coutume dans les Eglises apostoliques de conserver avec grande dévotion les chaires occupées par leurs premiers évêques et d'y introniser leurs successeurs. Eusèbe, dans le quatrième siècle, nous offre le témoignage suivant relativement à l'Eglise de Jérusalem : La chaire de Jacques, qui fut établi évéque de Jérusalem par notre Sauveur et les apôtres, ayant été conservée jusqu'à nos jours, est honorée avec le plus grand respect par les frères de cette Eglise depuis les premiers temps (1). Dans une autre occasion , parlant de l'accession d'Hermon à ce siège, il s'exprime en ces termes : II a obtenu la chaire apostolique de Jacques, qui y est encore conservée (2). Nicéphore rapporte le même fait : Nous savons que le trône de Jacques a été conservé jusqu'à nos jours; ses successeurs ont vénéré cette relique (3). Valésius , dans ses notes sur le passage que je viens de citer tout à l'heure d'Eusèbe, observe que dans les Actes de saint Marc il est dit que sa chaire a été longtemps conservée dans l'Eglise d'Alexandrie. Les Actes de saint Pierre, évêque de ce siège, rapportent que, par respect pour elle et par suite d'une vision qu'il avait eue, il refusa de siéger dans celte chaire et ne consentit lout au plus qu'à en occuper le marchepied (kj. Tout cela prouve qu'on ne conservait pas seulement ces chaires vénérables comme des objets de curiosité, mais qu'on les révérait véritablement dans ces temps primitifs, dans ces heureux temps du christianisme (5).

(t) EuspIi., Hist. eccles., lib. Vll.c. 19. Ed. Turin., 1746, toni. I, p. 301.

(2) Ibid., c. 32, p. 326.

(3) Niceph. cal. Iil>. VI, cap. 16.

(i) Art. de s;iint Pierre d'Alex., apud Baron., ad anniim, 510.

(.')) Il paraît que cel usage n'est pas particulier aux ca- Iboliques. Dans le Saluraay Magasine, publié par la societif for promoling Christian knowledge, li juillet ik.">2, p. 16; on \ nii un dessin représentant le fauteuil de Wicleff i|ni, dit-on, i <si encore conservé dans l'église de Lutherwortli avec une chaire d'où1 il avait coutume de prêcher, un morceau de son manteau, et une. table enchêne

[Vingt-deux.]

DÉMONSTRATION I \ \\u i.iot K.

(les deux exemples, auxquels on j>*ju n .-i i i en ajouter d'autres, suffiront pour ralre supposer, arec an ban! degré «le probabilité, que l'Eglise de Rome n'aura pas manifesté moins de vénération pour le trene de son preii ier pontife, et qu'elle l'a conservé pour l'installation «le scs successeurs. Quoi qu'il en soit, il dissipent ions les préjugés qui pourraient exister contre la vénérable tradition de l'Eglise romaine, sous prétexte, ou qu'il n'est guère croyable que les premiers chrétiens aient pensé à conserver une relique de ce genre, ou qu'il est hors de vraisemblance qu'on ait pn la conserver si longtemps; car si les chaires de Jacques et de Marc ont inspiré tant de vénération et ont été conservées intactes jusqu'au temps d'Eusèbe et même de Nicéphore, il est plus probable encore que la chaire de Pierre aura été conservée par l'Eglise de Home comme un trésor plus précieux. Que si elle a pu ainsi atteindre le règne de Constantin, il ne saurait plus y avoir de difficulté à ce qu'elle ait été conservée jusqu'à nos jours.

Je vais maintenant apporter quelques passages d'anciens écrivains ecclésiastiques, en confirmation de la tradition de l'Eglise de Rome. Je commencerai par Tertullien. Quoique la plupart de mes lecteurs doivent reconnaître sur-le-champ un passage qu'ils sont habitués à interpréter dans un sens moins matériel, je le citerai cependant, laissant aux critiques à juger de sa vraie signification : Parcourez les Eglises apostoliques, où les chaires mêmes des apôtres président encore dans la place qui leur est propre(i). Assurément, si par chaire il faut ici entendre la même chose que siège, i'expression n'a pas une grande force; car, comme une Eglise apostolique est véritablement une Eglise fondée par les apôtres et gouvernée par un évêque qui en descend par une ligne de succession non interrompue : dire avec tant d'emphase que, dans les Eglises apostoliques, les sièges mêmes des apôtres sont encore conservés ( ipsœ adltuc apostolorum catliedrœ), ce n'est pas là certainement le style et la manière claire et énergique de raisonner de Tertullien ; les termes mêmes ipsœ et adliuc semblent impliquer quelque chose d'extraordinaire et d'inattendu. Tertullien ensuite dit que Rome est unedecesEglises.

Le témoignage de saint Optât, au qua-

qui lui appartenait. » Oue signifie donc la conservation de ces objets dans nu Uniple protestant ? Ce journal a l>on marche peut avoir ses avantages; c'est une pitié i danl que de se mettre si peu en peine de parler avec exactitude sur des points qui tiennent a 1 a religion. Quelques lignes après le passage cité loui à l'heure , on nous u'.t gravement que « la doctrine réprouvéede l'Eullsede Kome touchant les cloches, est qu'elles oui du mérite, <t qu'i Iles prient Dieu pour les vivants et pour lea morts, p. 10. Telles sont les précieuses connaissances vendues au publie à un penny par semaine, par une soi iolé Savante qui porte un liire édifiant. On aurait lien tait de nous citer quelque autorité catholique à l'appui d'une si merveilleuse opinion.

(I) l'ercurre ecclesias aposlolicas, apml quas ipsseadbue cathedra apostolonm loris suis prasweul : si Italie adjaces, halles Uoiuain. uade nobis cpnque auctoriias pnesto eut De Pneacrtpt Hœreu, oap. rîti. Lu savant V'atésius, au lieu cité plus haut, adopte la même miei'i relation de ce passage de Tertullii n qui notre auteur.

trième sièi le, < si <l un i ande fon i le

voici : Rendes compte de l'origine de votre chaire, vous qui prétend* ; être In mainte I il avoir menu i/uilijtt>- part dans in vilu d> Rome, m i demandez à Macrobi

esl ce qu'il siège dam cetU ville, pourra-t—U vous dire : Dans la chaire de saint Pierre? J> doute qu'il la confiai --' même de vue, et il n'approche point de son église [memoi 1 Là, rayez-vous . font tes ' iiicmoria -,

des deux apôtres; dites s'il lui a été possibtt d'y entrer pour y offrir h- saint sacrifice (2)? Saint Optât parle ici de la chaire cathedra comme de quelque chose de \ isihle et de m i

tériel; il la distingue de Rome même ou du

siège apostolique, et préseule l'église qui la possède comme étant celle de l'apôtre, où le sacrifice avait coutume d être offert. En vérité, il semble difficile de lire ce passage *aiiN y apercevoir quelque chose qui diffère de la juridiction épiscopale.

En l'an 503, nous trouvons un témoignage qui ne saurait être contesté; c'est un pas d'Fmnodius, de Pavie, dans son écrit apologétique contre ceux qui attaquaient le quatrième synode romain. Il leur déclare que. parleurs machinations, Mundicaput, Romain, esse prostratam, et nutricem pontificii caihedram quasi ultimum vider i sedile despectam 3). Cette comparaison est suffisamment claire; mais les paroles qui suivent dissipent toute ombre de doute : L'ccc nunc ad geslatoriam sellam apostolicae conCessionifi u<la mittunt limina candidates V . Ces parob s semblent faire allusion à quelque \isile faite par 1 s nouveaux baptisés à la confession de saint Pierre, comme il se pratique encore aujourd'hui par les adultes qui reçoivent le baptême; et la description que nous avons donnée de la chaire montre avec quelle justesse d'expression elle est désignée par geslatoriam sellam apostolicœ confessionu.

Ces témoignages, je l'espère, sunt plus que suffisants pour renverser le conte frivole dont lady Morgan a régalé ses lecteurs. Je pourrais encore y ajouter la fêle qui se célèbre en l'honneur de celle chaire, cl dont parle saint Augustin; et enfin, le fait même de la conservation, depuis tant de siècles, dans une pareille église, d'une chaire sortie des

(l) Nos in marlyribus nostris non tenipla sicol Diis. sed memorias sicol hominibus inoriuis, quorum apud Dean rivant spiritus, Eabricanuis. S. Aug., de Civ. D., Iib. wii, c. 10. Ce terme esl employé dans le même sens par sunt Paulin et sainl Jérôme, le concile de Cannage, etc. Le l tsxrifice qui sh trouve dans le texte, prouve aaitl le

sens dans lequel il luit ici l'entendre.

(-2) Vestne cathedra vos origiuem redJitc, qui voIms vuilis s. lùxlesiam vindicare , sed el baberevosin urue Itoma partent aliquam dicitis. Denique . s) M icrobio Auwtur. un Ûlie scde.it. numquid petral dteera : la nttudrt Pétri .' quasi uacio si net oaùksssasMel ait cajauM m&riam non accéda. Ecce présentes sunt il» duoruin mémon. c aposloloram ; dictle si ad lias Ingredi (xiiuii ita ut »blu Ici il dlie. I.ih. Il adv . l'aiiui'uian.

lu I alitiai I onc. t. IV. l'.iriv. itiTI, y. IS50.C-

(1) /('ii/., p. 1358, il. i Voyez comme le bautisuire envoie les nouveaux baptisés, revêtus de leurs roln^ blanches, à la chaire portative de la confession des a|«'. l.i plupart de ceux «vu viennent visiter !> mi bablemeul que le tomlieaa de suint Pierre 6uM ci i M encore appelé si confeu

G85 REMARQUES SUll LES ASSI

mains d'un ancien ouvrier païen. Personne ne doute que le fauteuil qui sert au couronnement de nos rois d'Angleterre ne soit celui même d'Edward le Confesseur, par la raison qu'il a toujours été conservé dans l'abbaye lie Westminster à ce dessein : la même tradiiion existe en faveur de la chaire de saint Pierre.

Mais une objection, sérieuse en apparence, a été élevée par les protestants contre l'authenticité de cette chaire; elle a pour objet les sculptures représentant les travaux d'Hercule qu'on y remarque. Est-il croyable qu'un apôtre ait pu se servir d'un siège aussi profane? pouvait -il enseigner le christianisme d'une chaire ornée des emblèmes du paganisme? Telle est l'objection soulevée, d'abord par des adversaires plus anciens, et répétée avec un sourire de propre satisfaction par le Rév. H. J. Owcn, dans son sermon intitulé : Christ and no t Peter thcroch (1). « C'est le Christ et non Pierre qui est le roc ou la pierre sur laquelle l'Eglise est bâtie. «Voici comment i! s'exprime : L'Eglise de Rome a longtemps passé pour avoir une autre preuve décisive du même fait : C'est la chaire même sur laquelle l'apôtre Pierre avait coutume de siéger. Il existait sur ce point une tradition si universelle et si constante, que le 18 janvier était (est) régulièrement observé comme fêle de la sainte chaire, et en cette occasion elle était exposée à l'adoration publique. En 1662, lorsqu'on la nettoya pour la placer en un lieu apparent dans le Vatican , les regards des spectateurs y aperçurent, à leur grand étonnement , des sculptures représentant les travaux d'Hercule. Sous un rapport, cet écrivain nous traite moins durement que notre critique féminin; il semble supposer que toute vénération ou, comme il aime mieux l'appeler, que toute adoration a cessé à partir de cette fatale découverte. Il parle au temps passé, sans faire attention que nous considérons la tradition comme aussi imposante que jamais.

Vraiment nous, catholiques, nous nous trouvons dans un cas bien critique : soit qu'il faille voir dans l'inscription arabe de lady Morgan une preuve que cette chaire est moderne, ou qu'il faille voir dans les sculptures païennes de M. Owen une marque de son antiquité, y a— t— il en cela une raison suffisante d'en rejeter l'authenticité? Dans quel état donc ces antiquaires voudraient- ils la trouver? Avec des sculptures ou des ornements chrétiens? mais alors ne nous diraiton pas que Jablonsky a démontré victorieusement que ces abominations furent d'abord in Irodui tes dans l'Eglise par les car pocratiens, ou autres gnostiques ; que les gravures et les images ou figures de choses qui sont sur la terre, etc., excepté loulefois (nous devons loyalement le supposer) le lion et la licorne rampants, ne furent tolérées dans les lieux consacrés ao culte, qu'après qu'il eut é:é alléré et corrompu par le papisme. Supposez donc qu'elle fût aussi nue qu'une chaire

(\) Proche 'i la chapehe 4e Taviatork pour VAuxiliani tnatioti sot iety for taini Gittes'n, p. ta, note.

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